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Lac Majeur

Une balade en mémoire de Clay

par | 3 Juil 2026 | 4 commentaires



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Il y a quelques semaines la branche alsacienne de Classic Courses est allée faire un petit voyage dans le Tessin, sur les traces de Clay Regazzoni.

Olivier Favre

Faisons d’abord rapidement connaissance avec cette branche alsacienne, soit dans le sens inverse des aiguilles d’une montre :

  • Jean-Claude Arnold, qu’on ne présente plus, surtout depuis la série de notes qui lui a été consacrée sur CC en 2025.
  • Michel Ottenwaelder, animateur de la marque Vroom bien connue des modélistes.
  • Marc Ostermann, renommé depuis 50 ans pour ses productions graphiques.
  • Et enfin votre serviteur, qui n’en est plus à sa première note sur CC.

Classic Courses Alsace

Nous prenons la route du Tessin à l’initiative de Jean-Claude, qui a bien connu Clay Regazzoni et garde encore des contacts suivis avec son épouse, Mariapia. Le plus célèbre pilote tessinois sera le fil rouge de ce voyage de quatre jours.Un périple qui s’achèvera cependant plus au nord, dans le canton de Zoug, par une visite tout à fait exceptionnelle. Mais n’anticipons pas.

Jour 1 : la Brabham F3 des débuts

En ce premier jour, cap au nord vers le lac Majeur, à Losone, pour une visite de l’entreprise d’Angelo Delea, que Jean-Claude a connu dans le milieu de la F3 historique. Vigneron et négociant en vins et spiritueux, Angelo nous rappelle que le Tessin est une terre viticole réputée où s’épanouit le Merlot, cépage issu du bordelais. En plus d’une heure de visite, nous découvrons toutes les étapes de la transformation du raisin en vin et les impressionnantes installations de l’entreprise, dont ces immenses cuves en aluminium bouchonné, qui ne sont pas sans nous rappeler le tableau de bord d’une Bugatti, ancienne ou moderne.

Delea - Losone

Mais, évidemment, ce qui nous intéresse le plus se situe dans une annexe où les fluides sont issus du pétrole et non du raisin. Là se trouve une Brabham BT15 F3, qui a connu une première carrière en 1965 avec Clay Regazzoni et Silvio Moser, au sein du Martinelli & Sonvico Racing Team, petite écurie tessinoise de l’époque. Puis elle a écumé les courses historiques quelques décennies plus tard aux mains de notre hôte. Avec l’autorisation de celui-ci, Marc ne résiste pas à l’envie de se glisser dedans, avec difficulté et mille précautions pour ne pas abîmer le saute-vent. Il lui sera encore moins facile d’en sortir, son gabarit n’étant pas exactement celui d’un jockey.

Ostermann - Brabham F3

L’après-midi, après une pause au bord du lac à Locarno, Jean-Claude nous emmène à Corippo, le plus petit village de Suisse (une douzaine d’habitants), perché sur un flanc du Val Verzasca et protégé pour son architecture remarquable. Sur le chemin, nous faisons une petite halte sur le barrage de Contra, théâtre de la scène d’ouverture du film GoldenEye, de la série James Bond, le premier où Pierce Brosnan tient le rôle de l’agent secret créé par Ian Fleming.

Corippo

Jour 2 : nature suisse

Le lendemain sera une journée nature, afin de profiter au mieux de la météo très favorable. Nous commençons la journée par une déambulation au sein du Parco Scherrer (https://www.visitmorcote.ch/Parc-Scherrer-974c1200), étonnant et envoûtant jardin exotique de la commune de Morcote, notre camp de base pour ce séjour. En cette heure matinale, nous avons la chance d’avoir pour nous seuls ce havre de paix et de sérénité.

Parco Scherrer

Ensuite, direction Lugano pour emprunter le funiculaire qui nous emmène au sommet du Monte Brè (925 m), d’où nous apparaît un panorama unique sur le lac et les montagnes environnantes. La descente se fera à pied, sur un chemin assez accidenté, qui sera diversement apprécié (euphémisme !) par les membres du groupe. Finalement arrivés sans encombre, sous une petite pluie fine qui sera la seule du week-end, nous récupérons la voiture. Le retour à Morcote se fait après quelques détours involontaires, qui nous font passer au coin d’une rue devant une fausse roue de F1. C’est bien là que se trouvait le Clay’s formula 1 pub, le bar que Regazzoni ouvrit en 1973. Le hasard faisant bien les choses, cette journée loin du sport auto nous permet donc de faire quand même une référence à Rega.

Pub Clay Regazzoni

Le Clay’s pub de nos jours – © Roy Whitworth

Jour 3-1 : une pensée pour Georges Filipinetti

Le dimanche, les grands enfants que nous sommes commencent leur journée au parc Swissminiatur, que j’avais pour ma part déjà visité il y a 50 ans avec mes parents. Difficile de trouver un rapport avec la course auto dans ces reproductions des plus emblématiques monuments et paysages de Suisse. Quoique, en cherchant bien … On trouve la collégiale de Saint-Ursanne, commune jurassienne connue pour sa course de côte du col des Rangiers. Et, de façon encore plus évidente, du moins pour les « fanatiques », le château de Grandson. Surplombant le lac de Neuchâtel, cette forteresse dont les origines remontent au XIe siècle fut la propriété de Georges Filipinetti, qui dirigeait l’écurie portant son nom. On la voit notamment dans cette archive de l’INA de 1967 : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpf07011761/l-ecurie-du-chateau. Cette visite de la Suisse en miniature est donc dans le thème, même si Rega n’a jamais piloté pour la Scuderia Filipinetti.

Grandson

Jour 3-2 : Mariapia Regazzoni

C’est en fin d’après-midi que la connexion avec le sport auto et avec le plus célèbre pilote tessinois sera la plus évidente. A peine de retour de quelques jours de vacances à la montagne, Mariapia Regazzoni nous rend visite à Morcote. Jean-Claude la connaît bien depuis près de soixante ans, Marc l’a déjà rencontrée, mais c’est une première pour Michel et moi. Et nous sommes immédiatement sous le charme de cette élégante dame qui ne fait pas du tout son âge et témoigne d’un enthousiasme et d’une vivacité d’esprit étonnants. Sans vouloir trop la ramener dans le passé, nous ne pouvons bien sûr nous empêcher de la questionner sur quelques personnages qu’elle a croisés au cours de sa vie avec Clay. Apparemment, Jo Siffert et François Cevert (« ma, qu’est-ce qu’il était beau ! ») l’ont marquée par leur gentillesse et leur élégance.

Maria Pia Regazzoni

Mariapia nous apprend aussi qu’elle n’assistait pas souvent aux courses, car Clay la renvoyait à la maison après les essais, prétextant qu’il lui arrivait des malheurs en course quand elle était présente. Etait-elle là à Monaco en 1968 ? Lorsque Clay eut son accident à la chicane du port lors du GP F3, dont il se sortit indemne par miracle ; le même genre de miracle dont bénéficia Romain Grosjean au GP de Bahreïn en 2020. Elle nous parle aussi de la Clay Regazzoni Honor Room (https://www.clayregazzoni.com/it/). Cette exposition rassemble voitures et objets liés à Clay au sein de l’Autobau erlebniswelt (https://www.autobau.ch/en/), créé à Romanshorn au bord du lac de Constance, par Fredy Lienhard, entrepreneur et ancien pilote et patron d’écurie (le Lista Racing). Voilà un but parfait pour une future autre Rega-balade !

Retour par Zoug

C’est lundi et il faut rentrer. Nous quittons Lugano en passant encore une fois devant les concessions Porsche, Bentley et Ferrari, qui nous rappellent que cette ville est très accueillante pour les super-riches (elle abriterait plus de 5 000 millionnaires et quelque 40 centi-millionnaires). La concession Ferrari fondée par l’ancien pilote tessinois Loris Kessel et aujourd’hui gérée par son fils est particulièrement étonnante : des dizaines de voitures sont alignées au bord du trottoir, jour et nuit, sans aucune séparation avec l’espace public, grillage ou autre. Il y a certainement des caméras de surveillance, mais pas de doute, nous sommes bien en Suisse ! Ce que les prix du quotidien nous rappellent aussi constamment, nous incitant à passer en Italie chaque fois qu’il s’agit de se ravitailler. Nous aurons d’ailleurs traversé la frontière x fois, y compris sans le faire exprès, son tracé étant tarabiscoté au possible dans ce secteur.

Lac de Lugano

Donc, cap au nord par le tunnel du San Bernardino et les montagnes enneigées. Notre objectif se trouve dans une zone industrielle proche de Zoug, où nous allons vivre un moment exceptionnel. A suivre donc …

Photos : JC Arnold – Olivier Favre – Marc Ostermann – Michel Ottenwaelder, sauf mention contraire

 

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Olivier Favre
Le goût de l’automobile est un atavisme familial transmis par mon père, qui l’a manifesté autant à l’échelle 1 que par les Dinky Toys. Mais l’intérêt pour la course est ma spécificité et j’y suis venu très tôt par les miniatures Solido des 24 Heures du Mans, Ferrari 512 M, Matra et autres Porsche 917. Après le jeu sur les tapis est venu le temps de la collection et du modélisme, de l’abonnement à Sport-Auto puis à Auto-Hebdo. Parallèlement, mes études à Sciences-Po ont confirmé mon intérêt pour l’Histoire et renforcé ma confiance rédactionnelle. Une fois trouvée ma voie professionnelle dans la fonction publique territoriale, j’ai voulu réunir tout cela et écrire sur l’histoire de la course automobile, celle que je n’ai pas vécue, celle que j’aurais aimé vivre. C’est ainsi que j’ai collaboré à Automobile Historique pendant trois ans. Puis sont venus Mémoires des Stands et le magazine Autodiva, qui me permet de garder le contact, précieux pour moi, avec le papier. Et enfin Classic Courses depuis 2012.
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