Rétromobile 2017 : David, Ettore et W.O.

La puissance et l’élégance était de mise cette année à Rétromobile : les sculptures roulantes de David Brown illuminèrent le salon des éclats de leurs carrosseries rutilantes, tandis que les bolides de W.O. côtoyèrent les belles d’Ettore dans la recherche de la vitesse et de la beauté. Vous avez dit grand cru millésimé ?

Pierre Ménard

David Brown, W.O. Bentley, Ettore Bugatti, trois noms prestigieux, trois esprits totalement tournés vers la performance et la beauté. Si Rétromobile fêtait cette année les soixante-dix ans de Ferrari et Aston Martin, ces visionnaires fanatiques de course qu’étaient Bugatti et Bentley n’étaient pas oubliés, loin de là. La même année 1947 où Enzo Ferrari ouvrait son officine à Modène, David Brown faisait renaître de ses cendres la célèbre marque Aston Martin. Pour se distinguer définitivement du passé, les nouveaux modèles auraient les initiales DB adjointes au logo de la marque. Une nouvelle ère de prestige commençait.

Pour rappeler les origines de la carrière de David Brown, un tracteur DB 990 Selectamatic a été parqué dans un coin du stand Aston Martin. A l’instar de cet autre génial entrepreneur qu’était Ferruccio Lamborghini, Sir David Brown se fit connaître dans les sillions des territoires agricoles, avant de devenir un des constructeurs de voitures sportives les plus en vue de la planète.

CC2 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

De la DB1 à la DBS V8 (en passant par la DBR1 sport), le stand The Classic Car Trust proposait cette année une quinzaine de Grand Tourisme toutes aussi représentatives les unes que les autres du luxe et du charme britanniques. Avec en vedette cinémascope la fameuse DB5 gris métal que le toujours inventif Q concocta en 1964 spécialement pour l’agent Bond aux prises avec les vilains chinois dépêchés par Goldfinger. Tous les artifices sont de sortie, bouclier arrière, mitrailleuses Browning, butoirs de pare-chocs, feu arrière ouvert pour les projections d’huile bouillante. On aurait bien aimé une petite démonstration du siège éjectable, mais les services de sécurité de Rétromobile n’auraient peut-être pas vu la chose sous le même angle ! (1)

CC3 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

Le luxe britannique n’était pas en reste sur le stand Lukas Hüni AG avec une large représentation de Bentley. Les créations exposées de Walter Owen Bentley, plus connu comme W.O. Bentley (il n’aimait pas non prénom), allaient des modèles sportifs des années vingt qui ont fait la célébrité de la marque jusqu’aux modèles de grand luxe des années cinquante et soixante qui séduisirent bien des membres de la gentry internationale.

CC4 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

Trônant au-dessus de la meute, les deux Speed Six « Old Number 2 » et GK 150 « Blower » étaient là pour rappeler les glorieuses heures de triomphe des « Bentley boys » au Mans durant les années vingt. C’était l’époque de la « bande à Barnato », les Birkin, Dunfee, Kidston et autre Clément. Une époque faite de furie, de poussière et de vitesse, mais aussi d’amusements, de fêtes et de belles demoiselles. Les Speed Six de 6,6 litres remportèrent l’édition 1930, la n°2 présente à Rétromobile finissant deuxième derrière la n°4 victorieuse.

CC5 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

La « Blower » noire, propulsée par un moteur 4,4 litres à compresseur – qui rendit l’âme en course après avoir enlevé le meilleur tour, fut construite en dehors des ateliers Bentley de Cricklewood en une sorte de partenariat (on dirait « joint venture » aujourd’hui) par Henry Birkin qui l’engagea sous le nom de son sponsor, Team Hon (2).

CC6 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

Fidèle à sa volonté de construire des voitures luxueuses et puissantes, W.O. Bentley mit en chantier dès 1921 les fameuses 3 litres qui furent déclinées sous de multiples formes, dont des versions sport qu’il engagea dans la première édition des 24 Heures du Mans en 1923, et qui gagnèrent dès 1924. Réminiscence de cette période des premiers succès sportifs et de l’insouciance des années vingt, ce coach ouvert Vandenplas « Red Label Short Chassis Speed Model » de 1928.

CC7 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

Lukas Hüni avait partagé son stand cette année entre les créations de W.O. Bentley et celles d’Ettore Bugatti. Les deux hommes ne croisèrent que très peu le fer sur les mêmes terrains sportifs, mais visèrent tous les deux l’excellence en matière de ligne et de luxe. Parmi les belles de Molsheim exposées, de superbes modèles de Grand Prix, dont une Brescia 16 soupapes, une Type 35C ex-Trintignant et la Type 59 avec laquelle René Dreyfus enleva le Grand Prix de Belgique 1934 à Spa.

CC8 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

Le sport était également et largement présent dans l’immense couloir liant le pavillon 1 et le Pavillon 2, avec notamment une splendide rétrospective de l’époque héroïque du Groupe B en rallye.

CC9 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

De 1982 à 1986, Audi, Peugeot et Lancia s’affrontèrent dans une guerre à la puissance qui ne s’arrêta que sur ordre de la FISA : les voitures étaient superbes, gorgées de chevaux grâce au turbo (plus de 500 chevaux à la fin), les batailles somptueuses, mais tout cela payé au prix fort (décès de Bettega, de Toivonen et de son équipier Cresto, grave blessure de Vatanen, spectateurs fauchés par la Ford folle de Santos). Les passionnés de rallye gardent néanmoins le souvenir d’une époque faste comme rarement la discipline en a connu. Les Peugeot 205 T16, Lancia 037 et 038, et autres Audi Quattro étaient là pour en témoigner.

CC10 Rétromobile 2017 Bentley Bugatti Aston

Cette édition 2017 fut une belle réussite, rassemblant beauté et variété mécanique, et faisant oublier à beaucoup l’indigestion du quarantième anniversaire d’il y a deux ans. Une voie à suivre pour les organisateurs, assurément. Vivement 2018 !

(1) Gamin dans les années soixante, j’ai eu la chance de posséder cette DB5 très spéciale. En modèle réduit 1/43e (Dinky Toys ?) bien entendu. Il y avait deux petites targettes sur le côté de la voiture sous la porte conducteur (ou passager, peut-être) : une pour faire jaillir le bouclier, et une pour éjecter le passager de son siège, un petit bonhomme en plastique. Quelqu’un a-t-il également eu ce modèle ?

(2) W.O. Bentley ne croyait pas à la suralimentation que prônait Henry Birkin, très impressionné par les performances des nouvelles Mercedes à compresseur. Ce dernier obtint donc de Bentley, après de longues tractations, l’autorisation de construire 50 modèles de ce modèle à moteur suralimenté, voiture rapide mais fragile et peu fiable au final.

Photos © Pierre Ménard

Carrousel – Tableau de bord Bentley Blower 1930
1- Aston Martin chez Lukas Hüni
2- Aston Martin DB5 1964 Goldfinger
3- Bentley Speed Six et Blower
4- Bentley Speed Six 1930
5- Bentley Blower 1930
6- Bentley Red Label Speed Model1928
7- Bugatti Grand Prix Type 59 1934
8- Lancia 037 et 038, Peugeot T16 Groupe B
9- Peugeot T16 Groupe B

Pierre Ménard

Illustrateur de formation et passionné de Formule 1, il collabore à la revue Auto-Passion de 1993 à 2001, ainsi qu’à l’annuel L’Année Formule 1 de 1996 à 2013. En 1997, il participera par le graphisme au début de l’aventure Prost Grand Prix.

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7 pensées sur “Rétromobile 2017 : David, Ettore et W.O.

  • Précision : le « Team Hon. » de Birkin est en fait l’abréviation de « Team Honourable Dorothy Paget », du nom de l’excentrique milliardaire qui finança Birkin dans son aventure avec les Blowers. Et c’est surtout W.O. Bentley qui ne croyait pas du tout à la suralimentation, qui était pour lui une solution bâtarde, la puissance sans la noblesse. Comme il disait : « there is no replacement for displacement » (displacement = cylindrée).

    Quant à la DB5 Goldfinger au 1/43, c’était une Corgi Toys, autre célèbre marque anglaise de miniatures.

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    • Au temps pour moi, Olivier. Bentley effectivement, et non Barnato. Je corrige. Sorry. Et merci pour la Corgi Toys.

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      • Hornby fabrique aujourd’hui en Chine une réplique de l’Aston « Goldfinger » Corgi Toys. Avec effectivement 2 targettes côté passager: une pour les mitraillettes avant, l’autre pour le siège éjectable; le bouclier se lève en appuyant sur l’échappement. Il y a aussi la plaque minéralogique tournante avec les 3 numéros: anglais(BMT216A), français(4711EA62) et suisse LU6789 comme sur la DB5 vu à Retromobile.

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  • Ah ? Je n’avais pas l’option « plaques tournantes » sur la mienne.

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  • La DB5 Corgi fait partie des voitures qui ne quittent pas ma bibliothèque. J’ai égaré le chinois suite à un catapultage hasardeux dont j’aurais aussi apprécié une démonstration grandeur nature à Rétromobile. Mais il parait qu’ils cherchent toujours un volontaire… Les visiteurs chinois n’étaient pas très nombreux, il est vrai.

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  • Si l’on était allé à Epoqu’Auto en novembre dernier, le coup de projecteur sur Aston Martin pouvait sentir un peu le réchauffé, cela dit ne mégotons pas sur cette fantastique marque et ses superbes créations. Quant au face à face Bugatti-Bentley sur le stand Lukas Hûni, il était tout simplement splendide, mais il est vrai que ce marchand nous régale toujours. Attention à ne pas s’habituer à l’exceptionnel…

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  • Ne l’ayant pas achetée quand elle est sortie,préférant les Dinky et les Solido, je me suis rattrapé ensuite avec trois ou quatre exemplaires de l’Aston de James….
    Retromobile était magique, et les Delage 1500 un très beau moment,que j’ai célébré avec l’excellent champagne offert en haut des escalators…

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