7 novembre 2012

Circuit Paul Ricard, année zéro, par Jean-Pierre Paoli

L’actualité de la F1 ramène le circuit Paul Ricard sur le devant de la scène. Jean-Pierre Paoli dont le rôle fut éminent aux côtés de Mr Paul Ricard, a bien voulu nous en écrire la genèse. Cette exceptionnelle photo a servi de fil conducteur à notre échange. Hier comme aujourd’hui l’actualité du « Paul Ricard » repose sur l’engagement d’hommes d’action et d’entreprise. Puisse la « cause » devenir d’intérêt national et le plateau du Camp du Castellet retentir à nouveau de la stridence des purs sang de la course automobile.

Classic COURSES

      

Classic-Courses-Circuit-Paul-Ricard-1969-JP-Beltoise-Johnny-Rives-JP-Jabouille-JP-Paoli-F.-Mazet @DR

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Au Camp du Castellet, dans l’ouest du département du Var,  Paul Ricard avait acquis de vastes propriétés sans grande valeur, impropres à la culture, et dotées d’autant de ressources en eau que le Sahel.

Son idée initiale était de créer un aéroport facilitant la desserte aérienne de l’ouest varois.  Dans les années soixante, une seule route nationale (N8) reliait Marseille à Toulon, et la route littorale via Cassis était constamment surchargée. PR  avait construit une piste destinée à l’aviation privée, deux hangars, l’un destiné à son avion personnel, un autre pour l’aéroclub du Soleil qui se développa rapidement. Il utilisait fréquemment son bimoteur Cessna, plus tard son Aérocommander.

Il vivait sur l’île de Bendor à une vingtaine de kilomètres du Camp du Castellet et se déplaçait fréquemment en région parisienne. Cet aérodrome lui était très commode. Comme tous les entrepreneurs, Paul Ricard ne fondait que rarement ses choix sur une motivation unique, ou s’il obéissait à l’une d’elles, il en imaginait aussitôt beaucoup d’autres autour de la première.

Il savait que le succès du pastis était largement associé, en dehors de Marseille et sa région, au goût des vacances et du tourisme de masse naissant. Associer le plaisir de la dégustation d’un apéritif à l’idée de détente constituait son axe de communication destiné à fortifier les ventes de « son » pastis. Il le voyait au centre de la « civilisation des loisirs ». La distribution de son produit était devenue nationale, il fallait promouvoir le tourisme en l’associant au pastis, à Paris, comme à Lille, à Rennes ou à Bordeaux.

La publicité des boissons alcooliques était sévèrement contrôlée, il lui fallait contourner l’obstacle par des actions périphériques comme le patronage de concours de pétanque, clubs taurins,  etc. Ces activités,  après une ère de grande popularité,  déclinaient alors en termes d’image. Il fallait remplacer progressivement l’image du joueur de pétanque par une nouvelle association qui serait plus « tendance ». L’image du coureur automobile lui semblait porteuse d’avenir.

Sa décision était prise : Il allait associer son nom à la compétition automobile en Circuit. La publicité du Pastis étant interdite sur les voitures de courses, il trouverait un moyen détourné, la construction d’un Circuit automobile qui porterait son nom. Au Castellet, il disposait  de terrains disponibles, pas de voisins susceptibles d’être gênés par le bruit. Par ailleurs,  un projet de construction d’une autoroute reliant Marseille à Toulon prenait corps. L’une des hypothèses du tracé  passait par le Camp et desservirait Toulon, Hyères et…l’est du département du Var, la déjà mythique Cité du Bailli de Suffren, Saint Tropez. Le Circuit serait sur la route des vacances.

Paul Ricard trouverait de l’eau, ou la ferait venir,  comblerait sa passion de construire, il aurait sa pyramide. L’État accusait l’alcool d’être responsable de trop d’accidents routiers, Paul Ricard montrerait à tous que la sécurité c’est d’abord l’aménagement des routes et de ses abords. Son circuit démontrerait que la vitesse n’est qu’un des petits facteurs des accidents mortels.

Son Bureau d’Études et Travaux était chargé du projet, André Gautier son Directeur Technique et son adjoint l’ingénieur A&M  Cavrini en jetaient  les bases, consultaient un architecte et un ingénieur des Ponts et Chaussées, Charles Deutsch, alors connu comme Directeur de Courses (Le Mans) et constructeur d’automobiles sportives les DB (comme Deutsch Bonnet). Le projet fut un échec, (il ne restera du projet qu’un « trop » longue ligne droite), car l’intention de C.D. était de réaliser un circuit susceptible de recevoir des voitures type Le Mans, alors que Paul Ricard voyait la Formule Un prendre une place de plus en plus grande dans les comptes rendus de la Presse. Il voulait refonder l’image des circuits, en faisant appel à la jeunesse.

Paul Ricard avait sous la main un des ses jeunes collaborateurs, j’avais moins de trente ans,   il venait de m’offrir  pour un franc symbolique sa Verrerie installée jusque là sur l’île de Bendor à la condition que je vienne l’exploiter au  plateau du Camp sur sa propriété versant sud de la N8. Je me vis confier un projet pour lequel ni ma formation, ni mon expérience me prédestinaient à une telle réalisation.

Précisément pour cette raison, je ne sentis aucune gêne de faire appel aux conseils avisés de jeunes pilotes possédant des idées capables de « repenser » le concept même de circuit automobile, fondé sur la recherche d’une plus grande sécurité du public et des pilotes. Je mis alors mon enthousiasme, ma capacité de persuasion,  au service du projet.

En quelques mois, sous l’autorité de Paul Ricard, le projet sortit de terre, avec la complicité discrète d’André Gautier et de plus en plus souvent celle de Robert Cavrini. Vers la fin de 1969, une réunion informelle allait sceller le projet déjà sommairement tracé sur le terrain au Bulldozer, elle réunissait autour de Paul Ricard, Jean-Pierre Beltoise, François Mazet, Jean-Pierre Jabouille, Johnny Rives du Journal l’Équipe, et moi-même.

 

Jean-Pierre Paoli, 7 novembre 2012

Photo @ Droits Réservés

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