Circuit de Monaco, le 30 mai 1976
Point focal redessinant la piste monégasque en trajectoires idéales, la Ferrari conduite par Niki Lauda file – en apparence – un train de sénateur tellement tout lui semble facile.
Patrice Vatan
Comme nombre de pilotes au plus haut niveau, Niki est un calme. Il trouve pour la cinquième fois cette saison le drapeau à damiers et Guy Royer pour l’immortaliser.
Guy Royer est un photographe du dimanche mais pas au sens donné à l’assertion « conducteur du dimanche ».

Trois jours plus tôt, point infinitésimal descendant l’autoroute du sud, l’Alfasud conduite par Pierre Pastore file – réellement – un train de sénateur.
Comme nombre d’amoureux du sport automobile, Pierrot est un calme. Après la course, il poursuivra jusqu’à Balocco en Italie pour rendre visite à sa grand-mère. Pierre Pastore est un fumiste mais pas au sens donné généralement à ce mot.

Dans nos têtes de passagers croît un fantasme commun : le choc, que dis-je, le big bang que causera une fois encore la découverte de la Principauté tout entière pleine du Grand Prix. C’est certes la quatrième fois que j’y assiste mais rien ne peut atténuer l’intense remuement des tripes quand la baie de Monte Carlo s’offre aux regards, opéra naturel où les deux Ferrari 312 T2 envoyant leurs 12 cylindres cogner sur les immeubles de granit rose valent, en terme de frissons sur les bras, Pavarotti entamant E lucevan le stelle.

Accrochés au rocher comme des chèvres sauvages sauf qu’ils sont drapés dans d’immenses drapeaux frappés du Cavallino Rampante, les Tifosi sont montés par dizaines de milliers de leur Terre bénie. Ils hurlent les trois seuls mots nécessaires à leur survie : Ferrari, Lauda, Regazzoni. E lucevan le stelle.
Les étoiles brillent en effet dans la descente de Mirabeau où grâce au faux brassard en Letraset confectionné par Guy Royer je suis positionné au niveau du Tiffany’s Club.

Presque deux heures de course. Niki Lauda passe pour la 77e fois au ras du rail, négociant la trajectoire qui le jettera dans Mirabeau, manœuvre immuable, figée dans la cinétique la plus pure. On ne l’appelle pas pour rien l’Ordinateur.
Pôle, en tête de bout en bout, il laisse Scheckter à plus de 11 secondes et Depailler à plus d’une minute.

Podium. Je cherche René Le Floch, un pote rencontré à Zeltweg l’an dernier, il doit nous remonter à Paris dans la nuit. Sa Simca Rallye 2 ne va pas traîner. Pau F2 le week-end prochain.
Grand huit mental et logistique impossible, la saison 76.

