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Christine Beckers – Entretien – 2/3

par | 25 Juin 2026 | 2 commentaires

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Mes 1001 voitures

En 2008, Christine fut nommée Officier de l’Ordre de la Couronne pour sa carrière automobile longue de 20 ans et sanctionnée de nombreuses victoires.  Elle nous propose de monter à ses cotés dans les voitures qui ont davantage marqué ses souvenirs. Attachez bien votre ceinture !

Patrice Vergès

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Christine Beckers , mes 1001 voitures

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Christine n’aime pas que les chevaux vapeur © Patrice Vergès

 Depuis quelques années, Christine est invitée dans de nombreuses commémorations automobile sportives où parfois elle prend le volant de quelques monstres sacrés.  Elle y répond toujours avec plaisir en regrettant parfois de ne pas pouvoir aller plus vite en démonstration. Ainsi, elle a pu piloter la Matra 630 Ford 4,7 l, une Cobra Daytona et une Jaguar D et quelques autres gloires mécaniques. Pour elle, le plus émouvant fut de reconduire en 2007 l’Inaltera sur le grand circuit du Mans au coté de son mari où elle avoua pleurer d’émotion dans les Hunaudiéres, le corps massé par les vibrations du Cosworth.   

Lors des séances de signatures pour son bouquin, beaucoup parmi les jeunes qui ne la connaissaient pas,  imaginent difficilement que cette frêle petite femme aux cheveux poivre et sel, ait pu débouler à 325 km/h dans les Hunaudières et tourner à 340 km/h en Nascar sur le banking de Daytona. Après sa carrière de pilote où elle vécut successivement dans plusieurs pays avec son mari Louis, Christine grimpa au 7eme ciel en passant son brevet de pilotage d’ULM. Elle pratiqua également le paramoteur et le parachutisme. Elle avoue avoir beaucoup aimé cette sensation de liberté en l’air tout en avouant quand même avoir été moins à l’aise qu’en voiture.

Christine Beckers
Être invitée dans de nombreuses commémorations sportives lui permet de reconduire sur de beaux circuits © Archives personnelles Christine Beckers

Les NSU de la Prinz à la TT

 « J’ai débuté en février 1966 au volant d’une petite NSU Prinz de 36 ch. au circuit des Ardennes. J’ai terminé dernière mais en remportant la coupe des Dames, l’importateur NSU me prêta alors une 1000 4 cylindres plus puissante pour les 12 Heures d’Huy où avec mon ami Henry Vittel, j’avais fait toutes les reconnaissances.  Il se tua pendant l’épreuve qui fut arrêtée. Ce fut le premier des pilotes dont je suis allée à l’enterrement. Tant d’autres ont suivi. Une nuit d’insomnie, j’en ai compté 40 ! J’ai participé à 16 ou 17 courses avec une NSU Spider rotative décapotable dont le moteur Wankel montait si haut en régime sans s’essouffler   que j’ai fait des kilomètres d’autoroute en 3eme en oubliant qu’il y avait une…. 4eme.

Des débuts avec la petite NSU Wankel © Archives personnelles Christine Beckers

Au rallye du Luxembourg j’ai fait un tonneau avec mais je suis retombée…. Sur les roues puis repartie et gagné ma classe.  En Allemagne, j’ai fendu le carter d’huile sur une pierre. On m’a donné le conseil de la boucher avec de la mie de pain que j’ai récoltée dans un bistro.  Je l’ai chauffée et nous sommes reparties !

Puis je suis devenue officielle NSU Belgique avec une TT préparée par Meznarie qui ne devait pas dépasser 100 ch. Une voiture avec laquelle j’ai couru de 1966 à 1968 en gagnant souvent la classe comme au Cévennes et en participant avec aux 24 heures de Francorchamps avec Marie-Claude Beaumont où nous avons remporté la coupe du Roi car NSU avait classé quatre voitures sur quatre engagées. C’était une petite bombe au bruit sympathique et légère à conduire qui glissait beaucoup de l’essieu arrière en occasionnant une superbe tête à queue aux 24 heures de Spa au virage de la Source.  Avec elle, j’ai participé à 32 courses.  J’ai également piloté une Formule Vee dans quelques courses de côte et en circuit ».

Les 24 heures de Spa sur NSU avec Marie-Claude Beaumont© Archives personnelles Christine Beckers

Alfa GTV et GTA

 En 1968,  suite à ses bons résultats, Christine devint officielle Alfa Romeo Benelux. Elle va piloter successivement une 1300 avec laquelle elle gagne sa première course à Zandvoort, une 1600 1750 GTV puis une GTA et une GTAm et enfin une GTA SA pour suralimentée. Pour me faire plaisir, Christine le prononce en Italien « sovralimentata ». Voiture qui comptait 220 ch. grâce à ses deux turbocompresseurs contre environ 160 pour la GTA normale.   « Pour moi, l’Alfa était une révélation car elle était une propulsion beaucoup plus puissante que la NSU avec un bruit merveilleux. Quelle sonorité ! La GTV était facile à conduire et très efficace de même que les GTA plus légères et bien plus rapides. En revanche, la SA que j’ai surtout conduite en course de côte était plus violente et brutale avec une direction très dure qui exigeait des biceps de déménageur. Avec en prime, le coup de pied au cul des compresseurs à 7500 tr/mn.

Avec ces voitures j’ai gagné ma classe et souvent le groupe et même un scratch en côte avec la SA. En 1968, j’ai participé à 37 courses, 25 en 1969 rien qu’en Alfa et 18 en 1970. J’ai piloté une Alla GTAm beaucoup plus puissante que la GTA avec 240 ch. C’était une voiture de l’écurie officielle Auto Delta dirigée par Carlo Chiti qui m’avait remarquée. J’ai participé avec elle à 6 épreuves du Championnat du Monde de Tourisme dont les 6 heures du Nürburgring où nous avons fini 3eme au général. J’ai la chance d’avoir une bonne mémoire visuelle importante surtout sur ce circuit qui compte 73 virages ».

Christine Beckers
Un scratch en côte avec la GTA SA aussi brutale que puissance © Archives personnelles Christine Beckers

Alfa 33 dans sa baignoire

 « Alfa Romeo m’avait invité en 1969 à piloter un proto 33/2 V8 sur la piste de Balocco. C’est la première fois que je conduisais un prototype de près de 300 ch.  avec une boîte pas synchronisée et le bruit du V8 dans les oreilles J’étais emballée. Le soir à l’hôtel dans ma baignoire, j’ai essayé en chantant d’imiter le bruit du V8 en changeant rapports. (Christine l’imite de nouveau). Le téléphone sonne. C’est la réception « Vos voisins à coté se plaignent du bruit bizarre qu’il y a dans votre chambre ». J’ai recouru avec la 33 /2 à Montlhéry ou j’ai terminé 2eme et c’est là que j’ai appris que Jean Rolland s’était tué ici même avec une 33 en 1967. J’ai également couru avec au Huabo en Angola où j’ai abandonné sur rupture de freins alors que j’avais fait le 2eme temps des essais « .

 Christine court aussi avec une Porsche 911 notamment la Targa Florio et le Tour de Belgique et de France ainsi qu’en Alpine 1600 S et une groupe 4 1800 du team Asseptogil de Bob Neyret quelques épreuves en remportant plusieurs fois son groupe. Mais l’aventure avec Alpine s’arrêtera rapidement. Grace à son amie Biche, elle conduira deux fois une Fulvia pour Lancia. Mais pas habituée au pilotage d’une traction avant elle ne se montrera pas très à l’aise malgré les conseils de Munari.

L’Alfa 33 dont elle imitait en chantant le bruit du moteur dans sa baignoire  (photo Stellantis)

La Chevron B21 facile à conduire

 Arrive la rencontre avec Roger Dubos avec qui elle achète un proto Chevron B21 à moteur Cosworth FVC de 1800 cm3 (260 ch.) car ils n’ont pas les moyens de se payer un 2 litres. Un petit prototype léger et rapide. « C’était une voiture simple facile à conduire dont le seul défaut était sa boîte Hewland assez fragile. Nous avons couru ensemble les 24 Heures du Mans 1973. Un rêve pour moi. Aux essais je me pinçais tout le temps pour vérifier que je ne rêvais pas ! Il fallait bien décomposer les rapports pour soulager la boîte   Hélas, je n’ai pas conduit en course car Roger a rapidement abandonné ».

Christine Beckers
Les 24 Heures du Mans 1974 avec la Chevron B23 © Archives personnelles Christine Beckers

 Après la disparition de Roger, elle continue au volant de la B21 en 1973. Pour les 24 Heures du Mans en 1974, avec le soutien de Seiko, elle loue une Chevron B23 plus fraiche que la sienne. Elle forme un équipage féminin avec la Belge Yvette Fontaine et le Française Marie Laurent. Elles remportent la classe en terminant 17eme au scratch, une première pour un équipage féminin depuis la création de l’épreuve en 1923.

Christine Beckers
Belle victoire en classe 2 litres aux cotés de Marie Laurent et Yvette Fontaine© Archives personnelles Christine Beckers

J’aurais aimé conduire davantage la Stratos

 « Avec la Stratos au coté de Biche, nous avons remporté le rallye Saint-Raphaël en 1974. C’était une voiture formidable bien équilibrée, avec un moteur puissant et souple et merveilleusement sonore. J’aurais aimé la conduire davantage; mais elle m’a permis de piloter le prototype Fiat X1/9, pour le Tour Auto. Un vrai Go-kart rapide et maniable. Une voiture construite pour moi. Hélas, nous avons cassé à Croix en Ternois. J’ai continué le Tour comme coéquipière de Giorgio Pianta sur la même voiture avant d’abandonner pour la deuxième fois.  J’ai également participé au Tour d’Italie toujours en coéquipière du même pilote sur un proto expérimental Fiat Abarth 0.30 à moteur central V6 de 3,5 l développant près de 300 ch. où nous avons terminé 2eme au scratch. Avec mon poids plume, j’étais appréciée comme coéquipière mais ce n’était pas mon truc ! »

 Christine Beckers
Victoire au Paris-Saint Raphael en Lancia Stratos © Archives personnelles Christine Beckers

L’aventure Inaltera

 C’est la rencontre avec Jean Rondeau qui travaille sur son prototype Inaltera nom qu’il doit au papier peint dont le patron Charles James finance la réalisation. Elle signe son contrat en octobre 1975. « J’étais moins payée que les pilotes masculins Beltoise et Pescarolo. Charles James leur a fait remarquer que je prenais les mêmes risques qu’eux et qu’il n’était pas normal que je sois moins payée. Un grand monsieur. Deux voitures construites en 200 jours. Un superbe proto animé par un Cosworth V8 de 450 ch. L’Inaltera avait une excellente tenue de route et de très bonnes performances. Il y avait beaucoup de vibrations dans le dos à cause du Cosworth. Quand je l’ai reconduite 30 ans plus tard, j’avais oublié que ça vibrait autant mais j’ai trouvé cela plutôt sympa. En 1976, je faisais équipe avec Jean Pierre Jaussaud, homme adorable et de bons conseils et son constructeur Jean Rondeau.  Deux futurs vainqueurs du Mans !

Suite de la belle aventure Inaltera en 1977 © Archives personnelles Christine Beckers

Pendant l’épreuve, en chouchoutant la boîte Hewland, on a eu des problèmes aérodynamiques et j’ai dû piloter d’une main en retenant la porte qui voulait s’ouvrir. Nous prenions 325 km dans les Hunaudières, c’était la première fois que j’allais aussi vite et je me suis rendu compte que c’est plus facile de doubler que d’être doublée comme dans la Chevron. Les deux Rondeau engagées ont terminé, la notre à la 21eme place.

J’ai de nouveau couru aux Mans avec en 1977 ou Inaltera engageait trois voiture cette fois. Je faisais équipe avec Lella Lombardi et nous avons terminé à la 11eme place malgré plusieurs têtes à queue à 325 km/h à cause d’un court-circuit que j’ai réussi à neutraliser sans aucune assistance.  Avec j’ai également couru      début 1977 aux 24 heures de Daytona ou j’ai un gros crash puis en 1980 au volant d’une BMW M1 de 480 ch. Là, grosse déception avec un abandon au petit matin. Mon coéquipier Don Whittington m’a proposé un joint pour me consoler… Ça ne m’a pas tenté du tout ».   

Christine Beckers
Deux belles saisons en Inaltera malgré un gros crash à Daytona © Archives personnelles Christine Beckers

Se qualifier en Nascar

Christine avait rencontré Bill France le patron de la Nascar (National Association for Stock Car Auto Racing » lors de sa course à Daytona en 1977. Elle lui a fait part de son envie de découvrir cette discipline où peu d’Européens s’étaient essayés. Bill exauça son souhait, lui dénichant une grosse Ford Torino de 1500 kilos dont le moteur livrait 800 ch. « Pour se qualifier, elle n’avait droit qu’à 4 tours, un pour se lancer, un pour ralentir et les d’autres à fond sur l’anneau  » J’ai dû m’habituer à entrer dans l’auto en escalant la portière sans vitre mais avec un filet de protection et tourner à fond en frôlant le mur. Il fallait prendre 7000 tours sans lever le pied pour atteindre 340 km/h. Je réussis à me qualifier de justesse. Elle ne freinait pas beaucoup mais on m’avait expliqué que sur ce circuit, les freins ne servaient à rien. La course se disputait le lundi et dimanche, je pensais aller à la plage le dimanche en zappant les qualifications. Mon mécanicien m’en a dissuadée vu que les temps allaient être améliorés au risque de m’éliminer. Il m’expliqua que je devais monter bien plus haut sur le banking à 5 cm du mur pour améliorer mon chrono. Je me suis dit, ça passe ou ça passe et gagné encore 1,5 secondes et ma qualification. Au milieu des concurrents, c’était chaud !  J’ai pris le rythme en remontant à la 23eme sur 37 quand le drapeau jaune s’agita. J’ai freiné.  Rien plus de freins ! Deux solutions : soit emboutir la voiture précédente soit sortir dans l’herbe qui borde l aligne droite en dépassant les concurrents médusés; Aux stands, les mécanos ont constaté que les plaquettes avaient disparu. Un très beau souvenir et une qualification qui valait une victoire ».   La semaine prochaine si vous le voulez bien, Christine évoquera pour nous quelques-uns des pilotes qu’elle a côtoyés lors de ses 200 courses.

340 km/h en Nascar en 1977 © Archives personnelles Christine Beckers
Christine Beckers
Paris-Dakar en 1982 sur une Subaru au coté de Louis, sa dernière course © Archives personnelles Christine Beckers

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Patrice Vergès
Patrice Vergès a publié son premier article automobile dans la revue Scratch en 1971. Passionné par l’histoire de l’automobile, il a travaillé en tant que pigiste dans une bonne douzaine de titres auto en 40 ans d’activités (Échappement, AutoHebdo, Slick, l’Auto-Journal, l’Équipe, Car and Motors, Option Auto, L’Automobile, le Moniteur Automobile). Après avoir conduit autour de 1600 voitures, Il publie toujours ses essais de voitures neuves et de collection dans le magazine Youngtimers et sur le site automobile POA auquel il collabore depuis cinq ans. Par ailleurs, depuis 2006, il a publié 18 livres dont 6 sur l’automobile plus 12 thrillers puisqu’il est également romancier. En 2019, il publiera "les plus belles Alfa de route" et un thriller "Monte-Cristo".
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