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Universal Genève : Nina forever

par | 28 Mai 2026 | 2 commentaires

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Fin des années 60 : Nina Rindt illumine de sa beauté « so sixties » les abords des pistes de F1, où se distingue son époux, Jochen Rindt. Elle-même fille du coureur automobile (et joueur de tennis) finlandais Curt Lincoln, elle épouse le pilote germano-autrichien en 1967. Le couple est l’un des plus en vue du circuit, d’autant que Monsieur a de l’ambition : remporter le titre de champion du monde.

Lauriane Bremond

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Nina Rindt avec son Universal Geneve Compax

Pour cela, il quitte l’écurie Brabham pour Lotus. Jochen est persuadé que sa nouvelle F1, la type 72, le mènera à la victoire. L’année 70 semble lui donner raison. Mais pour rassurer son épouse, de plus en plus inquiète alors qu’accidents et morts tragiques se succèdent (Piers Courage, grand ami du couple, décède à Zandvoort, en juin), Jochen jure d’arrêter la compétition une fois le titre obtenu. Malheureusement, la course disputée à Monza sera celle de trop : Jochen Rindt sera le seul pilote à devenir champion de F1 à titre posthume. Soutenue par leurs amis Helen et Jackie Stewart, Nina s’éloigne des circuits, non sans avoir marqué durablement les esprits par son sens du style.

Une montre d’homme

En effet, comme il était de tradition pour les compagnes de pilotes, Nina Rindt s’emploie à noter les temps de son mari lors des essais. Pour cela, elle utilise un chronographe de la maison Universal Genève : le Compax, référence 885.103/02, caractérisé par trois sous-cadrans noirs sur cadran blanc (dit « cadran panda »). Il embarque un calibre Valjoux 72 à remontage automatique, une valeur sûre qui équipe nombre de chronographes, dont le fameux Rolex Daytona.

Précisons que Nina porte la montre sur bracelet bund, large bracelet en cuir initialement utilisé par les militaires de la République Fédérale d’Allemagne (Bundesrepublik Deutschland) et popularisé par les deux icônes que sont Paul Newman et Steve McQueen.

L’aspect massif de la montre contraste ainsi admirablement avec la fine silhouette du mannequin finnois. Ce geste plein d’audace et de style fera des émules : des femmes reconnues pour leur élégance oseront porter des montres d’hommes. Lady Diana Spencer notamment, elle portait, en plus de sa Patek Philippe Calatrava 3618, celle de son mari, le prince Charles (Patek Philippe réf. 3445 « Disco Volante ») lorsque ce dernier s’adonnait à la pratique du polo.

Nina Rindt avec son Universal Geneve Compax

Polerouter

Fondée en 1894 par Numa-Émile Descombes (auquel succède Louis Berthout en 1897) et Ulysse-Georges Perret, la maison s’appelle d’abord Universal Watch. Elle s’installe à Genève en 1919 et prend le nom d’Universal Genève (UG, pour les intimes) en 1936.

C’est à cette date que commence la production des chronographes « compax », suivis des « tri-compax ». L’expertise de la manufacture dans cette technologie alors en plein essor va faire sa réputation.

En 1954, UG s’associe à la compagnie Scandinavian Airlines System (SAS) qui effectue, le 15 novembre, le premier vol commercial Copenhague-Los Angeles passant au-dessus du Pôle Nord. À cette occasion, la maison fait appel à un jeune designer horloger prometteur nommé Gérald Genta, celui-là même qui concevra, des années plus tard, deux des montres les plus iconiques de l’histoire horlogère : la Royal Oak d’Audemars Piguet (1972) et la Nautilus de Patek Philippe (1976). Le modèle « Polerouter » (initialement « Polarouter ») est sans doute le plus connu de la marque.

« La crise du quartz » fragilise Universal Genève, comme beaucoup de manufactures dans les années 70 et 80. Les montres à quartz asiatiques, moins coûteuses et produites en grande série menacent l’industrie horlogère suisse .

À la fin des années 90, UG s’associe à l’Instituto Ayrton Senna, fondation créée en 1994 et présidée par Viviane Senna, sœur d’Ayrton et mère de Bruno. Deux pièces sont alors conçues : un modèle trois aiguilles nommé « Senna 65 » (en référence aux 65 pole positions du champion) et le chronographe « Senna 41 » (pour célébrer ses 41 victoires). Une des versions de la Senna 41 affichent trois sous-cadrans aux couleurs du pilote (jaune, vert et bleu) tandis qu’une autre arbore un cadran jaune des plus brésiliens.

Avec Breitling

Malgré ce coup d’éclat, Universal Genève peine à retrouver de sa superbe et finit par s’assoupir en 2010. Puis, en 2023, les sociétés d’investissement Partners Group et CVC Capital Partners, déjà propriétaires de Breitling, rachètent UG. Les admirateurs de la marque reprennent espoir et malgré quelques inquiétudes, veulent faire confiance aux équipes de Breiling, dont l’expertise horlogère n’est plus à prouver.

Vintage Universal Geneve Compax
Universal Geneve Compax

La renaissance d’Universal Genève est officiellement annoncée sur ses terres genevoises, en marge du salon Watches & Wonders 2026, grand-messe de l’horlogerie mondiale.

La manufacture propose ainsi des rééditions de ses modèles phares dont, bien entendu, le chronographe compax, dans une version fidèle au modèle porté par Nina Rindt, mais aussi dans une version avec un cadran « panda inversé » (sous-cadrans blanc sur cadran noir), malicieusement surnommé par les amateurs « Evil Nina ».

À travers ce modèle mythique, s’écrit le nouveau chapitre d’une histoire intemporelle : une histoire de passion, d’amour et de résilience, au croisement de l’horlogerie et de l’automobile.


Photos courtoisie de la maison Breitling – Universal Genève

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