Les dames des remparts

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Longtemps cité papetière, Angoulême a joliment glissé vers ce que le papier supporte, l’image. Elle s’impose à l’esprit de l’interlocuteur à qui on annonce son départ à Angoulême. Ah, tu y vas pour la BD ? 

Patrice Vatan

Quand il entend les mots Circuit des Remparts, ledit interlocuteur se fige, interdit.

C’est que la BD a pris ici toute la place médiatique, appuyée depuis 2008 par un festival du film francophone qui conforte la cité comme place forte de l’image. Et la voiture de course dans tout ça ? Ben elle pèse pas lourd !

Et pourtant c’est en 1939 qu’on eut l’idée de faire courir sur un tourniquet de 1279 mètres tracé en pleine ville des automobiles, aux mains des coureurs prestigieux du temps : Jean-Pierre Wimille, Maurice Trintignant, René Bonnet et Raymond Sommer qui l’emportait sur une Alfa Romeo 308 en 1’10 » – à rapporter aux 51″ 80 signés en record de la piste par Michèle Mouton en 1988 sur une 205 turbo 16. 

Une si faible amplitude chronométrique en 83 ans sur un circuit inchangé laisse pantois. Quand la typologie d’un tracé annihile un siècle d’évolution dynamique des véhicules.

Le Circuit des Remparts fêtait ce week-end sa 50e édition. Il revient de loin, après l’interruption due à la Seconde Guerre mondiale, puis un nouveau coup d’arrêt dans les années 50, suivi d’errances vers la fin des 70′ qui conduisirent à des assises statiques, il renaît en 1983 avec la reconnaissance par la FFSA et l’autorisation d’y recourir. 

Géré par l’ACOCRA entre 1990 et 2016, le Circuit des Remparts est dorénavant organisé par un duo formé de Jean-Marc Laffont et Michel Loreille. Ils sont en train d’en faire un petit Monaco sans la mer.

Un petit Monaco sans la mer que boude la dame des Remparts saisie sur le seul mur peint que frôlent les voitures de course en ville. Et encore, pas sur le tracé officiel, en se rendant à l’hôtel. Elle dédaigne la Bugatti, préfère les lointains du plan d’eau de St-Yrieix. 

Les murs angoumoisins n’aiment pas la course automobile. 

La dame des Remparts contredit, sur la droite du collage photo, sa consoeur de pierre, elle ouvre grand ses volets au départ du plateau Henri Greder, des GT années 70. 

Au premier étage de son bâtiment dont le rostre arrondi rappelle le Flatiron de New York, elle voit se ruer à ses pieds, rugissante, démesurée tant lui manque la place pour négocier le virage Carnot, une meute de 24 autos, emmenée par deux Porsche 911 RS, une Ford Escort que traquent deux Alpine survoltées. 

Trop lourdes et encombrantes, une Pantera et deux Corvette assurent une bande son THX. 

Deux De Tomaso Pantera (c) Patrice Vatan

Impensable d’assister en 2022, en pleine doxa écologique qui chasse le moindre rejet carbonique et prie qu’on fabrique son shampoing soi-même, à une telle empoignade dans les rues où Marguerite de Valois se pavanait en landau il y a cinq siècles. 

La section compétition des Remparts n’est que leur part émergée : exposition statique dans les rues, participation de la médiathèque, du musée, de l’espace mémoriel ; concours d’état, concours d’élégance en nocturne, et même le 1er Rima (dont j’ignorais l’existence à moins d’un kilomètre du centre-ville) qui offrait sa cour d’honneur à l’arrivée commune des trois rallyes disputés le samedi. 

Remparts
Igor Bietry et Xavier Bonnefont (c) Patrice Vatan

Réélu en 2020, Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême proclamait au micro d’Igor Biétry le Circuit des remparts en tant que patrimoine historique et culturel de sa ville. 

Il est avec Franck Louvrier, son homologue de La Baule (il inaugurait récemment une avenue Jean-Pierre Beltoise), parmi ces édiles éclairés qui ne cèdent pas à la pensée unique de l’époque. 10 500 spectateurs payants l’ont suivi. 

C’est qu’ils s’y accrochent à leurs Remparts, comme le Marronnier, le célèbre arbre centenaire autour duquel virent les voitures en une épingle plutôt scabreuse, qui, lui, s’arrime au sien, de rempart.

Le marronier (c) Patrice Vatan

50e Circuit des Remparts d’Angoulême. 16-17-18 septembre 2022
https://www.circuitdesremparts.com

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Olivier Favre

Angoulême et ses remparts, un peu comme une métaphore de la citadelle « sport auto » assiégée par l’écologiquement correct …

Olivier Rogar

Pour la ville de la BD ça tombe à pic : « ….Toute la Gaule, non ! Un village résiste encore et toujours à l’envahisseur escrologique ! «