Autodromo Nazionale di Monza, Lombardia, Italia, le 12 septembre 1976
23 km séparent l’hôtel Biffi, à Seregno, où nous logeons, de l’autodrome de Monza, 23 km d’un embouteillage ininterrompu tel que Fellini eût pu s’en inspirer pour le début de son Roma.
Patrice Vatan
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Parco di Monza
La Chrysler se fraie péniblement un passage dans les allées noires de Tifosi du splendide parco di Monza qui jouxte l’autodrome.
Christian se garde pour une fois de brandir le poing contre les scènes de liesse magnifiques et épouvantables projetées sur le pare-brise ; garçons faméliques drapés dans des oriflammes au cheval cabré, poussives Topolino fumant leurs tripes, toute une humanité issue des faubourgs de Milan converge en hurlant le nom de son dieu revenu d’entre les morts, Niki Lauda

Moity et Beauharnais ont vu juste
Une pensée envers nos amis Jean-Paul Orjebin et Michèle qui vivent cette journée historique plus au calme, à Maranello où Etienne Moity, le boss d’Auto Hebdo les a envoyés afin d’en restituer un autre angle.

Que ce parc paysager, l’un des plus important d’Europe ait été conçu par un français, Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, peu leur chaut aux Tifosi, du moment que la Ferrari écrase la mafia inglese, vouées aux enfers par des banderoles déployées à l’envi, et accessoirement il francese Laffite qui se paya le culot de rafler la pole aux trois hommes de la Scuderia : Niki, Clay et Carlos (Reutemann), en délicatesse avec Martini-Brabham.
Non accrédités presse, pour une fois, nous franchissons les contrôles à l’aide du brassard IRPA contrefait pour Christian, Jean-Michel et Guy, et du badge FOCA pour moi, tombé du camion au Ring l’an dernier.

Extrème-onction le 5 août
La muraille humaine étouffant la 312 T2 n°1, que nous parvenons à enfoncer, dévoile une scène qui restera gravée à jamais.
L’homme considéré comme mort au soir du Grand Prix d’Allemagne il y a 37 jours, à qui on administra l’extrême-onction dans la nuit du 4 au 5 août est ressuscité, casque marqué Romerquelle, cagoule aux yeux séparés comme c’est devenu la mode, le regard bleu et froid, piégé pa le vertigineux toboggan de Monza.
Rentré au plus profond de lui-même, il semble n’accorder qu’une attention de surface à l’assistance de Tomaini sur sa gauche et au préposé de Goodyear. Au moment d’enfiler sa cagoule une spectaculaire brûlure apparaît un bref moment, qui lui bouffe le côté droit.
A un journaliste lui demandant si ce visage abîmé ne le gêne pas pour courir, il répond qu’il n’a besoin que de son pied droit pour piloter. Il la gardera à vie, dédaignera la chirurgie qui pût en atténuer les stigmates.

4e en course le 12 septembre
Comment est-il possible qu’un homme ait autant de ressources intérieures pour affronter pareil challenge ? De quoi sont faits ces surhommes ? Lauda sera-t-il toujours Lauda après avoir brûlé au Nürburgring jusqu’à frôler la mort ? La réponse tient en ces mots : 4e à l’arrivée après un mauvais départ qui le met 12e au premier tour.
Le reste relève de l’anecdote, même si c’est faire peu de cas de la victoire de Peterson, de la première pole de Laffite et de Ligier, du 100e Grand Prix de Jacky Ickx.
Petite pédale au fond, Christian remonte l’autoroute du Sud, mâchoires serrée, Pink Floyd en appui logistique.
Je suis déjà en pensée à New York d’où je rallierai Watkins Glen à la veille du Grand Prix des Etats-Unis, dans un mois.

