Ce n’est pas tous les jours qu’on peut visiter le fameux musée de l’automobile de Beaulieu en Angleterre. Un roadtrip sur la côte sud-ouest organisé avec mon fiston m’en a fourni l’occasion rêvée. J’ai naturellement pensé aux lecteurs de Classic Courses.
Pierre Ménard – Texte et photos
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Le National Beaulieu Motor Museum est un des plus fameux musées de Grande-Bretagne, si ce n’est le plus fameux. Doté de près de 300 voitures, il retrace la vie de la voiture anglaise dans tout ce qu’elle a de plus précieux pour un peuple épris de belles mécaniques. Des modèles exceptionnels sont, certes, exposés, mais ce qui comptait avant tout pour son fondateur, Lord Edward Douglas-Scott Montagu, était de les replacer dans l’essence profonde (sans jeu de mots) de la société britannique.

Ainsi ont fidèlement été recréés les lieux où ces autos s’épanouissaient, showrooms, garages et autres ateliers abritant un immense foutoir qui sentait bon l’huile et le cambouis !

Dans cette optique, les équipes du musée ont ouvert une sympathique annexe où les visiteurs peuvent retrouver avec émotion les voitures « madeleines » de leur enfance et surtout monter dedans (Oh ! la Morris Minor de mon oncle ! Regarde, l’Hillman Imp de mon père !).

Un musée en constante évolution
Un autre bâtiment abrite quelques-unes des voitures les plus emblématiques du septième art ou de la télévision comme la Mini 1000 de Mister Bean, la Reliant Regal de la série britannique Only Fools and Horses ou encore la Jaguar XKR de Meurs un autre jour. Concernant cette dernière, on pourrait regretter ne pas avoir vu la célébrissime Aston Martin DB5 de Goldfinger, qui fait partie de la collection mais a été prêtée temporairement à une autre entité dans le monde. Le musée de Beaulieu est en constante évolution et ce que vous verrez un jour ne sera peut-être plus visible un autre.

La reine
Qualifiée de « meilleure voiture du monde » et trônant à l’entrée du musée, cette Rolls Royce de 1909 fut la 13e construite au Royaume Uni. Sa carrosserie en métal lui valut le surnom de Silver Ghost. Elle fut initialement conçue comme une sept-places, puis transformée en 1924 en corbillard avant d’être utilisée comme dépanneuse, son moteur 6 cylindres de 7 litres développant 48 chevaux ! Lord Montagu lui donna sa ligne définitive Roi des Belges en 1961.

Le sport abordable
En 1930, la firme MG sortit le modèle M destiné à une clientèle désireuse de s’adonner aux sports mécaniques à moindres frais. Ce petit cabriolet, naturellement surnommé Midget (naine), créa chez les Britanniques cet amour des autos de courses abordables qui devint leur ADN et fut engagé dans nombre de compétitions sur l’Île. Son 4 cylindres de 850 cm3 développait 20 chevaux et propulsait le tout à 90 km/h, vitesse impressionnante pour l’époque.

L’ère des records
Les années vingt furent livrées à la folie des records mécaniques terrestres. En 1929, la firme britannique Napier conçut une monoplace insensée destinée à reprendre à l’Anglais Malcom Campbell le record établi en 1928 avec 332,992 km/h. Cette Napier Special Golden Arrow héritait d’une ligne aérodynamique sans précédent et était mue par un énorme W12 de 24 litres développant 925 chevaux ! À son volant, le major anglais Henry Segrave claqua le 11 mars 1929 à Daytona Beach un indiscutable 372,46 km/h qui en fit l’homme le plus rapide sur terre.


Quelques décennies plus tard, le fils de Malcom Campbell, Donald, releva le gant en s’attaquant au record de 630 km/h. Dès 1960, il tenta de briser cette barrière au volant de ce monstrueux Bluebird CN7 de 4 tonnes propulsé par une turbine Bristol-Siddeley Proteus fournissant 4500 chevaux et censé frôler les 800 km/h ! Après quelques tentatives infructueuses, dont un grave accident, Donald Campbell fixa le 17 juillet 1964 en Australie le record à 648,59 km/h.
Puissance solaire
En 1993, l’Anglais Philip Farrand répondit aux interrogations sur l’énergie solaire en engageant dans un défi technologique cet étonnant engin entièrement mu par un moteur électrique alimenté par des batteries solaires. Le parcours s’étendait sur plus de 3000 kilomètres de Darwin au nord de l’Australie jusqu’à Adelaïde au sud et Ferrand le couvrit en 9 jours à une vitesse moyenne de 56 km/h.

La compétition un peu trop absente
Seule déception lors de cette visite, la partie consacrée à la compétition, pourtant très active au Royaume-Uni, était chichement représentée : un plateau de cinq voitures, dont la magnifique Lotus 49-Ford de 1967 ex-Jim Clark et la pompeuse BRM V16 de 1952 qualifiée par Stirling Moss de « pire voiture qu’il n’ait jamais conduite », une rampe accueillant trois Formule 1 des années 2010, une Porsche 917 Gulf, e basta !

Au sujet de cette dernière, châssis n°013 piloté par (entre autres) Pedro Rodriguez, Jackie Oliver, Leo Kinnunen, Jo Siffert ou Richard Attwood (« Hard driving men, all » ainsi que le précise la petite plaque boulonnée sur le tableau de bord), je ne peux m’empêcher de penser que j’ai devant moi cette même voiture que Pierre Gary se faisait une joie d’essayer pour feu le magazine Auto-Passion sur l’autodrome de Montlhéry en 1996 et qui refusa de correctement carburer ce jour-là. Très remonté, Pierre estima avoir été victime d’une gentille fourberie de nos amis anglais.

Rockers contre mods
Ignorer le côté « biker » des Anglais serait une faute grossière que Beaulieu n’a pas commise. Une partie du musée est consacrée aux deux-roues, qu’elles soient purement anglaises comme les éternelles BSA, Norton ou Triumph ou bien venues du Soleil Levant telles les Suzuki, Kawasaki ou Honda, dont une très belle CBX 1000 six-cylindres de 1978 (la moto la plus rapide de son époque).

Pour rester sur la symbolique deux-roues de l’histoire récente de l’Angleterre, on ne pourra pas s’empêcher de mettre face à face cette Triumph Bonneville de 1962 adorée par les rockers venus du Nord du pays et ce scooter Lambretta LI 150 de 1965 prisé par les mods de Londres qui attendaient fébrilement l’été pour de monstrueuses bastons sur les plages du Sud avec leurs ennemis préférés descendus de Liverpool ou Manchester.

Parc des merveilles
Une journée à Beaulieu ne se limite pas à ce somptueux musée mécanique. L’immense parc qui l’accueille abrite également un espace passionnant sur l’histoire du SOE britannique (Special Operations Executive) durant la seconde guerre mondiale, Beaulieu étant un des grands centres formateurs d’espions (anglo-saxons mais aussi français) entre 1942 et 1944. On peut aussi déambuler dans les ruines du monastère cistercien et de son abbaye à la recherche de l’histoire des moines du XIIIe siècle, visiter le Palace House et ses expositions temporaires ou tout simplement flâner dans les luxuriants jardins. Sans oublier le joli village éponyme qui, à lui seul, vaut le détour. Have a pleasant stay in Beaulieu !

