F1, Surprises de début de saison : les années 78- 90

Suite de notre série consacrée aux surprises de début de saison. Notre rétrospective nous a conduit dans le dernier billet jusqu’en 1977, avec la victoire surprise de la Wolf lors du premier grand-prix de la saison. 1977 est une année de rupture dans l’histoire de la Formule 1 : Renault fait ses débuts avec son moteur turbo-compressé, et Colin Chapman présente sa révolutionnaire Wing Car, la fabuleuse Lotus 78. Première voiture à effet de sol, bien sûr, mais aussi premier châssis conçu avec l’aide de la soufflerie et de l’informatique. La F1 entre dans une nouvelle ère, celle de l’ultra-professionnalisation et des gros moyens. Ainsi la victoire d’Andretti, sur Lotus donc, lors du premier grand-prix de la saison 78, n’est pas aussi surprenante que celle de la Wolf par exemple : Lotus a remporté quelques courses en 77 et s’annonce avec la 78 puis la belle 79, comme une des favorites de la saison qui s’ouvre en Argentine. Néanmoins c’est une victoire qui prend par surprise tous les autres concurrents tant les solutions radicales de cette Lotus annoncent une angoissante domination et révèlent un retard technologique qu’il faudra combler.

Bertrand Allamel

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Plus surprenante est en revanche la victoire remportée par Jacques Lafitte un an plus tard, lors du grand-prix d’ouverture de la saison 79, toujours en Argentine. Alors que tout le monde s’attend logiquement à voir les Lotus poursuivre leur écrasante domination, ce sont les Ligier JS11 de Lafitte et Depailler qui monopolisent la première ligne. Gérard Ducarouge a bien assimilé le principe de l’effet de sol et a conçu une Ligier efficace dès les essais hivernaux. Laffite exploite avec talent son matériel et gagne la course devant Reutemann sur la première Lotus. L’autre Lotus du champion du monde en titre Andretti ne finit que cinquième, à un tour. Cette surprise devient une victoire probante lorsqu’elle est confirmée dès la course suivante par une second succès consécutif de Laffite à Interlagos, marquant ainsi l’une des plus belles pages de l’histoire de l’écurie Ligier.

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Pas de grosse surprise en 1980 lors de la manche inaugurale, remportée par le favori Alan Jones sur Williams, mais à signaler tout de même : une bonne sixième place pour un débutant français, un certain Alain Prost, sur une médiocre McLaren M29. Un an plus tard, petite surprise à Long Beach, premier grand-prix de la saison 81, lorsque Riccardo Patrese se qualifie en pole-position, avec sa modeste Arrows. L’italien se fait remarquer en menant la course durant vingt-quatre tours, avant d’abandonner. En 1984, la saison s’ouvre au Brésil, avec une victoire de Prost sur une McLaren que l’on attendait pas à pareille fête, surtout avec un tout récent moteur TAG-Porsche.

En 1989, tous les regards sont évidemment tournés vers l’enfant du pays, le héros national pour la reprise du championnat au Brésil. Ayrton Senna, champion du monde en titre, signe la pole-position et espère bien gagner enfin devant son public, mais il s’auto-élimine dès le premier virage en s’accrochant avec Berger. Dès lors, on peut s’attendre à voir l’autre McLaren-Honda de Prost filer vers la victoire. Las, il ne parviendra jamais à inquiéter Mansell sur Ferrari, qui gagne une course pleine de surprises : contre-performance des McLaren pourtant invincibles la saison précédente, victoire de Ferrari, bonne prestation de la Williams-Renault de Patrese qui mène durant dix-sept tours, premier podium pour le brésilien Mauricio Guggelmin sur une surprenante March-Judd, et remarquable quatrième place du débutant Johnny Herbert (Benetton-Ford), miraculé et courageux (victime d’un dramatique accident de F3000 en 88).

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La saison 90 démarre à Phoenix, quelques mois après le psycho-drame de Suzuka. On y attend bien sûr là encore Senna, spécialiste des tracés urbains, et Prost qui a quitté l’air irrespirable du stand McLaren pour rejoindre Ferrari. Les surprises vont s’enchaîner tout au long du week-end, avec la pole-position d’une McLaren, mais celle de Berger. A ses côtés …. une Minardi ! Celle de Pierluigi Martini, équipée de pneus Pirelli. Troisième place : la Dallara de De Cesaris ! Quatrième… Alesi sur Tyrrell ! Senna ne s’est qualifié qu’en cinquième position, Prost en septième. A l’extinction des feux, le jeune Jean Alesi bondit et s’empare opportunément de la première place au terme d’un départ-canon. Sa surprenante petite Tyrrell 018 , équipée elle-aussi de gommes Pirelli, tient en respect Berger et même Senna, jusqu’au fameux duel du trente-quatrième tour : revenu en deuxième place, Senna s’apprête à déborder Alesi. La McLaren est stable, Senna est offensif mais prudent. Le débutant, une fois son quart d’heure de gloire passé, s’écartera bien pour laisser filer le Maître… La Tyrrell virevolte entre les murs et le petit jeune défend sa place sans complexe. Senna déboîte Alesi au freinage et, orgueilleux, laisse un infime espace au virage suivant que le petit jeune n’osera pas exploiter. Erreur ! Sans se démonter, « Jeannot » s’infiltre dans le trou de souris et repasse devant Senna qu’on imagine forcément surpris et/ou agacé. Crime de lèse-majesté ! Senna retente la manœuvre au tour suivant, avec un succès définitif cette fois-ci, et remporte la course devant la sensation Alesi. Jeannot monte sur la deuxième marche, exploit qu’il rééditera quelques semaines plus tard avec la Tyrrell 019,  sur un autre tracé urbain, plus prestigieux : Monaco !

Illustrations :  
1 : Grand Prix des USA 1990 – Phenix @ DR
2 : Lotus 79 Andretti , 1978 @ DR
3 : Ligier JS11 Laffite, Depailler, 1979 @ DR
4 : Tyrrell 018 Alesi, 1990 @ DR

16 pensées sur “F1, Surprises de début de saison : les années 78- 90

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    Toujours d’aussi bons passages en revue de ces débuts de saisons inattendus, merci Bertrand.
    Juste deux précisions d’orthographe de noms : Reutemann, avec deux « n » (comme dans Ostermann), et Laffite, deux « f » un « t » (pour retenir : Jacques Laffite, Maisons-Laffitte et château Lafite). Pour l’anecdote, un jour que j’allais interviewer l’ex-pilote Ligier, il vit sur la table ma liste de questions avec en entête son nom écrit. Il se jeta sur la feuille, la retourna et lit, puis me la rendit avec un sourire : « C’est bien ! Il y a tellement de gens qui écrivent mal mon nom ».
    Écrit par : Pierre Ménard | 27/03/2015

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    je n’avais pas eu le temps de le regarder, mais c’est fait : le mano-a-mano Senna/ Alesi à Phoenix en 90 commenté en japonais, ça vaut son pesant de sushis !!!
    Écrit par : Pierre Ménard | 27/03/2015

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    Et Nicky Lauda, très fréquent aussi.
    Écrit par : Pierre Ménard | 28/03/2015

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    A propos de l’orthographe des noms propres, les leit-motiv ne manquent pas; Jarrier, Wolleck, Franck Williams. Donc rectifions à l’attention des étourdis: Jarier, Wollek et Frank.
    PS.- J’ai l’impression qu’il manque un paragraphe dans le texte ci-dessus: entre 85 et 88 il y a bien eu des débuts de saison, non?
    Écrit par : Johnny Rives | 27/03/2015

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    ‘me suis gouré de ligne : mon commentaire sur l’orthographe de Niki va bien sûr à la suite du propos de Johnny
    Écrit par : Pierre Ménard | 28/03/2015

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    En effet, un vainqueur « surprise » début 86 : en Espagne Senna domine avec la Lotus Renault les Mc Laren Tag et les Williams Honda de Piquet et Mansell, il l’emporte d’un souffle face à l’Anglais.
    Écrit par : linas27 | 28/03/2015

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    J’avais suivi ce GP de Phoenix un dimanche soir en direct….un depart hallucinant d’Alesi, qui mena ce GP pendant de nombreux tours…certainement la meilleure année en F1 d’Alesi…
    Écrit par : Emmanuel | 27/03/2015

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    Très beau texte et surtout une point de vue intéressante pour plonger dans le passé de la Formule 1. Quelques petites corrections tout-de-même: la Lotus 79 n’est apparue qu’au GP de Belgique. Andretti a donc gagné en Argentine avec la 78, déjà victorieuse en 1977. Toujours en Argentine mais en 80 cette fois, Alain Prost ne débutait pas au volant de la M30 mais avec la M29. Pour voir la M30, il faudra attendre le GP des Pays-Bas. Et pour finir, le moteur TAG-Porsche, avait déjà 4 courses dans les tripes lorsque ce même Prost a triomphé avec au Brésil (84) puisque la McLaren-Porsche avait débuté au GP des Pays-Bas en août 1983.
    Écrit par : Franky Hungenaert | 28/03/2015

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    Bien vu Franky !
    La 78 qui avait déjà remporté 5 victoires en 1977 a continué sa chevauchée en 1978 avec deux nouvelles victoires avant de céder la place à la superbe Lotus 79 au Grand Prix de Belgique qu’elle allait d’ailleurs remporter. Cinq autres victoires et le titre allaient suivre cette année là.
    Quant au moteur TAG, il avait effectivement commencé son ascension au Grand Prix des Pays Bas sur la McLaren de Niki Lauda. Puis sur les deux voitures, dès le Grand Prix suivant.
    Écrit par : Classic COURSES | 28/03/2015

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    L’éditeur a corrigé les petites erreurs non relevées initialement et vous prie de l’en excuser. Nous avons à faire à forte partie, il est vrai, et celà pousse à l’excellence. Excellence dont relève la série de notes que nous a confié Bertrand Allamel, tant par l’idée qui est originale que par le contenu, qui nous ramène avec entrain et énergie à une époque dont nous nous souvenons pas trop mal. Quand j’écris « nous », je me dois de préciser que ce ne peut être le cas de Bertrand, qui n’a que 35 ans et n’était donc pas né en 1979…
    Écrit par : Classic COURSES | 28/03/2015

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    Je ne m’attendais pas à un tel honneur 🙂 Et un grand baroud d’honneur à Bertrand pour sa connaissance d’un passé qu’il n’a pas (comme moi) vécu. J’attends la suite!
    Écrit par : Franky Hungenaert | 29/03/2015

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    Sur le doc TV, à 3’00 » de timecode, l’image semble montrer un Ken Tyrrell jubilant (autant qu’un bucheron anglais peut le manifester…). Nos grands témoins pourraient donner à la joie de Ken une matière vécue. Devant la passe d’armes de son pilote avec Ayrton Senna, il avait dû se sentir rajeunir…
    Écrit par : Christophe Montariol | 31/03/2015

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    Bertrand Allamel nous rappelle avec texte et photos à l’appui une époque marquante de la formule 1. Cette année 1979 commença effectivement par le triomphe sud américain renouvelé quelques semaines plus tard au Brésil par Jacques Laffite. L’écurie Ligier, avec ses deux « coqs » Laffite et Depailler (ce dernier gagnera le grand prix d’Espagne de cette même année)fit longtemps figure d’outsiders de ce championnat 1979.
    Le duel Senna-Alesi à Phoenix reste un morceau de bravoure de la f1 de ces années 1990. Jean Alesi démontrera une maestria laissant entrevoir une grande carrière en f1. Ce podium à phoenix et Monaco quelques semaines plus tard furent les derniers d’une grande écurie appelé Tyrrell.
    Écrit par : patricelafilé | 01/04/2015

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    Cette fantastique écurie Tyrrell pour laquelle tant de talents français s’illustrèrent….
    Mais les derniers podium ont été l’œuvre de S.Modena en 1991 et M.Blundell en 1994.
    Écrit par : Ghislain | 02/04/2015

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    Merci Ghislain pour ce rappel, voila ce qui se passe quand on veut éviter d’avoir recours à wikipédia.
    Écrit par : patricelafilé | 03/04/2015

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    Pas besoin de Wikipédia! L’écurie Tyrrell était ma favorite, la PASSION en lettre majuscule. Une passion née du « choc » CEVERT.
    Écrit par : Ghislain | 06/04/2015

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