Jenson Button, un titre de champion du monde aux allures de conte de fée

4.8 4 votes
Évaluation de l'article

Nous sommes en décembre 2008 dans le terminal de l’aéroport de Gatwick. Jenson Button vient d’apprendre que Honda se retire de la F1 avec effet immédiat. A trois mois du début de la saison 2009 ses chances de retrouver un baquet sont proches de zéro. Mais à cet instant précis où il pense que tout est fichu il ignore qu’il est sur le point de devenir le héros de l’un des plus merveilleux conte de fée que la F1 nous ait offert.

Ilario Pax

Vous pourriez aussi aimer :

1- Jenson Button, l’ascension fulgurante
2- Jenson Button, des performances en dent de scie
3- Jenson Button, champion du monde

La carrière de Jenson Button relancée par Ross Brawn

Sitôt digéré l’annonce de cette nouvelle catastrophique pour la suite de sa carrière, Jenson Button souhaite obtenir des explications car il n’avait rien vu venir.

Pendant plusieurs jours il tente de contacter Nick Fry, le patron de l’équipe, et Ross Brawn pour en savoir un peu plus. Aucune réponse.

Fort heureusement, ce silence était annonciateur d’une bonne nouvelle pour Jenson et Rubens.

Quelques jours plus tard il reçoit enfin un appel de Ross Brawn. L’ingénieur qui a fait gagner Schumacher chez Benetton et Ferrari lui annonce qu’il rachète l’équipe à Honda.

La firme nippone a souhaité se retirer dignement en offrant suffisamment d’argent au repreneur pour faire vivre l’équipe sans sponsor pendant au moins une saison. Il doit cependant accepter une drastique réduction du salaire qu’il venait de renégocier à la hausse pour trois saisons.

Mais avait-il le choix ? C’était ça ou dire adieu à la F1.

Brawn GP se bâtit dans la précipitation mais sur des bases solides

Ross Brawn
Classic Courses – Le casse de Ross Brawn – Brawn GP 001 2009 @ DR

Brawn a tenté ce pari en se basant sur les données très prometteuses qu’il a recueilli en soufflerie. Sa nouvelle création semble bien née. Le hic c’est qu’elle a été développée pour accueillir un moteur Honda ce qui n’est plus possible.

Il se tourne alors vers Mercedes. La marque à l’étoile a signé un contrat de partenariat unique avec McLaren, l’équipe championne du monde. Il faut donc négocier avec Martin Whitmarsh, le team principal, pour faire lever cette clause.

En se basant sur les résultats récents des Honda, le Britannique n’a pas été difficile à convaincre. Il pensait sans doute qu’une équipe reprise à la dernière minute, sans sponsor, n’allait pas être une grande menace pour sa formidable machine de guerre.

Il avait d’ailleurs déjà levé l’option pour que l’équipe Force India bénéficie elle aussi de moteurs Mercedes en 2009.

Toutes ces tractations font prendre beaucoup de retard à la nouvelle équipe officiellement dénommée Brawn GP. Quelques ajustements sont en outre nécessaires pour loger le V8 Mercedes sous le capot de la BGP 001.

Pour toutes ces raisons Brawn ne participe pas aux deux premières sessions d’essais d’intersaison organisées sur le circuit de Barcelone. Malgré tout un premier roulage de quelques tours sur une piste annexe de Silverstone laisse entrevoir l’espoir pour Jenson Button.

Une monoplace (très) bien née

Brawn GP1 Déverminage à Silverstone

Son intuition est confirmée à l’occasion de la dernière séance d’essais de Barcelone avant le premier Grand Prix de la saison. La monoplace blanche, vierge de tout sponsor, est présentée à la presse. C’est une création de Ross Brawn, ingénieur de grande réputation, et elle suscite forcément l’intérêt des médias.

Lorsque Jenson prend pour la première fois le volant de sa voiture, les autres équipes ont déjà accumulé des centaines de kilomètres en deux jours. Il s’élance pour une série de quelques tours avant d’être rappelé au stand par Andrew Shovlin, son ingénieur de piste.

Après quelques interrogations sur le ressenti de son pilote, il lui annonce que son meilleur temps est plus rapide de six dixièmes que celui des autres concurrents. Cette nouvelle ne le surprend qu’à moitié tant il a eu l’impression de voler en la pilotant.

Tout juste tente-t-il de lever tout incertitude en s’assurant que le réservoir n’était pas rempli au minimum. En fait ce n’est pas le cas, il embarquait 50 kg de carburant.

La partie de bluff orchestrée par Ross Brawn

Ross Brawn
Classic Courses – Le casse de Ross Brawn – Ross Brawn – Nick Fry 2009 @ DR

A partir de ce moment l’équipe va tenter de cacher son jeu en faisant rouler ses pilotes avec des réservoirs bien remplis et ainsi réduire artificiellement ses performances.

Il n’est pas question d’anéantir toute une année de travail dans l’ombre et de focaliser l’attention des concurrents sur leurs voitures.

Brawn sait que le double diffuseur qu’il a développé en profitant d’une faille dans le règlement tient une grande part dans la performance de l’auto. Autant tenter de garder ce secret le plus longtemps possible avant d’être copié.

Dans la salle de presse les performances des Brawn ne suscitent pas encore beaucoup d’enthousiasme. Les vieux routiers de la presse savent que les essais hivernaux ne reflètent pas toujours la vraie hiérarchie de la grille.

On s’imagine surtout que les monoplaces blanches roulent avec un minimum de carburant dans l’espoir d’attirer quelques sponsors qui font cruellement défaut à l’équipe. Ils ne tarderont pas à réviser leur jugement.

La saison de Jenson Button démarre en fanfare

Ross Brawn
Classic Courses – Le casse de Ross Brawn – Button – Barrichello 2009 @ DR

Dès le premier Grand Prix de la saison en Australie les derniers doutes sont levés. Jenson signe la pole position et remporte la course du lendemain après un cavalier seul.

Les regards qu’il échange avec Rubens Barrichello, deuxième, sur le podium sont particulièrement évocateurs. C’est notre année ! Semblent vouloir se dire les deux pilotes.

Et dire que  quatre mois en arrière ils croyaient leur carrière en F1 belle et bien terminée ! Ils sont en train de vivre l’un des plus formidable retournement de situation de l’histoire de la Formule 1.

Redistribution des cartes

Après une telle démonstration les commentaires acerbes sur la légalité de ce double diffuseur ne se font pas attendre. Pour autant Ross Brawn est serein. Il sait que sa monoplace est 100% conforme.

Une semaine plus tard en Malaisie rebelote. Malgré la pluie torrentielle et une course interrompue avant son terme il remporte son deuxième succès. En ce début de saison les cartes sont totalement rebattues.

Ceux qui luttaient pour les poles et les victoires l’année précédente (McLaren et Ferrari en tête) éprouvent toutes les peines du monde à marquer de gros points. En revanche Toyota et surtout Red Bull s’affirment comme de sérieux candidats au podium.

En Chine la marche triomphante de Jenson Button est interrompue pas la victoire de Sebastian Vettel. L’histoire retiendra que c’est la première pour une Red Bull.

Carton plein !

Ce léger faux pas (troisième tout de même!) est vite oublié pour le pilote anglais qui enchaîne ensuite quatre victoires consécutives à Bahreïn, en Espagne, à Monaco et en Turquie. A ce stade de la saison il caracole en tête du championnat du monde avec six victoires sur sept possible.

Rarement un pilote n’aura à ce point dominé un début de saison. Heureusement pour lui qu’il a su capitaliser car il célèbre à Istambul son dernier succès de l’année.

L’euphorie laisse place au doute

Comment expliquer qu’il soit passé si subitement de pilote à battre à simple outsider à partir de son Grand Prix national à Silverstone ? Plusieurs raisons à cela. Une chose est certaine, la Brawn n’est pas devenue une mauvaise voiture. Pour preuve Rubens Barrichello a réussi à s’imposer à son volant à Valence et à Monza.

Mais alors que chez Brawn on n’a pas apporté d’évolution majeure à la voiture tout au long de l’année, les autres équipes ont travaillé et ont rattrapé leur retard.

Revenu de l’enfer, Lewis Hamilton signe deux victoires pour McLaren à Budapest et à Singapour. Ferrari s’impose à Spa-Francorchamps avec Raïkkönen et Red Bull gagne plusieurs courses avec Webber et surtout Vettel qui se rapproche dangereusement au classement général.

Forte pression au moment de conclure

Et Button dans tout ça ? En arrivant à Sao Paulo pour l’avant-dernière manche du championnat il n’a obtenu qu’un podium à Monza depuis sa dernière victoire. En grappillant quelques points de ci de là il reste encore malgré tout le favori pour décrocher le titre à une manche de la fin.

Aux essais qualificatifs un mauvais choix de pneus le relègue à la quatorzième place sur la grille. Rubens Barrichello, son équipier et principal rival est en pole position. Autant dire que si les choses en restent là le dimanche tout se jouera sur la dernière manche à Abu Dhabi avec toute l’incertitude que cela implique.

Ce serait vraiment désolant de rater un titre qui vous tend les bras depuis des semaines ! Tous les acteurs et les observateurs de la F1 commencent à se faire cette réflexion tant le dénouement tarde à se concrétiser pour Button.

Va-t-il gâcher ce qui restera peut-être son unique chance de devenir champion du monde ? Cette terrible question il se la pose forcément avant de s’endormir le samedi soir. Sur les terres de son adversaire il est tout sauf serein. Hué, insulté par le public à chacune de ses apparitions il ne se trouve pas dans les meilleures conditions possibles. Loin s’en faut.

Son papa John non plus d’ailleurs. Le dimanche sur la pré-grille alors que les supporters brésiliens vocifèrent contre son fils il se laisse aller à un mauvais geste en adressant un doigt d’honneur à la tribune d’en face.

La délivrance ! Jenson Button devient champion du monde à Interlagos

Ross Brawn
Classic Courses – 2009 Ross Brawn – Une saison parfaite – jenson Button – Ross Brawn – Brésil @ DR

Finalement tout se passe bien pour Jenson. Grâce à de multiples accrochages survenus lors du premier tour et à quelques dépassements il se retrouve rapidement dans la zone des points.

Une crevaison de Rubens Barrichello en fin de course le met définitivement hors de portée de son équipier. Le Brésilien n’a rien à regretter puisque la troisième place qu’il occupait à cet instant n’était déjà pas suffisante pour repousser l’échéance à Abu Dhabi.

Après 169 Grands Prix, Jenson Button devient enfin champion du monde en terminant cinquième à Interlagos. Après celui de Nigel Mansell il s’agit du sacre le plus tardif de l’histoire.

Sous son casque Jenson se moque éperdument de ces considérations statistiques et franchit la ligne d’arrivée en chantant le célèbre « We are the champions » du groupe Queen.

Ce 18 octobre 2009 il n’est pas le seul à être couronné puisque Brawn GP remporte également le titre constructeurs. Un conte de fée intégral !

Un nouveau statut à défendre chez McLaren

Jenson Button
Jenson Button McLaren Canada 2011 (c) DR

Une fois passée l’euphorie des célébrations de ce titre tant attendu le voilà à la croisée des chemins. Ross Brawn est sur le point de vendre son éphémère écurie à Mercedes qui veut s’engager pleinement dans la discipline.

De son côté il est à la recherche d’un nouveau challenge. La star en devenir est Lewis Hamilton et l’idée de venir le défier chez McLaren, SA maison, prend peu à peu corps dans son esprit.

Un adversaire coriace pour Lewis Hamilton

Des contacts avec Martin Whitmarsh sont noués et un accord est trouvé. En 2010 les deux derniers champions du monde en titre feront équipe chez McLaren-Mercedes.

Durant leurs trois saisons de cohabitation ni lui, ni Hamilton ne seront en mesure de se battre pour le championnat dans une période dominée par la Red Bull de Sebastian Vettel.

Malgré tout il agrémentera son palmarès de huit succès supplémentaires (dont le sensationnel Grand Prix du Canada 2011) et marquera même plus de points que son équipier au cumul de ces trois saisons.

Il reste avec Nico Rosberg le seul pilote à avoir battu Hamilton à voiture égale. Cela ne vaut sans doute pas un deuxième titre mondial mais ça compte dans une carrière de pilote.

Jenson Button McLaren
Jenson Button Lewis Hamilton Melbourne 2012 (c) DR

Une sortie par la petite porte

A partir de 2013, McLaren sombre peu à peu dans les profondeurs du classement. Elle touche même les abîmes en 2015 et 2016 en se liant à Honda. Le re-mariage McLaren-Honda est un désastre et à 36 ans Jenson décide d’en rester là.

La perte tragique de son père en 2014 lui a enlevé une partie de son amour pour la F1. Il est temps pour lui de passer à autre chose et de fonder une famille.

Il fait ses adieux à la discipline lors du Grand Prix de Monaco 2017 en remplaçant Fernando Alonso parti tenter sa chance à Indianapolis.

Jenson Button - Monaco
Jenson-Button-Monaco-2017 (c) DR

Après 17 saisons et 306 départs son absence va laisser un grand vide dans un paddock prompt à louer ses qualités de fair play et d’élégance.

Son palmarès aurait sans doute pu être encore plus fourni. Mais qu’importe.

Quoiqu’il arrive, chaque matin du reste de sa vie il pourra se réveiller en se disant « je suis champion du monde de F1 » et ils ne sont qu’une poignée dans le monde à pouvoir le faire.  .

Le palmarès de Jenson Button : Ici

Si vous souhaitez en savoir davantage sur Brawn GP :

1e partie : 2009 : Ross Brawn – Déjà 15 titres mondiaux
2e partie : 2009 : Ross Brawn – Rachat de Honda F1
3e partie : 2009 : Ross Brawn – Une saison parfaite

4.8 4 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest
2 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments
Olivier Rogar

Ilario Pax nous a fait une très bonne synthèse de la biographie de Jenson Button. Un pilote qui a toujours eu mon humble soutien. Pourquoi ? Parceque j avais entendu une interview de son champion du monde de coequipier chez BAR que j’avais trouvé vraiment pas sympa. Ensuite j ai été ravi de sa domination sur le présomptueux champion. Et emballé par ce fabuleux début de saison 2009. Alors son passage chez McLaren m’a inquiété. J’ai la plus haute estime pour Hamilton et me suis demandé ce qu’il allait advenir de Button. Ilario nous dit qu’il a marqué davantage de… Lire la suite »

Olivier Favre

Laffite ? Oui, mais son problème c’est qu’il était chez Ligier. Cela dit, c’était sa force aussi. Pour moi, c’est en 81 qu’il a loupé le coche : quand on voit qu’il ne marque qu’un seul point lors des 4 premiers Grands prix et qu’il ne finit pourtant qu’à 6 points de Piquet …
Mais bon, on est loin de Button là …