5 février 2016

Rétromobile 2016 : Retour à la mesure

Suite à nos petites critiques sur les ors quelque peu envahissants et la relative uniformité de l’édition anniversaire 2015, j’éprouvais une légère appréhension en passant le pas du hall 1 de la Porte de Versailles pour découvrir le cru 2016 de Rétromobile. L’argent roi allait-il continuer à imposer sa griffe outrancière sur le salon tant attendu par tous les passionnés, ou bien reviendrait-on vers quelque chose de plus équilibré. Quelques heures plus tard, j’étais rassuré : la deuxième hypothèse était la bonne. On était revenu de la démesure des fastes du quarantième anniversaire.

Pierre Ménard

 

Retro20162A l’instar des remarques émises l’année dernière, il convient de relativiser : Rétromobile n’est pas devenu d’un coup d’un seul une joyeuse bourse aux échanges rurale. Ne le prenez surtout pas mal : les bourses rurales sont essentielles à la vie de l’Historique et sont souvent très sympas, mais c’est pas tout à fait la même chose.
Non, simplement un certain équilibre semble avoir été retrouvé entre les modèles de luxe brillant de mille feux, et les autos plus catégorielles. Le sport a également repris une place un peu concédée au mercantilisme lors de l’édition 2015. Tout ceci n’est qu’impression, car Rétromobile reste fidèle à sa philosophie d’origine : une vitrine luxueuse de ce qui se fait de mieux dans le (petit) monde des voitures anciennes (sans parler des prix totalement déraisonnables des voitures à la vente, mais ça c’est un autre problème). Mais lorsqu’une impression est largement partagée et relayée comme, ce fut le cas l’an passé, elle devient réalité.Rétro20163

Chez Classic Courses c’est bien connu, on aime tout ce qui a de la gueule et qui va vite. Et cette année, le salon nous a gâtés avec de splendides modèles de toutes époques et catégories. Comme on ne peut évidemment pas parler de tout, on va faire une sélection, forcément partiale. On assume. A commencer par les voitures de records qui furent comme autant de défis à la mécanique pour avoir le simple bonheur d’atteindre, voire dépasser, une limite réputée infranchissable.

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La fameuse – et monstrueuse – FIAT S76, conçue en 1911 et surnommée la « bête de Turin », est immanquable à l’entrée du salon. Son énorme capot abrite un moteur de 28,35 Litres (!) de cylindrée libérant 290 chevaux, chiffres impressionnants pour l’époque. Malgré quelques tentatives, elle ne put malheureusement pas afficher de records à son palmarès, mais réussit à atteindre les 290 km/h en avril 1912 sur un mile à Long Island. Le modèle exposé est celui totalement reconstruit (au terme de longues recherches) par un Anglais amoureux de cette voiture, Duncan Pittaway, qui a promis de faire profiter aux visiteurs de Rétromobile du son infernal de la « Bête ».

Rétro20165Magnifique reconstruction également britannique que cette FIAT Isotta-Fraschini Special. A l’origine conçue par FIAT en 1905 pour un double moteur 4 cylindres, la voiture ne dépassa pas le stade de projet, et ce n’est que dans les années 90 qu’un autre Anglais frapadingue, Graham Rankin, reprit le concept et s’attela à le réaliser sur une période de vingt ans ! Il installa un moteur FIAT-aviation de 6 cylindres de 16,5 litres de cylindrées dans un châssis respectant les plans d’origine, châssis dont une des particularités est de posséder une chaine de transmission inversée. Cette extraordinaire voiture roule régulièrement et, selon son actuel propriétaire, elle est faite pour « être conduite, et être conduite virilement ». Tally ho !

Rétro20166Création française, la Darracq V8 fut conçue en 1905 par l’ingénieur Ribeyrolles pour atteindre les 200 km/h. Malgré les 200 chevaux de son V8 et l’absence de carrosserie pour limiter le poids, le pilote Victor Demogeot ne put atteindre le but fixé et dut se contenter de… 197 km/h sur la plage de Daytona en 1906. A noter l’absence de freins sur le train avant, ce qui devait promettre des ralentissements assez folkloriques. Mais sur une plage interminable, ça peut se concevoir…

Parmi les modèles purement de course, il est rare de ne pas voir de Maserati 250F ou de Bugatti 35 lors d’un salon tel que Rétromobile, mais il est plus rare de voir une Brabham BT8 sport telle celle que la présente le stand Tillack. Conçue en 1964 et équipée un V8 BRM dérivé de la Formule 1, cette jolie petite barquette débuta à Goodwood en 1964 aux mains de Ol’Jack himself qui enleva la classe 2 litres et se classa 3e au scratch au milieu des grosse 3 litres. La voiture fut ensuite expédiée aux Etats-Unis, où après maints changements de propriétaires et une restauration complète, elle courut avec succès dans les courses historiques à compter des années 2000, notamment aux mains expertes de Duncan Dayton.Rétro20167

Sur le même stand, trône une magnifique Lancia D50 de Formule 1 qui est, là, une recréation. Aucun problème déontologique puisqu’elle est présentée telle qu’elle et que, de toute façon, la totalité des D50 originelles qui furent livrées à Ferrari en juillet 1955 devinrent des Ferrari-Lancia D50 en 1956, puis les 801 en 1957.
La Lancia D50 se différencie principalement de la future Ferrari-Lancia de par sa carrosserie aux réservoirs latéraux séparés de la coque (ils y seront incorporés sur la version Ferrari en 1956, avant de disparaître purement et simplement en 1957). La Lancia était compétitive (3 pole positions entre 1954 et 1955) et aurait mérité un autre sort que celui qui fut le sien. Mais les difficultés économiques de la marque et la mort du pilote vedette Ascari en 1955 tuèrent dans l’œuf la carrière de cette monoplace prometteuse.Rétro20168

Rétro20169Présence rare également que celle de la Dino 166 F2 exposée sur le stand Gregor Fisken. Créée en 1967, cette élégante monoplace équipé d’un V6 de 1,6 litres fut pilotée par Chris Amon, Ernesto Brambilla, Derek Bell et Andrea De Adamich de 1967 à 1969.Rétro201610

Restent en dehors de ces quelques modèles « coup de cœur » les centaines d’autres que propose le salon Rétromobile, dont deux magnifiques Ferrari 512 S et M de 1970 et 1971 des Scuderia Filipinetti et Montjuich, l’impressionnante Jaguar XJR-9 victorieuse au Mans 1989, une rare Gordini T32 de 1956, une Ford F3L de 1968, une Matra 670B de 1974, la Ferrari 312 B3/B4 de Lauda, des Bentley des années 20, des Alpine, des Porsche, des… la liste serait trop longue, le mieux est d’aller vous rendre compte par vous-même. Rétro201611Et au passage, faites un petit détour par la galerie des Artistes pour venir nous voir sur le stand que nous partageons avec Bernard Asset, ça nous fera plaisir. Comme nous ont fait plaisir ceux qui sont déjà venus nous dire qu’ils nous lisaient et qu’ils découvraient lors de ce Rétromobile que nous étions n’étions pas « virtuels mais bien de chair et d’os ». Ben, il manquerait plus que ça !

Photos © Pierre Ménard, sauf n°10 © Olivier Rogar
1- Vue générale Rétromobile 2016.
2- Ferrari 312 1968, Ferrari 512 S 1970, Porsche 907 1967
3- Ford F3L 1968
4- FIAT S76 1911
5- FIAT Isotta-Fraschetti Special 1905/2012
6- Darracq V8 1905
7- Brabham BT8 1964
8- Lancia D5O 1955/fin années 1990
9- Lancia D5O 1955/fin années 1990
10- Dino 166 F2
11- Lionel Froissard, Bernard Asset, Johnny Rives & Olivier Rogar

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