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GP d'Angleterre 1976

GP d’Angleterre 1976

par | 22 Juil 2026 | 2 commentaires

Lecture audio disponible

Brands Hatch Circuit, Fawkham, Kent, UK, le 18 juillet 1976

L’heure précédant le départ du Grand Prix d’Angleterre est une heure détachée de la flèche du Temps.

Bulle extra temporelle qui concentre les fantasmes de cent mille spectateurs répartis dans les tribunes ceinturant la zone Clairways, Paddock Bend, Druids Bend.

Patrice Vatan

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GP d'Angleterre 1976
GP d’angleterre 1976 – Regazzoni amorce un fameux travers

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Hunt-Lauda

Cent mille fans chauffés à blanc par un soleil tropical et le show des Red Arrows, la patrouille d’élite de la RAF qui rase la pelouse de South Bank au point qu’on voie les pilotes dans le blanc des yeux.

Cent mille Anglais, tous lecteurs de Motoring News ou (et) de Autosport, que le duel de surhommes opposant James Hunt, l’idole cockney au hiératique Niki Lauda (en fera-t-on un film dans le futur ?) a extrait des faubourgs de Londres en d’autant plus grand nombre que la BBC ne diffuse pas la course à cause de l’affichage de Durex, les capotes, sur les capots des Surtees.

Big Bang

La minute précédant le départ du Grand Prix d’Angleterre vaut en intensité celle précédant le Big Bang. José Rosinski aura pour Sport Auto d’août 76 ces mots qui en cernent au plus la sensation charnelle : « Désordonnés, cacophoniques, les stridents aboiements des vingt-six moteurs s’accordent soudain en une monstrueuse clameur unie qui vous fait vibrer jusqu’aux entrailles… »

Quatre froggies

Pour quatre froggies, cet acmé mécanique est une routine bien réglée qui s’enchaîne tous les quinze jours depuis le GP d’Espagne à Jarama : Zolder, Monaco, Anderstorp, Paul Ricard et aujourd’hui Brands Hatch. Une Chrysler 180 gréée en dissuasion autoroutière et son équipage à géométrie variable, Christian le pilote, Guy Royer le photographe du dimanche, Martine ou Gilbert, c’est selon, et votre serviteur.

Fort d’un brassard Photographer, j’ai trouvé refuge (sic) derrière le rail que masque une bannière DAILY MAIL, à l’extérieur de Paddock Bend, cette terrible courbe à droite que les pilotes négocient à l’aveugle.

Un tremplin pour Hunt ?

La seconde avant le baisser du drapeau a la densité du plomb. Niki Lauda, un œil rapide sur sa gauche, embraye une milliseconde plus vite que James Hunt, il va plonger dans Paddock avant lui. Derrière, Clay Regazzoni voit un trou de souris, y glisse sa Ferrari 312 T2 au moment où il se resserre, heurte la Ferrari de Lauda qu’elle déséquilibre sans conséquence, part en toupie en offrant un tremplin à la McLaren M23 de Hunt qui décolle et retombe sur ses roues, le peloton s’enfuit comme il peut vers Druids, comme si de rien n’était.

Warning Motor Racing is Dangerous

Sauf Laffite dont la Ligier s’écrase contre la Ferrari de Rega.

Les nuées dissipées dégagent une zone de guerre.

Une immense clameur d’effroi monte du public. On a eu chaud derrière le rail DAILY MAIl. Comme l’an dernier à Montjuich, comme à Silverstone en 73…

Spectateur de Grand Prix, surtout photographe, est un sport extrême comme le rappelle l’avertissement au dos des laissez-passer : Warning Motor Racing is Dangerous.

Image © Année automobile

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Patrice Vatan
Je suis né à l’automobile entre les jambes de mon père. Mêlés à la poussière soufflée sur la piste de Ain Diab par le vent du large, ce sont des souvenirs quasi post-utérins qui remontent, flashes rouges émis par les Ferrari, les seules auto dont je me souvienne lors du Grand Prix du Maroc 1957, hors championnat mais nullement sans saveur. Vision au ras du sol, comme filmée par Walt Disney lorsqu’il s’adresse aux enfants. Huit ans plus tard une jambe cassée m’envoyait au lit et je dois à la couverture du Sport-Auto de juin 1965 – Jean Guichet sautant dans sa Ferrari 275 P -, que m’avait offert une voisine pour me distraire, ma première vraie émotion automobile à l’état conscient.
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