F1 2016 : Australie, Le sans faute de Rosberg

F1 2016 : Australie. Si, après avoir dominé les essais avec brio et constance, Lewis Hamilton avait gagné le G.P. d’Australie, on n’aurait pas échappé, de la part des plus blasés, à ses commentaires du style : « On prend les mêmes et on recommence ! » Ou encore : « Nous voilà repartis pour une saison sans surprise, comme la précédente ! » Par bonheur, nous avons échappé à ces sentences. Comme s’il était sur sa lancée de la fin 2015, Nico Rosberg a saisi opportunément l’occasion de signer une quatrième victoire consécutive et on l’en remercie. Une victoire qui n’a pas l’éclat de celles qu’il avait accumulées en fin de saison dernière, car due à un concours de circonstances qu’il n’a pas laissé passer. Elle apporte un bienvenu parfum d’incertitude au moment où les râleurs impénitents font beaucoup de tapage autour de la « décadence » de la F1.

  Johnny RIVES.

Rosberg Australie 2016

 Un parfum d’incertitude qu’est venu renforcer encore l’inattendue prestation des Ferrari. Elles ont montré que, oui, au plan des performances elles sont capables de rivaliser avec les Mercedes – ce que les essais de Barcelone n’avaient pas totalement permis d’affirmer. Si, dans ce G.P. d’Australie, Sebastian Vettel a manqué la victoire c’est essentiellement sur une faute de stratégie. Après l’interruption due à l’accident Alonso/Gutierrez, la Scuderia l’a renvoyé en piste avec des pneus incapables d’accomplir la distance restant à couvrir. Erreur que Mercedes a évitée en optant pour  les Pirelli les plus endurants. La victoire récompense pour Rosberg et Mercedes un parcours sans faute, rien d’autre. Alors que, à l’inverse, Hamilton a payé cher la mauvaise utilisation de son embrayage. Et que Vettel n’a pu surmonter l’incompréhensible stratégie de Ferrari. Cela dit, on ne serait pas étonné que le prochain Grand Prix (Bahrein, 3 avril) donne lieu à une autre distribution des cartes. Les blasés en seraient encore pour leurs frais.

  • HAMILTON FAVORI ?

Hamilton Australie 2016

 Sa deuxième place derrière Rosberg ne doit pas occulter l’énorme impression produite par Hamilton aux essais. Il se montra irrésistiblement le plus rapide dans chacune des trois séances « libres ». Puis encore en Q1, puis en Q2 et enfin en Q3. Son aisance s’est exprimée avec tant d’évidence qu’il reste à nos yeux LE favori du championnat 2016. En course, après avoir commis l’erreur de mal exploiter la nouvelle utilisation de son embrayage, il n’a jamais perdu le sens des réalités malgré la 6e place dont il dut se contenter après sa bévue. La patience dont il a fait preuve en dit long sur sa confiance. Même derrière Verstappen qui lui résistait avec un culot impressionnant, il n’a jamais perdu son sang froid, pas une seule fois amorcé une attaque risquée. Il misait à juste titre sur une meilleure utilisation de ses pneus pour avoir le dernier mot. Et ce fut le cas. En outre,  sa convaincante prestation a été assortie d’un comportement fairplay vis à vis de Rosberg – à quoi il ne nous avait pas habitués l’année dernière. Encore un signe de sa confiance en lui.

  • FERRARI EST BIEN LÀ.

Vettel Australie 2016

 Malgré les performances réalisées aux essais de Barcelone les Ferrari n’avaient pas pleinement convaincu, faute de comparaison avec les Mercedes qui contrairement à elles n’avaient pas utilisé les Pirelli les plus performants. C’est maintenant chose faite. Après le départ manqué d’Hamilton, elles se sont retrouvées 1ere et 2eme, et parfaitement capables de résister à la pression de Rosberg. Preuve qu’elles sont en mesure de résister à leurs rivales allemandes. Reste à confirmer cela dès Barhein le 3 avril. Bahrein où elles avaient fait bonne figure l’en dernier déjà (Raïkkonen 2e entre Hamilton et Rosberg).

  • GROSJEAN EN VRAI « PRO ».

 Grosjean Australie 2016

 L’inattendue 6e place de Romain Grosjean au volant de la toute nouvelle Haas-Ferrari n’est pas seulement le résultat d’un heureux concours de circonstances – pas le moindre arrêt au stand pour changer de pneus ! Cela lui avait permis de se hisser en 9e position quand l’interruption de la course eut lieu. Celle-ci lui permit de faire sans perte de temps le changement nécessaire. Puis de rallier l’arrivée avec les pneus durs qui lui avaient été fournis à cette occasion – comme les Mercedes, qui n’eurent plus à s’arrêter elles non plus. Une fois en 6e position, il conduisit avec autorité pour résister à ses poursuivants emmenés par  Halkenberg. Et cela sans l’ombre d’une faute jusqu’à l’arrivée. Comme Rosberg. Grosjean a confirmé à cette occasion les progrès que l’on avait notés déjà la saison dernière. L’écurie Haas peut se féliciter d’avoir engagé un professionnel aussi compétent.

  • L’ACCIDENT.

Alonso 2 Australie 2016

 Les circonstances de l’accrochage Alonso/Gutierrez ont immédiatement fait penser à celui survenu entre Verstappen et Grosjean l’année dernière à Monaco. A cette différence près que l’excés d’optimisme (ou d’inconscience ?) du tout jeune Max s’était imposé à la réflexion générale. A Melbourne ce fut différent. Au micro de Canal, Jacques Villeneuve, intéressant commentateur, s’exprime souvent de façon péremptoire. A Melbourne il a, sans l’ombre d’une hésitation, fait porter instantanément sur Esteban Gutierrez l’entière responsabilité de l’affaire. Une évidence que nous avons eu du mal à partager en revoyant les images au ralenti. D’ailleurs lorsque Fernando Alonso fut interrogé sur ce choc qui aurait pu lui coûter très cher, il se montra plein de retenue. Il n’accusa Gutierrez d’aucune mauvaise manœuvre et se contenta de préciser que, derrière l’aileron de la Haas, il n’avait pas pu correctement juger de la situation alors qu’ils approchaient à haute vitesse d’un virage. Rendons lui hommage pour cette modération.

Illustrations © DR

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

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Johnny Rives

6 pensées sur “F1 2016 : Australie, Le sans faute de Rosberg

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    Belle rapidité de commentaire et d’analyse, bravo Mr Rives!
    La victoire de Rosberg, la 6eme place de Grosjean, la belle tenue en tête des Ferrari sont pour moi des sujets de satisfaction. Mais un premier GP, surtout à Melbourne, est toujours un peu spécial. Saurais-je maintenir le plaisir et l’ excitation pour les 20 suivants? Pour qu’un GP reste un véritable événement sportif d’importance il faudrait à mon avis réduire le calendrier.

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      J’aurais pu dire un mot sur le circuit de Melbourne, que je trouve insipide. Les GP y sont souvent indigents. Pas cette année. D’où peut-être ma retenue à l’égard de ce circuit que je n’ai jamais apprécié. Cela dit, sur le nombre de GP, je ne vous donnerai pas tort. La poule aux oeufs d’or, quand elle est trop sollicitée, perdre de sa verve. Voire s’épuiser…

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        …. peut perdre sa verve… (il manquait le verbe, pardon).

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    Le mérite des Grands Prix matinaux c’est de pouvoir en faire le compte rendu dans la journée. Merci Johnny. N’ayant vu le Grand prix qu’au travers de cet excellent article, j’éviterai les redites. Je soulignerai simplement que si le spectacle est parfois pauvre dans cette F1 là, on ne saurait que louer les décisions liées à la sécurité des voitures. Concernant la densité d’une compétition étalée sur 21 Grands Prix, elle est avant tout liée à la proximité des performances entre les protagonistes. Ferrari et Red Bull se sont elles rapprochées de Mercedes ? On le saura très bientôt.

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    La FERRARI chaussée en pneus soft ( ou supersoft ?) , après le drapeau rouge , était incapable de larguer ROSBERG chaussé de mediums . Ce fait en dit beaucoup sur la supériorité des MERCO et le retard des rouges .
    Cette course fut le jeu du chat et la souris et MERCEDES a réussi a bien cacher sa supériorité .
    D’accord avec vous M.RIVES : les vidéos , surtout celle de skynews visible sur le site d’un journal de new zealand , montrent bien qu’Esteban est sur sa ligne et n’en bouge pas . Ce n’est hélas pas la 1ère fois ni la dernière que Villeneuve , incapable de conduire ne serait ce qu’une formule elec ,se comporte en ayatollah journaleux .

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    Merci Johnny pour ce reportage toujours intéressant venant d’un journaliste de grande expérience comme toi . Nous ne nous étendrons pas sur ces stupides qualifications du samedi dont la fin de la Q3 se termina sans voitures sur la piste au passage du drapeau à damiers . Ce premier G.P. de la saison à Adélaïde était tout de même d’un bon niveau avec le super départ des Ferrari, mais en suite tout est redevenu normal au fur et à mesure du déroulement du G.P pour les flèches d’argent comme en 2015, sauf un classement inversé pour L. Hamilton et N. Rosberg.En ce qui concerne la suite c’est d’avoir eu la joie de voir Fernando Alonso sortir indemne de son terrible accident.
    Croissons les doigts pour que les prochains G.P.redeviennent ce qu’ils étaient à l’époque des Senna , Prost, les temps heureux de la F.1 .

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