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L’histoire du circuit d’Imola est bien plus marquée par la Formule 1, que par l’endurance. Mais ce tracé a aussi accueilli des courses de biplaces sport, quoique de manière très irrégulière.
Olivier Favre
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Imola, c’est un nom qui fait d’abord penser à la F1 et pas que pour des bons souvenirs, évidemment. Mais ce circuit près de Bologne n’a pas seulement hébergé le Grand Prix de Saint-Marin ou, plus récemment, celui d’Emilie-Romagne. La première partie de son histoire commencée en 1953 se rattache aux biplaces sport bien plus qu’à la F1.
Il faut d’ailleurs plutôt dire sport-protos qu’endurance. Car « endurance » implique, normalement, une durée minimale et les courses d’Imola ne furent pas toujours très longues. Y a-t-il d’ailleurs un autre circuit sur lequel la durée et donc le nom des épreuves varièrent autant ? Au Mans, à Sebring, à Spa, on rattache l’épreuve à un format bien précis et intangible, qu’il soit exprimé en heures ou en kilomètres. A Imola on a vu presque tous les formats : de 250 km dans les années 50 aux 6 heures actuelles, en passant par 500 et 1000 km et 3 ou 4 heures.

Départ de la course Interserie en 1972. En tête Kauhsen (917) et Nanni Galli (Alfa) – © Angelo Boscarino
Après trois courses nationales dans les années 50, la première apparition d’Imola sur les tablettes d’un titre mondial se fait en 1965 avec une course de 3 heures réservée aux petites cylindrées. C’est l’époque où le championnat du monde sport est réservé aux GT et où son degré de complexité nécessite une maîtrise de maths appliquées pour en suivre le déroulement (https://www.classiccourses.fr/grand-tourisme-grande-complication-ou-pourquoi-faire-simple/).
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1968-73 : variété des formules
La course de 1965 n’a pas de suite. Mais l’Automobile-Club de Bologne ne voit pas pourquoi Imola resterait à l’écart du foisonnement de courses de sport-protos de la fin des années 60. On trouve donc une date, à la mi-septembre, et les organisateurs comptent sur les marques italiennes, Ferrari (Maranello n’est qu’à 80 km), Alfa Romeo et Abarth pour garnir leurs plateaux et s’assurer une victoire aisée. Voire ! C’est bien le cas la première année en 1968, Alfa signant un triplé en forme de promenade. Ensuite, beaucoup moins. Dès l’édition 69 stoppée prématurément par un déluge qui fait les affaires de la Mirage de Jacky Ickx, le team de John Wyer se fait un malin plaisir de contrarier les prétentions des Alfa et Ferrari. Rebelote en 70 (Redman – 917) puis 1973 (Bell – Mirage M6). C’est seulement en 72 que Ferrari s’assure un doublé Merzario-Ickx.

Merzario vainqueur des 500 km en 1972 – © DR
En 1970 Imola a pris le nom officiel d’« Autodromo Dino Ferrari » (1). Au-delà de l’hommage justifié, l’AC de Bologne peut espérer que le « Drake » ne rechignera pas à participer aux courses sur un circuit portant le nom de son fils défunt. De fait, Ferrari répondra souvent présent. Ainsi, le seul engagement d’une 512 M officielle en 1971 intervient à Imola en mai, lors de la première manche du challenge Interserie, cette réplique européenne à la Can-Am. Car le circuit peine à trouver la bonne formule : Interserie, protos 2 ou 3 litres, course unique ou en deux manches et une finale. En septembre 1971, lors des 500 km Interserie, Imola connaît son premier accident mortel en auto (il y en avait déjà eu en moto) : l’Autrichien Klaus Reisch perd le contrôle de son Alfa 33/3 sur une piste détrempée et s’écrase contre le muret des stands.
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Statut mondial
Puis vient l’année 1974 et Imola accède enfin réellement au statut de course d’endurance : une épreuve de 1000 km comptant pour le championnat du monde. La date a changé et pas forcément pour le mieux : deux semaines avant les 24 Heures du Mans et sous une forte chaleur qui fait fondre la piste ! Il y a quand même un duel Matra-Alfa et les tifosi comptent bien voir la marque milanaise rééditer sa victoire par K.O. des 1000 km de Monza quelques semaines plus tôt. Espoir déçu, ce sont Pescarolo et Larrousse qui s’imposent. Confrontée à des grèves et peu confiante dans la solidité de ses 33 TT12, Alfa s’abstient au Mans et tirera bientôt un trait sur ses prétentions au titre.

Larrousse en route pour la victoire en 1974 – © DR
Imola a donc fait son entrée dans le calendrier du championnat mondial, mais pas au meilleur moment. L’endurance est alors au plus bas et ce n’est pas la séparation en deux entités, Silhouettes groupe 5 et protos Groupe 6, qui va la renforcer. Bien au contraire. Comme la plupart des circuits italiens, Imola s’insère dans l’un des deux calendriers en 76-77 et ce sera celui des protos. Mais les courses de ces années-là n’ont rien de mémorable. En général, une ou deux Porsche ou Alfa d’usine (voire deux Alpine en 76, année faste !) émergent d’un plateau famélique réunissant des voitures hors d’âge conduites par des gentlemen-drivers aux talents très variables. Imola 77 est même organisée en dernière minute pour permettre à Alfa Romeo de valider un titre mondial Sport qui n’a jamais été aussi dévalué et dépourvu de signification.
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Un long sommeil
Le championnat Sport disparaît logiquement fin 77 et Imola se tourne alors vers la F1. D’abord en hébergeant le GP d’Italie en 1980 (2), puis celui de Saint-Marin à partir de l’année suivante. Le circuit ne réapparaît au calendrier Sport qu’avec l’avènement du Groupe C. D’abord en 1983 pour une course du championnat d’Europe des pilotes, étrange et unique appendice à un championnat mondial des marques et pilotes. Puis l’année suivante en tant que manche du championnat du monde.

La Porsche 956 de Stuck-Bellof, victorieuse des 1000 km en 1984 – © DR
Ensuite, plus rien, de niveau international s’entend, pendant plus de 25 ans. Jusqu’à l’Intercontinental Le Mans Cup en 2011, précurseur du nouveau championnat du monde d’endurance FIA lancé en 2012. Un championnat qui n’intègre pas Imola pour autant. Le circuit italien doit se contenter des European Le Mans series, seconde division réservée aux protos LMP2, LMP3 et GT. C’est en 2024 qu’Imola remonte enfin en première division, avec une course de 6 heures organisée autour du 20 avril, qui ouvre la saison européenne du WEC. Et la saison tout court cette année, du fait de l’annulation de la manche du Qatar pour les raisons que l’on connaît.
Notes :
(1) Après la mort du Commendatore en 1988, le nom du circuit deviendra « Autodromo Enzo e Dino Ferrari ».
(2)) Ce GP d’Italie 1980 est le seul depuis 1950 à ne pas s’être déroulé à Monza. Afin de valider le circuit auprès de la FIA, il a été précédé en1979 par une course hors-championnat, le Grand Prix Dino Ferrari remporté par la Brabham-Alfa de Niki Lauda.
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Publicité Ferrari sur le Net – © DR
