Circuit Paul Ricard
21 décembre 2022

Circuit Paul Ricard, essais Ferrari…et Porsche !

Rossano Candrini sera à cette occasion coursier de luxe pour la Scuderia Ferrari. A Menton, il aura des ennuis avec un douanier chauvin, supporter de l’Ecurie Renault, et nous assisterons à un curieux duel Porsche-Ferrari dans la ligne droite du Mistral…

Rossano Candrini, traduit et proposé par Jean-Paul Orjebin

Dans la même série
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Rossano candrini EX – Souvenirs de Zandvoort 65
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Rossano Candrini 15 – Kyalami 1982
Rossano Candrini 16 – Patrick Tambay, le Castellet, hiver 1983
Rossano Candrini 17 – Circuit Paul Ricard, essais Ferrari…et Porsche !

Maranello, février 84

Un après-midi très froid de mi-février, je me rendis à Fiorano et par hasard, j’y rencontrai le Commendatore, je l’informai que pour la fin du mois, je me rendrais au Castellet assister à quelques jours d’essais.

Aussitôt il me demanda si j’avais l’intention d’y aller avec mes amis médecins de la polyclinique.

– Certainement, comme d’habitude Commendatore lui ai-je répondu.

– Le Dr. Augusto Baldini ira avec vous ?

– Bien sûr, c’est lui notre « capo spedizione »

– Tu vois Candrini, ce médecin ferait un bon directeur sportif , ajouta Ferrari.

C’était effectivement un passionné et aussi un fin connaisseur, Baldini, un ferrariste pur-sang et de plus tifoso de l’Inter.

Avec Baldini, la formation comprenait le Dr. Giovanni Soli et le professeur Cesare Carani, ce dernier, en plus d’être le médecin personnel d’Enzo Ferrari, était aussi le chef du service endocrinologie à la polyclinique de Modène.

Une équipe testée lors de nombreux voyages monothématiques : Formula1 Ferrari.

Un moteur Ferrari

Circuit Paul Ricard
Autorisation de voyage moteur F1 © Rossano Candrinii

Un ou deux jours avant le départ, Brenda Vernor, la secrétaire du Chef et « Mamma » de nombreux pilotes, m’appella et sachant que nous allions au Castellet me demanda une faveur, comme ils étaient à cours de moteurs au Ricard, de bien vouloir en transporter un en France…

C’est peu dire que cela me faisait plaisir, j’aurais volontiers payé un petit quelque chose pour livrer un moteur Ferrari !

Je suis allé donc à l’usine où l’on m’a chargé un moteur et quelques pièces de rechange avec un bordereau de livraison et un billet de transport international.

 Le voyage a été un peu tourmenté par la neige et surtout par cette couche de glace insidieuse que les Français appellent verglas.

Les petites routes entre la sortie d’autoroute et le Paul Ricard la nuit en hiver sont souvent vicieuses.

Nous avions pris du retard à cause des douanes, qui existaient encore, et d’un douanier zélé, probablement un fan de l’écurie Renault, qui nous avait retenus plus de deux heures au poste frontière, chicanant notre titre de transport qu’il considérait incomplet.  

Circuit Paul Ricard
Lettre de transport pour le Castellet © Rossano Candrini

Enfin arrivés au circuit Paul Ricard, nous sommes allés directement au paddock. Je savais que les mécaniciens attendaient ce moteur car Arnoux devait faire des essais le lendemain matin.

Les mécaniciens étaient là, ils ont rapidement déchargé le moteur pour pouvoir le monter sur le châssis d’Arnoux dans la nuit.

Ferrari exclusivement ?

Nous serions volontiers restés avec eux pour les soutenir mais le froid et la fatigue du voyage nous avaient éreintés et nous sommes rentrés à l’hôtel à La Cadière. Une pension agréable où toutes les écuries avaient leurs habitudes à l’occasion des essais et des GP au Paul Ricard. C’est avec bonheur que nous nous sommes retrouvés dans la salle à manger au plus près de la grande cheminée dans laquelle un bon feu de bois crépitait.

Le matin est arrivé en un clin d’œil, un petit déjeuner copieux avalé rapidement, nous sommes retournés très vite au circuit Paul Ricard.

La piste était réservée deux jours exclusivement pour la maison de Maranello.

De nouvelles solutions devaient être testées pour optimiser le rendement du moteur suralimenté, dernier chef-d’œuvre de l’ing. Mauro Forghieri.

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Essais hiver 84 Castellet – Porsche 956 © Rossano Candrinii

La deuxième journée a fait l’objet d’un événement singulier :

Porsche, prévu au Ricard pour effectuer un test les jours suivants, est arrivé une journée à l’avance en demandant à pouvoir utiliser le circuit en même temps que Ferrari.

 Un essai comparatif qui nous plaisait bien, nous les observateurs, nous réjouissions d’assister à une telle rencontre.

Au contraire, Forghieri voyait d’un œil dubitatif cette cohabitation inopinée et ne se sentait pas autorisé à donner son consentement, en tous cas pas avant d’avoir entendu l’avis du Commendatore à Maranello.

Porsche aussi !

Autorisation qui lui fut immédiatement accordée, voire ordonnée, dans l’idée de transmettre les temps au tour des deux voitures et surtout avoir des renseignements sur la vitesse de pointe de la Porsche 956. La vitesse à pleine puissance était depuis toujours d’un grand intérêt pour le Commendatore.

Franchement, c’était très agréable pour nous d’assister à ces essais … « hybrides ».

En synthèse, l’allemande perdait 20 – 25 secondes au tour tout en ayant une plus grande vitesse de pointe.

Essais hiver 84 Castellet – Porsche 956 © Rossano Candrinii

Au Circuit Paul Ricard, la longue ligne droite du Mistral qui, à l’époque, était sans chicane, permettait, compte tenu des rapports de boîte et de la configuration aérodynamique type « Le Mans » une meilleure performance de la Porsche en vitesse de pointe.

Le Commendatore n’a pas apprécié la conclusion du rapport qui lui avait été fait par téléphone, il a aussitôt exigé que soient montés des rapports plus longs afin de gagner de la vitesse maximale. Hélas par manque de matériels, l’expérience n’a pu être tentée par les mécanos Ferrari.

Peut-être était-ce mieux ainsi : ces formidables voitures allemandes dépassant largement les 350 km/h dans la longue ligne droite.

L’esprit de compétition du Commendatore

Ce fut une expérience très captivante qui rendit nos brèves vacances encore plus enthousiasmantes. La réactivité d’Enzo Ferrari, confronté à la vitesse de pointe de la Porsche, prouvait qu’il avait toujours la « grinta » !

Rappelons que tout ceci se passait en 1984, donc quatre ans avant qu’Enzo Ferrari ne nous quitte.

C’était un homme de 86 ans, mais dont l’esprit, le cœur, le désir que son écurie soit toujours la meilleure étaient sa raison de vivre. Il avait cette volonté de gagner en jouant à la manière d’un enfant.

Texte de Rossano Candrini, traduit de l’italien par Jean-Paul Orjebin

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