Lombank Trophy Race (14 avril 1962)

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Je vous propose aujourd’hui un moment de détente, en vous donnant à voir un reportage filmé bien sympathique, et relativement court (10 minutes). Il s’agit d’une retransmisson télévisée par la chaine anglaise ITV de la course de Formule 1 du Lombank Trophy, le 14 avril 1962

René Fiévet

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J’aime beaucoup ce reportage car il est filmé « à hauteur d’homme », pourrait-on dire. Le point de vue des deux caméras est celui d’un spectateur qui se trouverait dans la tribune officielle, en face des stands, ou au bord de la piste. L’image est de bonne qualité, et le bruit des moteurs est bien restitué. Bref, c’est comme si on y était. De ce point de vue, ce reportage est une vraie rareté, car je n’en connais aucun autre datant de cette époque et filmé de cette façon. C’est la raison pour laquelle il mérite, selon moi, d’être montré sur Classic Courses.

Lombank Trophy

A cette époque, la saison de Formule 1 commençait par des courses secondaires, non inscrites au calendrier du championnat du monde, où les équipes de Formule 1`testaient leurs nouveautés. En France, il y avait le GP de Pau, en Italie le GP de Syracuse. Mais c’était surtout une spécialité britannique : outre le Lombank Trophy à Snetterton, on citera le Glover Trophy à Goodwood, le BARC 200 à Aintree, le Silverstone International Trophy, et Cristal Palace. Plus tard dans la saison, en septembre, il y avait aussi la Gold Cup à Oulton Park. En d’autres termes, chaque circuit britannique, ou presque, avait son épreuve de Formule 1.

Cette course du Lombank Trophy est intéressante, en ce sens qu’elle marque l’arrivée en force du moteur V8 Conventry Climax, qui équipe les voitures de Moss (Lotus 18-21) et Clark (Lotus 24), et aussi l’entrée en lice de la nouvelle BRM P57, également équipée d’un V8 (2). Cette dernière apparaît tout de suite très compétitive et elle permettra à son pilote, Graham Hill, de devenir champion du monde au cours de cette même année 1962. Cette course est aussi l’avant dernière apparition de Stirling Moss sur un circuit de Formule 1 : une semaine plus tard, il connaîtra un terrible accident en participant au Glover Trophy à Goodwood qui mettra fin à sa carrière.

Stirling Moss

L’observateur attentif remarquera que Stirling Moss pilote une voiture engagée par l’UDT Laystall Racing Team alors qu’il est normalement sous contrat avec l’écurie Rob Walker pour la saison 1962. C’est d’ailleurs sous cette dernière  livrée qu’il avait participé au GP de Bruxelles deux semaines auparavant. A cette époque, Stirling Moss, considéré comme le meilleur pilote du monde, choisissait souverainement les courses auxquelles il souhaitait participer ; et le calendrier britannique avait sa priorité.

Son contrat avec Rob Walker prévoyait donc la possibilité de quelques « infidélités ». De son côté, Rob Walker avait engagé son écurie pour le GP de Pau, qui s’est couru le 23 avril 1962 en même temps que le Glover Trophy à Goodwood. Ayant participé au GP de Bruxelles, il n’avait probablement pas l’intention de faire l’aller-retour en Angleterre pour le seul Lombank Trophy, d‘autant plus qu’une autre Lotus 18-21 équipéee  d’un V8, engagée par l’UDT Laystall, était disponible pour Moss. Maurice Trintignant pilota la voiture de Rob Walker au GP de Pau et remporta la course.

Pour cette course du Lombank Trophy, la Lola de John Surtees est toujours équipée du 4 cylindres Conventry Climax, de même que les autres concurrents principaux, tels que Trevor Taylor (Lotus 21), Innès Ireland et Masten Gregory (Lotus 18-21 de l’écurie UDT Laystall), Roy Salvadori (Cooper Climax). Si on excepte les Porsche de Bonnier et Seidel, cette course est une affaire exclusivement britannique.

C’est l’occasion de voir à l’œuvre des pilotes de second plan, qui viennent enrichir le plateau avec des voitures souvent peu compétitives : Tim Parnell, Keith Green, Tony Shelly, Chris Ashmore, Graham Eden. Ces pilotes tenteront parfois leur chance dans les GP du Championnat du Monde de Formule 1, mais ils auront souvent le plus grand mal à se qualifier. Au total, cela fait 15 voitures au départ, avec une dizaine de pilotes de renommée internationale et une première ligne tout simplement somptueuse : Moss, Clark, Hill et Surtees, soit les quatre plus grands pilotes britanniques de ce début des années 60.

Lotus 24

On aura aussi une pensée émue pour la Lotus 24, dont c’est une des rares victoires dans une course de Formule 1 (Jim Clark la mènera encore à la victoire deux semaines plus tard au BARC 200 à Aintree). La Lotus 24 fut une voiture maudite, en quelque sorte. A peine avait-elle été construite, engagée officiellement par l’équipe d’usine et proposée à certaines écuries clientes, qu’elle était déjà techniquement dépassée par rapport à la nouvelle création de Chapman : la Lotus 25 à chassis monocoque qui sera engagée dès le mois de mai au GP des Pays Bas à Zandwoort.

Dans les épreuves de championnat du monde, le meilleur résultat d’une Lotus 24 fut une deuxième place, aux mains de Trevor Taylor, précisément à l’occasion de ce GP des Pays Bas. La façon dont Colin Chapman a « roulé dans la farine » ses fidèles clients, notamment Rob Walker, en leur promettant qu’ils disposeraient d’une voiture identique à celle engagée officiellement par l’écurie Lotus, est une histoire désormais bien connue qui ne mérite même plus d’être racontée. Mais la Lotus 24 n’était certainement pas une mauvaise voiture, et on se demandera toujours quel parti en aurait tiré Stirling Moss au cours de cette saison 1962.

Pour finir, une dernière observation, qui concerne ceux qui, comme moi, cultivent pieusement le souvenir Jim Clark. C’est à ma connaissance la première fois que l’on voit et entend Jim Clark répondre à un journaliste de télévision. Il y aura bien d’autres fois par la suite, à mesure que sa notoriété grandira, mais je ne connais pas de reportage plus ancien.

Notes

  • Le commentateur est Sandy Newman-Sanders, journaliste vedette de la chaine ITV, et nullement spécialiste de sport automobile.
  • Pour être tout à fait exact, il convient de préciser que le V8 Conventry Climax et le V8 BRM avaient fait leur toute première apparition deux semaines plus tôt au Grand Prix de Bruxelles. Mais les voitures n’avaient pas terminé la course qui fut remportée par la Ferrari de Willy Mairesse.
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René Fievet

Né en 1952, économiste de formation, René Fiévet vit à Washington DC où il est fonctionnaire international. Dès son plus jeune âge, il a été passionné par les courses automobiles, notamment en lisant les histoires de Michel Vaillant. Il a appris à lire avec « Le pilote sans visage ». Mais vivant à l’étranger dans sa jeunesse, en Extrême Orient et en Afrique, il a plus rêvé le sport automobile qu’il ne l’a vraiment connu. Ce qui arrange bien les choses quand il s’agit d’écrire sur le sujet. Comme tous les passionnés qu’on rencontre dans Classic Courses, René Fiévet pense évidemment que « c’était mieux avant ». Mais à force de répéter ce qui est pour nous une évidence, on risque de passer pour un vieux con. Alors, pour faire taire les sceptiques, les convaincre que le « c’était mieux avant » n’est pas une impression, ni même une opinion, mais une vérité solidement établie, et vérifiable, il faut transmettre quelque chose de ce passé révolu. Et comment transmettre autrement qu’en écrivant ?

René Fievet
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J.P. Squadra

Belle découverte sur une course qui m’était inconnue. Et effectivement quelle première ligne de légende !
Légère correction : Crystal Palace avec un y.
Bon confinement à tous et encore merci pour toutes ces lectures.

Luc Augier

Superbe pépite, merci et félicitations, René Fiévet. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait qu’une Lotus 18/21 V8, qu’elle était aux couleurs Walker à Bruxelles et aux couleurs UDT à Snetterton et Goodwood (où elle acheva son parcours). A Pau, la 18/21de Trintignant avait un 4 cylindres sur un châssis différent (arceau de sécurité de forme conventionnelle et non en demi cercle). Quant à Stirling Moss en 1962, aurait il piloté une Lotus 24 (celle dont Trintignant ne tira pas le meilleur parti et au volant de laquelle Ricardo Rodriguez trouva la mort) ou la Ferrari qu’il était censé tester à… Lire la suite »

René Fiévet

Luc Augier soulève un point qui m’avait complètement échappé : la Lotus 18-21 était-elle-la même que celle que Moss avait conduite sous les couleurs de Rob Walker 2 semaines plus tôt au grand prix de Bruxelles. Voici ce que je lis dans la revue Motor Sport du 23 avril 1962 : “Rob Walker, like Colin Chapman, also decided Pau was a better thing than Goodwood, so he lent his V8 Lotus-Climax to UDT-Laystall, who responded by lending Team Walker one of their old 4-cylinder Lotus-Climax cars and Walker took on Trintignant as driver, altogether a very amicable arrangement.” La cause… Lire la suite »

Pierre Ménard

Je rebondis sur la remarque de Luc au sujet de Moss en 1962 : lui et son patron Rob Walker avaient passé un accord de principe avec Enzo Ferrari fin 1961 afin de disposer d’une 156 pour la saison à venir. Ferrari avait même accepté qu’elle soit peinte selon la livrée des voitures de l’écurie Walker, bleu à bague blanche sur le nez, comme Stirling me l’avait lui-même rappelé lors de la toute dernière interview que j’ai réalisée de lui en 2011. S’il avait été au volant de cette voiture en 1962, on peut craindre qu’il n’aurait pas fait le… Lire la suite »

Pierre Ménard

J’ai oublié de remercier chaleureusement René pour ces images que je ne connaissais pas. Images d’autant plus précieuses qu’il est rare de voir le circuit d’Oulton Park en action, circuit qui était beau avec son côté vallonné. Et merci pour tout ce sous-titrage bien utile.

Olivier Favre

Oulton Park ? Mais on est bien à Snetterton, non ? Qui est beaucoup plus plat qu’Oulton Park …

richard JEGO

Circuit dans la grande banlieue SUD de Manchester et toujours en activité de nos jours sans avoir été trop déformé depuis cette video : juste une petite extension de deux bouts de ligne droite connectés par un 180 ° ! .