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Les perles de Monsieur Fritz

par | 7 Juil 2026 | 0 commentaires



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En revenant de sa Rega-balade dans le Tessin, la branche alsacienne de Classic Courses s’est arrêtée à Zoug pour y vivre le rare privilège d’une visite privée de la Pearl Collection.

Olivier Favre

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Le nom de Fritz Burkard ne vous dit peut-être rien. Pourtant, dans le petit milieu des grands collectionneurs, on le surnomme « The Collector », ce qui veut tout dire. Ce richissime Helvète a constitué en quelques années une extraordinaire collection de voitures, dont bon nombre d’exception : la Pearl Collection. Monsieur Fritz étant actuellement le propriétaire et pilote de la Tecno F3 ex-Jaussaud victorieuse à Monaco en 68, Jean-Claude Arnold a eu l’occasion de sympathiser avec lui à Goodwood. Et Fritz l’a invité à venir visiter sa collection quand il le souhaiterait. Dans le futur « The Collector » prévoit d’organiser des visites réservables par Internet. Mais ce sera au compte-gouttes pour que cela reste une « expérience » (comme on dit aujourd’hui en marketing) exceptionnelle. Pour l’heure, ce privilège est accordé – gracieusement – aux amis de Monsieur Fritz. Et il ne se refuse pas, bien sûr.

Bantam

La compagnie American Bantam est née en 1935 des cendres de la branche américaine d’Austin. Elle a construit plusieurs modèles sur bases Austin Seven, dont ce rare cabriolet Riviera qui n’a été produit qu’à 350 exemplaires. Bantam produira ensuite la première Jeep pour l’armée américaine, avant de se concentrer à partir de 1943 sur la production de matériel militaire. – © Marc Ostermann

Émotion

D’autant moins que nous allons bénéficier d’une visite guidée. Fritz Burkard est absent, mais il a délégué son homme de confiance. Le sympathique Armin n’a que 29 ans, mais connaît sur le bout des doigts les voitures qui composent son environnement quotidien. Il y a décidément des métiers qui ne sont pas désagréables … Nous voici donc arrivés près de Zoug dans une zone industrielle banale, devant un bâtiment-cube totalement anonyme et semblable à des centaines d’autres de son genre. Seule originalité, une Bantam Riviera de 1940 trône en vitrine à l’entrée. Ce sera la seule voiture que nous pourrons photographier. En effet, Armin ne nous autorise pas à prendre des photos du reste de la collection. Nous devrons donc nous concentrer sur l’instant présent et l’émotion ressentie. Ce n’est pas une si mauvaise chose, après tout. Mais ce n’est pas l’idéal en vue d’une note pour CC !

A propos d’émotion, cette collection a ceci de particulier que seule celle ressentie par Monsieur Fritz décide de l’acquisition de telle ou telle voiture, comme il le déclare dans cette interview :  https://www.lux-mag.com/car-collector-king-fritz-burkard-on-his-pearl-collection/. Ceci explique que la première voiture sur laquelle nous « tombons » une fois la porte franchie est … une Citroën Ami 6 ! En état concours et en parfait état de marche, comme d’ailleurs les autres perles de cet extraordinaire assemblage. Voici les plus marquantes, évoquées avec quelques photos trouvées sur le Net. Car Fritz Burkard ne se prive pas de conduire et de montrer ses merveilles, en participant à de célèbres concours et expositions.

Bugatti 59 « Roi des Belges » – 1934

Bugatti Pearl

Au concours de Pebble Beach en 2024, cette extraordinaire voiture a remporté le prix Best of show, accordé pour la première fois à une voiture « dans son jus ». Son surnom vient du roi Léopold III qui en fit l’acquisition en 1937. Auparavant, ce modèle avait eu une riche carrière sportive aux mains de René Dreyfus, Robert Benoist et Jean-Pierre Wimille. Il est émouvant de voir les stigmates de près d’un siècle de vie sur la carrosserie et la sellerie de cette magnifique voiture.

Tricycle bimoteur Prinetti et Stucchi – 1899

Cet engin à trois roues est aussi connu sous le nom de Bugatti type 1. En effet, il s’agit de l’une des toutes premières créations du jeune Ettore (17 ans), apprenti chez Prinetti & Stucchi, fabricant de vélos et de machines à coudre à Milan. Avec ce modèle, Ettore lui-même a gagné une course italienne en 1899 à la moyenne de 64 km/h sur 90 km.

Bugatti 57S Atalante – 1937 – châssis n° 57502

Bugatti Atalante

Cette sublime « black beauty » a été achetée en 1937 par le pilote Francis Curzon, plus connu sous le nom de Earl Howe (vainqueur au Mans en 1931 sur Alfa Romeo). Après avoir passé près de 50 ans dans un garage en Angleterre, elle est réapparue au grand jour il y a une vingtaine d’années et a été restaurée en état concours.

Avant de passer aux autres marques, signalons encore la présence de deux modèles 35 et d’un lot (!) de six ou sept Bugatti modernes (Veyron, Chiron, Divo, …) en éditions spéciales. Elles attireraient évidemment notre attention si nous les croisions dans la rue. Mais dans cet environnement chargé d’histoire, nous les regardons à peine. Notons aussi que Fritz Burkard détient une extraordinaire (encore !) collection d’objets et documents (environ 15 000 !) relatifs à la marque alsacienne. Nous avons pu en voir une partie exposée. Le temps nous manquait mais cet aperçu a suffi pour remarquer des pièces exceptionnelles issues de la firme de Molsheim. Plans, bons de commande, lettres manuscrites, accessoires divers, …

Talbot T150 C SS « goutte d’eau » Figoni-Falaschi – 1937 – châssis n°90107

Talbot Teardrop

© Wikimedia Commons

Voici peut-être la plus fabuleuse voiture de cette collection. Une véritable œuvre d’art qui laisse pantois. Et un modèle unique aujourd’hui. En effet, sur les seulement dix exemplaires de la carrosserie « Teardrop » (goutte d’eau) assemblés sur des châssis T150C-SS, seuls deux arboraient une carrosserie entièrement en aluminium incluant des ailes avant à jupes totalement enveloppantes. Et seul celui-ci existe encore.

Delage D8-120 S de Villars – 1938 – châssis n° 51626

Delage Pearl

© The Peninsula Hotels-Delage

Autre voiture hors normes (on se trouve en panne de superlatifs !) que ce cabriolet huit cylindres (4,7 litres). On le doit à la société De Villars, un carrossier fondé en 1925 à Courbevoie par un Américain installé en France, Frank Jay Gould. Après la guerre, elle passa entre les mains d’Otto Zipper, renommé concessionnaire californien (Precision Motors) qui engageait des Porsche et Alfa Romeo en Can-Am dans les années 60-70.

Alfa Romeo 8C-2300 Monza ex-Nuvolari – 1933 – châssis n° 2211120

Nuvolari

Équipée d’origine d’un moteur 2,6 litres et non 2,3, cette voiture de la Scuderia Ferrari fut pilotée entre autres par Tazio Nuvolari. Le Campionissimo mena avec elle le GP de Monaco 1933 jusqu’à l’avant-dernier tour, son abandon laissant la victoire à son rival Varzi. Gréée en version endurance, elle disputa aussi la Targa Florio, les Mille Miglia et plusieurs courses de côte. Puis elle partit en Afrique du Sud en 1936. Elle y resta 50 ans avant de revenir en Europe, rachetée par un Allemand. On a pu la voir récemment au Grand Prix de Monaco historique avec Fritz Burkard lui-même à son volant.

Abarth “La Principessa” – 1960

Abarth Pearl

Encore une voiture étonnante que cette « princesse » carrossée par Pininfarina à partir d’études dans la soufflerie de l’Université polytechnique de Turin. Avec son petit 4 cylindres de seulement 1000 cc, elle a battu une kyrielle de records internationaux sur longues distances à Monza en 1960. Parmi ses pilotes figuraient Umberto Maglioli et Mario Poltronieri, pilote d’essai de la marque et futur journaliste sportif sur la RAI, la télévision publique italienne.

Aston-Martin DB5 « James Bond » – 1965 – DB5/2008/R

Aston Pearl

Aston-Martin a construit deux DB5 très spéciales pour le film Goldfinger, troisième opus de la série James Bond en 1964. Vu le succès du film, l’année suivante la voiture réapparut dans Opération Tonnerre (Thunderball). Et le studio commanda deux autres DB5 identiques pour assurer la promotion du film à travers le monde. C’est l’une de ces deux « filles de pub » que nous voyons.

Elle dispose évidemment de tous les gadgets que l’on connaît, abondamment popularisés en modèles réduits. Ecran pare-balles rétractable, mitraillettes derrière les clignotants, plaques d’immatriculation tournantes, siège passager éjectable, dispositifs d’épandage d’huile et de clous, … Pour l’accompagner, une camionnette de tournage, des rangées de fauteuils de cinéma d’époque, des affiches et objets publicitaires composent un « James Bond corner », où Sean Connery se serait senti parfaitement à son aise.

Rolls-Royce Phantom II Continental Streamline Saloon – 1934 – châssis 86SK

Raccoon Rolls

Basée sur un châsis Continental, plus court et plus sportif que le Phantom standard, cette splendeur a été carrossée par Park Ward, célèbre maison londonienne spécialisée dans les Rolls. Motorisée par un six-en-ligne de 7,7 litres, on la connaît sous le nom de « The Raccoon Rolls ». En effet, une famille de ratons-laveurs y avait élu domicile durant les quelque quarante années de son remisage dans une grange américaine.

La Toyota de Tom Hanks

Ajoutons en vrac une Chevrolet Camaro de 1967, qui fut la première voiture acquise par M. Fritz pour sa collection. Une Ferrari 275 GTS ex-Jenson Button. Une Ghia 450 SS. Et une Kaiser-Darrin 1953 avec ses étonnantes portières coulissant dans les ailes avant, et bien d’autres encore dont ma mémoire n’a pas forcément retenu le nom.

Tom Hanks

Nous terminons la visite par une voiture qui paraît anachronique dans ce fabuleux assortiment de voitures au superlatif. Ce 4×4 Toyota FJ40 Land Cruiser vert porte des traces de boue révélant son utilisation récente. Banal ? Pas tant que ça. Comme le prouve sa signature apposée sur la boîte à gants, ce modèle appartenait à l’acteur Tom Hanks. Celui-ci l’a équipé de sièges Porsche, de jantes chromées, de l’air conditionné et d’un V6 GM de plus de 4 litres. Le combo parfait pour remorquer sa caravane Airstream lors de ses virées dans la nature californienne.

Après deux heures dans cette salle des trésors où on ne voit pas le temps passer, nous ressortons un peu « sonnés » par tant de merveilles. Le Porschiste invétéré qu’est Michel est un poil déçu de n’avoir vu aucune fille de Zuffenhausen. Et Jean-Claude n’a pu revoir « sa » Tecno qui était partie pour l’atelier en vue de sa préparation pour la prochaine saison. Mais ne chipotons pas !

La philosophie de Monsieur Fritz

Autant de trésors pour un seul homme, cela pourra en choquer certains. D’autant plus que le petit milieu de la voiture ancienne d’exception n’est pas peuplé que de gentlemen esthètes et désintéressés. Mais, contrairement à d’autres, Fritz Burkard ne voit pas ses voitures comme un placement spéculatif (il n’en a pas besoin) et ne les cadenasse pas loin des regards du monde. Il les sort, il les fait rouler, il les montre. « Je me considère davantage comme un gardien, comme quelqu’un qui prend du plaisir pour moi-même et pour ceux qui m’entourent. Je suis très ému par mes voitures, surtout quand je peux percevoir leur histoire, quand je peux la sentir. » En somme, il a gardé son âme d’enfant, seuls la taille et le prix de ses jouets sont passés dans une dimension inaccessible au commun des mortels. Merci à lui pour ce moment unique !

Crédits photos : DR sauf mention contraire

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Olivier Favre
Le goût de l’automobile est un atavisme familial transmis par mon père, qui l’a manifesté autant à l’échelle 1 que par les Dinky Toys. Mais l’intérêt pour la course est ma spécificité et j’y suis venu très tôt par les miniatures Solido des 24 Heures du Mans, Ferrari 512 M, Matra et autres Porsche 917. Après le jeu sur les tapis est venu le temps de la collection et du modélisme, de l’abonnement à Sport-Auto puis à Auto-Hebdo. Parallèlement, mes études à Sciences-Po ont confirmé mon intérêt pour l’Histoire et renforcé ma confiance rédactionnelle. Une fois trouvée ma voie professionnelle dans la fonction publique territoriale, j’ai voulu réunir tout cela et écrire sur l’histoire de la course automobile, celle que je n’ai pas vécue, celle que j’aurais aimé vivre. C’est ainsi que j’ai collaboré à Automobile Historique pendant trois ans. Puis sont venus Mémoires des Stands et le magazine Autodiva, qui me permet de garder le contact, précieux pour moi, avec le papier. Et enfin Classic Courses depuis 2012.
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