Comment perdre bêtement un Grand Prix …

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Vingt-quatre voitures vont s’aligner sur la grille de départ de ce Grand Prix après le tour de formation. Le pilote détenteur de la pole va immobiliser sa monoplace sur la gauche de la piste. Il lance un regard furtif sur la ligne droite où les volutes de chaleur troublent la vision au dessus de la piste. A peine tourne-t-il  la tête vers la gauche pour surveiller le préposé au drapeau sur son perchoir que ce dernier l’abaisse. La meute s’élance.

François Coeuret

Une hésitation d’une fraction de seconde et le poleman se fait déborder par plusieurs monoplaces sur sa droite. Ces dernières n’ont même pas eu à s’immobiliser sur leur ligne au baissé du drapeau, elles sont parties sur leur élan comme la suite de la grille. En sortant de la longue courbe au fond du circuit, le pilote le plus rapide des essais, probablement déstabilisé par ce départ peu académique, pointe à la septième place. Cinquante-quatre tours complets sont encore à couvrir. Au premier passage devant les stands la tête de course franchit la ligne à trois de front, une course qui s’annonce fiévreusement disputée sous le signe de l’aspiration.

1Amonza 71 départ

Notre poleman navigue entre les huitième, neuvième et dixième place jusqu’au quinzième tour alors que Regazzoni, Peterson, Stewart et Cevert bataillent aux avant postes. La situation de « Poleman » va ensuite s’améliorer certes à la faveur des abandons de Ickx, Stewart et Regazzoni mais probablement grâce au retour de la confiance qui tend à le propulser au rang conquis lors des qualifications. La préparation de sa voiture a été particulièrement soignée. Son équipe a fait l’impasse sur le dernier Grand Prix pour faire évoluer son moteur et peaufiner l’aérodynamique.

A group of cars slipstreaming around the autodromo, the lead passing backwards and forwards between them: Ronnie Peterson, March, side by side with Mike Hailwood in the Surtees. Behind them are Cevert (Tyrrell no.2) and Amon, Matra

Il va ainsi remonter sur les leaders. Sixième position des tours 18 à 27 puis cinquième, quatrième des tours 28 à 36 tandis que Siffert puis Cevert, Peterson et Hailwood en décousent aux premières places.

Trente septième tour : passage à l’offensive. « Poleman » s’empare de la première position.  Et il tient sa place avec pugnacité durant dix tours bien décidé à tenter sa chance, poursuivre sa course vers le succès…Cevert reprend souvent la première place au fond du circuit mais au jeu de l’aspiration « Poleman » repasse en tête sur la ligne…

4 71Amon lead Monza

Jusqu’à une manœuvre fatale : arracher le tear-off maculé d’huile sur sa visière. C’est la visière complète qui va s’envoler…Et une possible victoire avec. La pression de l’air insupportable sur ses yeux le force à  ralentir dans les derniers tours pendant que cinq chiffonniers vont en découdre dans un rush final ébouriffant. Peter Gethin tire d’un souffle le ticket gagnant devant Peterson, Cevert, Hailwood et Ganley. Chris Amon au volant de la Matra MS 120B a les yeux rouges lorsqu’il franchit la ligne d’arrivée de ce Grand Prix d’Italie 1971 en sixième position.

7 final gp Monza 71

Ne me dîtes pas qu’il n’aurait pas forcément gagné sans ce stupide incident ! Nous entrons dans le domaine de l’irrationnel, à la frontière de l’ésotérisme…Pour moi il l’emportait inévitablement.

Illustrations © DR

 

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Pierre Ménard

C’était le dernier Grand Prix de la « loterie » de l’aspiration à Monza, le dernier avant l’implantation en 72 de chicanes. Gagner à Monza relevait plus de la tactique que du talent pur. Et le vainqueur du jour, sans vouloir lui faire offense, représentait bien ce genre de gagnant surprise. Ceci dit, les courses n’y manquaient pas de suspense ! Quand à Amon et son éternelle « malchance », je n’y crois personnellement pas : même si parfois il aurait mérité la victoire, il s’arrangeait toujours pour gâcher ses chances par des erreurs de ce genre. Il était en plus connu pour être… Lire la suite »

Olivier Rogar

Amon était un grand styliste et sa malchance lui donnait un côté romantique. Romantisme balayé par l’arrivée de pilotes autrement plus cartésiens. Le destin lui a joué un tour en le faisant naître trop tard. Dans les années 20 ou 30 son palmarès aurait été différent.

Matthieu Mastalerz

En effet, c’est ce que disait Gérard Crombac, qui l’avait engagé chez Matra après avoir demandé à Stewart et Rindt quel était le pilote qu’ils craignaient le plus. Pour Charade 1972, ils savaient déjà que les bas-côtés allaient poser problème et Amon a été briefé avant la course à ce sujet. Mais il n’a pas écouté et a lui aussi dû changer de pneumatiques alors que sa Matra était la meilleure voiture du jour… Aussi, on peut relativiser sa malchance dans le sens qu’en dépit de nombreux accidents (surtout en fin de carrière), il s’en est sorti vivant, et à… Lire la suite »

Luc Augier

J’avais assisté à cette course mais j’ignorais un détail que Gérard Crombac m’avait révélé quelques années plus tard au cours d’une conversation : la BRM de Gethin était dotée de rapports de boîte très intelligemment adaptés à ce scénario à l’aspiration entre la Parabolique et la ligne d’arrivée. Etait-ce l’arme absolue ? Jabby était péremptoire mais, toute déférence gardée, on connaît trop son sens de la mesure pour accorder plein crédit à cette affirmation.

Philippe Vogel

Bonjour ! A mon avis, sans avoir la prétention de refaire l’histoire, Chris aurait sans doute bénéficié d’un nouveau coup du sort avant de franchir la ligne, manquant de vaincre, et il aurait alors pu dire : « Elle m’a encore trahi ma belle bleue… ». Pour revenir à la réalité, pourquoi Amon s’est fourvoyé avec sa protection amovible de visière alors que ses compagnons de route n’ont pas rencontré cette guigne ? Bon, il a gagné les 2′ heures du Mans sans l’emporter en championnat du monde en formule 1 mais, franchement, il y en a tant d’autres dans cette situation… Lire la suite »

Philippe Vogel

Bonjour 2 !

En troisième ligne, il fallait lire :  » Elle m’a trahie une fois encore… ».

Bien à vous ! Philippe Vogel

Chapgier Alain

Non, qui est trahi: Amon, masculin

Elle m’a trahi!!

richard JEGO

En ajoutant le compte rendu de Charade 70 ou AMON avait été dument briefé de ne pas aller sur les bas cotés garnis de cailloux tranchants , on pourrait meme titrer : comment perdre betement deux grand prix ? Quant à ce simulacre de départ ( une façon de favoriser FERRARI au vu de la photo ?) n’oublions pas que l’accident de PETERSON fut provoqué par ce meme départ foireux ; et que la veille de ce GP de MONZA 71 le circuit avait d’abord annoncé ICKX sur sa FERRARI en pole avant de corriger seulement après l’heure limite de… Lire la suite »

F.Coeuret

Vous faites allusion Richard au GP de Charade 72. Lors de cette course bon nombre de pilotes avaient dû s’arrêter pour cause de crevaison. Amon avait malheureusement fait partie du lot (ainsi que Marko blessé à l’oeil). Mais ce problème n’était pas aussi singulier que la perte de la visière à Monza. Pour revenir sur Charade 72,le site « Statsf1 » dans son résumé de course signale que Stewart avait obtenu de Goodyear un train de gomme renforcée pour la course…Ce qui lui avait permis de minimiser le risque de crevaison. Dommage que Matra n’ait pas réussi ce jour là à obtenir… Lire la suite »

Pierre Ménard

A Charade, Stewart s’était surtout évertué à piloter à l’intérieur des trajectoires pour éviter ces petits silex coupants, ce que Amon n’a pas su faire, ou a oublié de faire. Quant au train de Goodyear « renforcés », je suis un peu sceptique. C’était peut-être des gommes plus dures, d’où ses temps moins bons que ceux d’Amon, mais renforcés… je ne pense pas que ça existait – mais je peux me tromper. Mais c’est lui, Stew, qui au final gagne la course.

René Fiévet

A propos de Monza, de Chris Amon et de sa soi-disant « malchance », il me revient qu’il fut victime d’un effroyable accident dans la courbe de Lesmo en 1968, dont il sortit totalement indemne. Pour ceux qui comprennent l’anglais, voir ci-dessous le texte d’un certain Brian Keillogh (http://www.talkingaboutf1.com/2011/08/looking-back-1968-chris-amons.html). “At Monza Amon again qualified on the front row, and was running with the leaders in the race when the new rear wing system leaked fluid onto his rear wheels and sent his 312 flying upside down into the trees outside of the Lesmo turns at high speed. All who witnessed… Lire la suite »

J.P. Squadra

Ce qui est formidable sur Classic Courses, c’est qu’on peut y lire, et commenter, Monza 71 ou Mexico 2016! Mais je doute que dans 45 ans les jeunes passionnés d’aujourd’hui se souviennent en détails des GP actuels…hélas la plupart d’entre nous suivront tout ça d’ un paradis aléatoire.

Emile Danlepan

Et on peut même revivre la course (presque) dans les conditions du direct…
https://www.youtube.com/watch?v=5_GVEMo7mVY

Manuhead

GE-NIAL !! :)) Merci beaucoup

François Blaise

Vous êtes tous formidables avec vos intéressants commentaires ( je suis sérieux en disant cela ). En ce qui me concerne , j’ai une question , pouvez-vous me dire pour qu’elle raison le team Lotus était absent pour ce G.P d’Italia du 5 septembre 1971 . j’ai entendu la version suivante , le team Lotus craignait la justice Italienne , elle aurait pu saisir ses Lotus 72 aux fins d’expertise , qu’elle expertise ? Une voiture du team Lotus à turbine aux mains d’Emerson Fittipaldi inscrite au nom d’une écurie fantôche avait pu participer à ce G.P Il faut aussi… Lire la suite »

Pierre Ménard

Exact, François : Chapman craignait que la justice italienne ne vienne lui saisir ses voitures suite à l’enquête sur l’accident fatal de Rindt en 70 qui n’était pas officiellement close. Et comme la saison Lotus était de toute façon fichue, il engagea ses voitures, dont l’expérimentale turbine pour Fittipaldi, via la société Worldwilde Racing, société partenaire appartenant à Peter Warr, le directeur sportif du Team Lotus. Au sujet de la Lotus 56B à turbine, ce fut la dernière apparition en Grand Prix de cette monoplace singulière qui fut une fausse-bonne idée de Chapman. Lourde, sous-vireuse, dépourvue de frein-moteur – et… Lire la suite »

Olivier FAVRE

Oui, cette 56B à turbine n’eut que quelques minutes de gloire : les premières du GP des Pays-Bas 1971. Partie comme un avion depuis le fond de la grille, elle profitait de la pluie pour remonter vers la tête à vitesse grand V. Malheureusement, ce n’était pas Fittipaldi (ni même Wisell) qui la conduisait mais Dave Walker. Et le feu de paille prit fin au 5e tour par une sortie de piste.