Brands Hatch Circuit, Fawkham, Kent, UK, le 18 juillet 1976
L’heure précédant le départ du Grand Prix d’Angleterre est une heure détachée de la flèche du Temps.
Bulle extra temporelle qui concentre les fantasmes de cent mille spectateurs répartis dans les tribunes ceinturant la zone Clairways, Paddock Bend, Druids Bend.
Patrice Vatan
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Hunt-Lauda
Cent mille fans chauffés à blanc par un soleil tropical et le show des Red Arrows, la patrouille d’élite de la RAF qui rase la pelouse de South Bank au point qu’on voie les pilotes dans le blanc des yeux.
Cent mille Anglais, tous lecteurs de Motoring News ou (et) de Autosport, que le duel de surhommes opposant James Hunt, l’idole cockney au hiératique Niki Lauda (en fera-t-on un film dans le futur ?) a extrait des faubourgs de Londres en d’autant plus grand nombre que la BBC ne diffuse pas la course à cause de l’affichage de Durex, les capotes, sur les capots des Surtees.
Big Bang
La minute précédant le départ du Grand Prix d’Angleterre vaut en intensité celle précédant le Big Bang. José Rosinski aura pour Sport Auto d’août 76 ces mots qui en cernent au plus la sensation charnelle : « Désordonnés, cacophoniques, les stridents aboiements des vingt-six moteurs s’accordent soudain en une monstrueuse clameur unie qui vous fait vibrer jusqu’aux entrailles… »
Quatre froggies
Pour quatre froggies, cet acmé mécanique est une routine bien réglée qui s’enchaîne tous les quinze jours depuis le GP d’Espagne à Jarama : Zolder, Monaco, Anderstorp, Paul Ricard et aujourd’hui Brands Hatch. Une Chrysler 180 gréée en dissuasion autoroutière et son équipage à géométrie variable, Christian le pilote, Guy Royer le photographe du dimanche, Martine ou Gilbert, c’est selon, et votre serviteur.
Fort d’un brassard Photographer, j’ai trouvé refuge (sic) derrière le rail que masque une bannière DAILY MAIL, à l’extérieur de Paddock Bend, cette terrible courbe à droite que les pilotes négocient à l’aveugle.
Un tremplin pour Hunt ?
La seconde avant le baisser du drapeau a la densité du plomb. Niki Lauda, un œil rapide sur sa gauche, embraye une milliseconde plus vite que James Hunt, il va plonger dans Paddock avant lui. Derrière, Clay Regazzoni voit un trou de souris, y glisse sa Ferrari 312 T2 au moment où il se resserre, heurte la Ferrari de Lauda qu’elle déséquilibre sans conséquence, part en toupie en offrant un tremplin à la McLaren M23 de Hunt qui décolle et retombe sur ses roues, le peloton s’enfuit comme il peut vers Druids, comme si de rien n’était.
Warning Motor Racing is Dangerous
Sauf Laffite dont la Ligier s’écrase contre la Ferrari de Rega.
Les nuées dissipées dégagent une zone de guerre.
Une immense clameur d’effroi monte du public. On a eu chaud derrière le rail DAILY MAIl. Comme l’an dernier à Montjuich, comme à Silverstone en 73…
Spectateur de Grand Prix, surtout photographe, est un sport extrême comme le rappelle l’avertissement au dos des laissez-passer : Warning Motor Racing is Dangerous.
Image © Année automobile

