Il y a cinq ans, Jean-Pierre Beltoise… ( 2/7)

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Depuis quelques années, chose peu banale pour ceux qui l’ont connu jeune, Jean-Pierre Beltoise affichait une gaîté qui reflétait enfin l’optimisme qui l’avait toujours habité. Cette bonne humeur était celle d’un homme s’étant totalement accompli à travers sa passion. Tout jeune, il ambitionnait sans doute plus de succès qu’il en a récoltés.

Plus de gloriole aussi. La vie, qui ne lui a pas épargné les coups durs, n’a finalement pas voulu qu’il en soit ainsi. Des deuils éprouvants et son infirmité ont terriblement aggravé les difficultés qu’il voulait affronter. Son bras gauche diminué a constitué un handicap terrible pour la réalisation de ses ambitions. Handicap sur lequel il est toujours resté discret. Ce fut son élégance.

Johnny Rives

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Ce second épisode de l’hommage à Jean-Pierre Beltoise a été publié pour la première fois le 18 janvier 2015.

Polémiste et pilote…. mais quel pilote !

Lorsqu’il réussit enfin à aborder sa raison de vivre, vers 20 ans, Jean-Pierre Beltoise eut parfois le contact assez rude avec ceux qui ne partageaient pas ses idées… Quand j’ai fait sa connaissance, en 1962, son épiderme avait cette sensibilité là. Avec son franc parler il n’avait pas que des amis dans la sphère des compétitions motorisées. Surtout – et là je reprends une expression qui lui était familière – parmi les vieux cons !

Son sens critique, Jean-Pierre l’avait aiguisé très jeune aux dépens de son père lors des voyages familiaux au cours desquels les frères Beltoise étaient entassés à l’arrière de la 403 familiale. Lui et Jean-Claude, son frère le plus proche par l’âge, observaient scrupuleusement les différentes péripéties des parcours et la façon dont leur papa se tirait d’affaire au volant. A l’arrivée ils dressaient la liste des « fautes » commises, se promettant, quand ils en auraient l’âge, de les éviter habilement eux-mêmes !

Les premiers titres

Hors activités scolaires, Jean-Pierre effectuait des livraisons pour la boucherie paternelle. Outre l’entraînement au pilotage (sic) que cela lui offrait, les premiers gains qu’il en tirait lui permirent d’acheter une Jonghi 125 en 1955. Il avait 18 ans. Il participa avec elle à ses premières courses à Montlhéry… Et en revint dépité par le manque de sélectivité du circuit utilisé, un tracé de 6 km ne comportant que trois virages.

Cela lui inspira une lettre extrêmement critique. L’hebdomadaire Moto Revue la publia. Il en écrivit d’autres, exprimant sa passion avec une telle ardeur qu’il retint l’attention des plus jeunes et souleva leur sympathie. Il n’hésitait pas à s’y moquer des pilotes tenant alors le haut du pavé – allant un jour jusqu’à égratigner la tête d’affiche du sport moto français, Georges Monneret… dont il devait bientôt devenir l’ami. Le vétéran des circuits prit l’affaire avec humour : « Beltoise pourrait être mon petit-fils, dit-il. Je lui donnerais bien une fessée ! »

Test Bianchi 350 cc Monthlery 1963 par G. Monneret @ Archives JP Beltoise


En 1961, libéré des obligations militaires qui l’avaient tenu éloigné des circuits pendant plus de deux ans, Jean-Pierre convainquit un de ses nouveaux copains et rivaux, Eric Offenstadt, de lui prêter sa Morini 125, un petit bijou, pour participer à la dernière réunion de l’année à Magny-Cours. « Dès que je pourrai je te l’achèterai, » promit-il.

Sa petite réputation d’empêcheur de tourner en rond lui permit même d’obtenir, de la part de l’importateur Morini, le prêt d’une 175 pour courir dans une seconde catégorie. Détail important : les épreuves de Magny-Cours servaient à désigner les champions de France 1961. Motivé à l’extrême, Jean-Pierre gagna les deux courses 125 et 175 ce qui lui valut ses deux premiers titres de champion de France. Le récent décès de son frère Jean-Claude l’avait terriblement affecté, mais il avait surmonté ce premier drame personnel.

Premiers volants

Le rouspéteur de Moto Revue n’était plus n’importe qui. Du coup l’hebdo motocycliste lui offrit une chronique « A cœur ouvert » dans laquelle il continua à attiser les passions. Trois nouveaux titres de champion (125,175 et 250) assirent son autorité en 1962, faisant de lui bien plus qu’un empêcheur de tourner en rond.  Monneret et d’autres le prirent sous leur aile. Il décrocha même la confiance du constructeur automobile René Bonnet qui  l’inclut à son équipe de course en 1963.

René Bonnet Le Mans 1963 Victoire indice énergétique @ Archives JP Beltoise


En même temps, M. Bulto, le constructeur des Bultaco espagnoles, lui fournit ses premières machines officielles. Jean-Pierre profita de cette confiance pour en confier parfois à de jeunes pilotes qu’il voulait encourager. Jaloux de l’arrivée de nouveaux rivaux ? C’était tout le contraire !

Jean-Pierre offrit leurs premières chances à de jeunes talents comme Jean-Claude Guénard ou Patrick Depailler. Et même son petit frère Michel ! Trois nouveaux titres de champion de France s’ajoutèrent en 1963 aux cinq précédents. En même temps qu’une prometteuse prestation aux 24 Heures du Mans avec une René-Bonnet Djet au volant de laquelle, en équipe avec Claude Bobrowski, il gagna le classement à l’indice énergétique.

Jean-Pierre Beltoise
Ici, nous faisions les zouaves en sortant d’un avion au retur d’une tournée anglaise (Silverstone et Snetterton) en F2 au début de la saison 1967. Nous avions acheté sur un marché aux puces  anglais des lunettes façon Beatles. @ Fonds Johnny Rives


Au dessus du lot

En 1964, il élargit son panel en s’attaquant à la catégorie reine des 500 cm3. Empruntant un millions d’anciens francs il acquit d’occasion une Matchless G50 de 1961 qu’il étrenna sur un circuit impressionnant : celui des 24 Heures du Mans. Ses détracteurs, ceux qu’il avait parfois critiqués dans Moto-Revue, le guettaient au tournant, persuadés que ce spécialiste des petites cylindrées ne pourrait pas rivaliser avec les meilleurs pilotes des « gros cubes », tels Findlay, Marsowsky ou Fitton, tous engagés au Mans à ses cotés.

Or, ce sont eux, finalement, qui ajoutèrent de l’éclat au triomphe de Jean-Pierre. Ayant bouclé le premier tour de course avec 8 secondes d’avance – inouï !- il fit frémir ses supporters en abordant à fond absolu la courbe Dunlop, bien abrité dans la bulle de son carénage, là où tous ses poursuivants, moins téméraires, se dressèrent hors carénage et coupèrent les gaz un instant. Inutile de dire qu’ils le perdirent définitivement de vue ! Jean-Pierre remporta ce jour là une brillante victoire. Triomphe qui faillit rester sans lendemain. Car, deux mois plus tard, un coup dur terrible le guettait sur le circuit de Reims…

A suivre …

Retrouvez le témoignage dans son intégralité dans « Beltoise comme un frère » par Johnny Rives paru aux éditions du Palmier .

https://www.editions-palmier.com/beltoise-comme-un-frere-biographies,fr,4,lautodro037.cfm

A lire aussi : On a lu : Beltoise, comme un frère – Johnny Rives

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Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

Johnny Rives
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olivier

Trop court et passionnant récit, dont on guette la suite!
Écrit par : ferdinand | 18/01/2015

olivier

Johnny Rives trouve toujours le mot juste, décrivant
un JPB polémiste, oui, et très engagé. Contrairement à nombre de têtes connues, Beltoise avait la particularité d’écrire lui-même les chroniques qu’il signait dans la presse. Son épouse Jacqueline m’a raconté un jour avoir été frappée par l’application épistolaire de JPB : il se levait tôt, jetait une grosse couverture sur ses épaules, attrapait le premier crayon venu et commençait à rédiger. Qu’est-ce qu’on s’est régalé, à lire tout ça !
Écrit par : eric bhat | 18/01/2015

olivier

J’ai l’impression qu’on a pas fini de se régaler…
Écrit par : Marc Ostermann | 18/01/2015

olivier

Merci pour cet historique passionnant sur les débuts méconnus de JPB pour le trop jeune passionné que j’étais à l’époque.
Monsieur Rives une question anecdotiques concernant cette superbe photo qui prouve qu’à l’époque pilotes et journo’s savaient rigoler : s’agit il d’un DC 3 d’air france ?
une bouteille de côte-rôties est en balance …
Écrit par : marc | 19/01/2015

olivier

Non, c’est un avion qui effectuait simplement la traversée du Channel, plus rapide que le ferry… Si je me souviens bien! Mais est-ce que je me souviens bien?
Écrit par : Johnny Rives | 19/01/2015

olivier

Passionnant monsieur RIVES
La première fois ou j’ai vu monsieur BELTOISE s’était a la ville du bois sur la nationale 20 juste avant Montlhéry en 1966 sa voiture avait pris feu . pourriez vous me dire monsieur RIVES la marque de cette voiture , je pense que monsieur BELTOISE vous en a parler a l époque souvenir.
Écrit par : imbault jc | 20/01/2015

olivier

Non,je ne crois pas que votre mémoire défaille cher Monsieur Rives,
elle est juste extrèmement affuté et sélective !
Nous boirons cette bouteille à votre santé ,et merci pour tout .
Écrit par : marc | 21/01/2015
vite la suite JOHNNY et encore merci , moi qui ai bien connu JPB
Écrit par : Bruley | 22/01/2015

olivier

Bravo et merci Johnny Rives!
L’avion est un Bristol 170 de la compagnie Air transport qui traversait le channel jusqu’au tout début des années 70.
http://www.the-blueprints.com/blueprints/modernplanes/modern-bm-bz/53954/view/bristol_170_freighter_mk_32/
Quant à l’auto de JPB, il s’agit probablement de la Lamborghini Miura, grande spécialiste du feu à bord…!
https://www.youtube.com/watch?v=fqpa1HB-wOc
Écrit par : JS | 23/01/2015

olivier

J’ai souvenir que Jean Pierre m’avait parlé d’une Cobra à la Ville du Bois. La Miura
c’était en Italie par aquaplaning, toujours d’après JP.
Écrit par : CROULLEBOIS Michel | 23/01/2015

eric bhat

JPB « bête de presse ». Pour ses chroniques bien senties, pour ses propos passionnés et pour sa vie romanesque : il disait lui-même avoie vécu plusieurs vies !!!

Stéphane Stéphane

J’aimais bien ses prises de position sur la vitesse !!

Marie-Odile Desvignes

Je suis heureuse de lire et relire les « papiers » de Monsieur Johnny Rives ! Ce grand journaliste écrivain m’a toujours impressionnée, et quand il parle de JPB c’est un nectar à déguster.