» Ayrton Senna, tu seras toujours parmi nous ! « 

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Vingt-sept ans déjà! Cela fait en effet 27 ans qu’Ayrton Senna nous a quittés. Classic Courses entend lui rendre hommage en deux temps. Tout d’abord en rappelant que le pilote brésilien avait sauvé la vie à Erik Comas, il y a 29 ans. Puis en publiant le très bel hommage que Raffaella Comas, l’épouse d’Erik, a rédigé après avoir visité une magnifique exposition de photos consacrée à Ayrton Senna à Monza.

Laurent Missbauer

Raffaella Comas
Raffaella Comas_Photo (c) DR

Spa 1992

Pour de nombreux pilotes de F1 et de passionnés de sport automobile, la date du 1er mai est indissociable de l’accident mortel dont a été victime Ayrton Senna sur le circuit d’Imola en 1994. Cela est notamment le cas du pilote français Erik Comas à qui Ayrton Senna avait sauvé la vie le 28 août 1992, lors de la séance d’essais libres du vendredi matin au Grand Prix de Belgique disputé sur le circuit de Spa-Francorchamps.

Ayrton Senna
Ayrton Senna porte secours à Erik Comas_Photo (c) DR
Ayrton Senna
Ayrton Senna porte secours à Erik Comas_Photo (c) DR


Au volant de sa Ligier, dans le virage de Blanchimont, Erik Comas glisse sur des graviers dispersés quelques instants auparavant par le Finlandais JJ Lehto qui pilote une Dallara-Ferrari de la Scuderia Italia BMS (Brixia Motor Sport) de Beppe Lucchini. Le pilote français, qui habite en Suisse depuis vingt ans, ne peut éviter de percuter à grande vitesse les glissières de sécurité avant d’être assommé par une des roues qui, sous la violence du choc, s’est détachée de sa monoplace. Cette dernière revient ensuite sur la piste et s’immobilise au milieu de la chaussée avec, à son bord, son pilote qui a perdu connaissance.

Quelques secondes plus tard, Ayrton Senna arrive sur place, entend le moteur de la Ligier qui tourne encore à plein régime et s’arrête immédiatement. Erik Comas est certes inconscient mais son pied droit écrase encore la pédale de l’accélérateur et sa Ligier risque d’exploser d’un moment à l’autre.

N’écoutant que son courage, Ayrton Senna court à pied, le plus rapidement possible, en direction de la monoplace du pilote français. Arrivé à la hauteur d’Erik Comas, il plonge son bras droit dans l’habitacle et parvient à actionner le coupe-circuit. Le moteur qui hurlait jusque-là peut enfin s’arrêter. Bien qu’il souffre d’une commotion cérébrale, Erik Comas est désormais hors de danger grâce à la rapide intervention d’Ayrton Senna.

Allianz a retracé tout cela dans un film réalisé avec le soutien de l’Institut Senna.*

Erik Comas
Erik Comas durant le tournage du film d’Allianz_Photo (c) Allianz

Monza 2016

Il y a cinq ans, Erik Comas et son épouse Raffaella ont visité à Monza l’exposition de photos intitulée «La dernière nuit d’Ayrton Senna». Cette visite a inspiré à Raffaella Comas un très beau récit. «A cette occasion, dans un des nombreux articles qu’elle rédige en italien, mon épouse Raffaella n’a pas seulement raconté la visite de cette exposition, mais elle a également su rendre un magnifique hommage à Ayrton Senna. Cela en faisant preuve d’une extrême délicatesse», nous a précisé Erik Comas. C’est cet hommage que nous vous proposons de découvrir ci-dessous. Laurent Missbauer

Monza, 23 avril 2016 : Je m’apprête à visiter l’exposition «Ayrton Senna – L’ultima notte» (Ndlr: «Ayrton Senna – La dernière nuit») avec, à mes côtés, Erik, l’homme qui se trouvait à peu de mètres d’Ayrton Senna quand il mourut à Imola le 1er mai 1994. Le même homme à qui Ayrton Senna avait sauvé la vie, deux ans auparavant, sur le circuit de Spa-Francorchamps.

Fondation Senna
Fondation Senna à Sao Paulo_Erik Comas Viviane Senna avec sa fille Bianca Raffaella Comas_Photo DR

Je demande à Erik s’il a vraiment envie d’aller voir cette exposition. Nous en avons beaucoup entendu parler et comme nous nous trouvons à Monza, il m’a semblé opportun de la visiter. Erik dit oui de la tête et je pense que, de toutes façons, cela ne pourra pas être plus douloureux que lorsque nous sommes allés à Sao Paulo, il y a une année, nous recueillir sur la tombe d’Ayrton Senna en nous tenant par la main.

Dans cet immense parc, pendant qu’Erik déposait des fleurs blanches sur la plaque d’Ayrton Senna Da Silva, une sensation prit le dessus sur toutes les autres : j’ai ressenti la jalousie que beaucoup ont pu nourrir envers cet homme extraordinaire. Je ne suis pas en mesure d’expliquer clairement cette sensation qui, assurément, mériterait une longue dissertation, certes rationnelle, mais à mi-chemin entre des considérations philosophiques et paranormales. Ayrton Senna était non seulement beau et issu d’une famille très aisée, mais gagnait par son seul mérite. En un mot comme en cent, il ne pouvait être qu’envié.

Exposition Senna à Monza_Photo_(c) DR

J’entre dans l’exposition de Monza** en laissant Erik me précéder. Je sais qu’il va pleurer, penser et ressentir des choses que je ne serai jamais en mesure de comprendre pleinement et sur lesquelles je ne poserai jamais de questions. Il y a en effet des recoins, au plus profond de soi et dans le cœur, qui ne peuvent pas être partagés avec autrui.

Ayrton Senna
Ayrton Senna lors de sa première saison en F1 en 1984_Photo (c) Pirelli


Avant de rencontrer Erik, je n’associais aucun visage à Ayrton Senna. Il n’était pour moi qu’un de ces nombreux pilotes qui pratiquaient un sport dangereux. Un sport qui était à des années-lumière du mien et qui, par conséquent, m’était complètement étranger. Je n’ai jamais voulu déranger Erik en le questionnant sur ces années-là de la Formule 1. Je ne suis pas une fan de son passé, ni des sports que je ne pratique pas, mais je le suis de son présent et de sa personne. 

Les rares souvenirs de ce 1er mai 1994 qu’Erik m’avait spontanément confiés me reviennent soudainement à l’esprit – dans une atmosphère irréelle – en les juxtaposant aux textes qui accompagnent les photos de l’exposition : Ayrton Senna jeune, mince et apeuré sur son kart, puis en smoking, très séduisant et sûr de lui. Humilié ensuite par Alain Prost, puis vainqueur devant ce même Alain Prost et ainsi de suite pour arriver jusqu’au dernier jour de sa vie. Sa bataille pour rendre la F1 plus sûre, son désarroi à la suite de la mort de Roland Ratzenberger et ses prémonitions sur cet horrible 1er mai.

Je lis tout ce qui tombe sous mes yeux et apprends des détails que j’ignorais et que même la rencontre avec la famille d’Ayrton Senna, l’année précédente au Brésil, ne m’avait pas dévoilés.

Je découvre ainsi l’homme et non pas le champion. Un être rare, privilégié, certes, mais altruiste. Un être immense et pourtant revêtu d’humilité. Ayrton Senna avait par ailleurs été le seul pilote venu féliciter mon mari pour son titre en F3000 lors de ses débuts en F1.

Erik Comas
Erik Comas champion de F3000 en 1990 _Photo (c) DR

Grazie Ayrton

Je regarde Erik qui, comme une centaine d’autres visiteurs, observe ému et en silence les différentes photos d’Ayrton Senna. Ses yeux sont humides et sa gorge est nouée. Il achète le livre de l’exposition sans qu’on le reconnaisse. Il remercie avec le seul fil de voix qui lui reste et paie. Il remercie aimablement car cela fait partie de son ADN. Il remercie comme il le fait tous les jours quand je cuisine pour lui, quand je lui apprends un nouveau mot en italien, quand je peste contre un journaliste mal inspiré. Il remercie comme toutes les fois que je lui impose mes leçons de pilates et qu’il me dit «je t’aime prof».

En sortant lentement de l’exposition, la lumière aveuglante de l’après-midi nous ramène au présent, à une vie heureuse faite de rencontres, rallyes, victoires, défaites, sports, voyages, douleurs, amis, ennemis, copilotes, divas, vrais pilotes et amateurs.

Erik Comas et Raffaella
Raffaella et Erik Comas devant le château d’Aigle en Suisse_Photo (c) DR

Et je souris. Oui, je souris car le plus grand pilote de tous les temps, animé par un altruisme qui dépasse l’essence-même du champion, a sauvé la vie de la personne qui aujourd’hui est toute ma vie.

C’est désormais à mon tour de dire merci, mais à haute voix: «Grazie Ayrton, tu seras toujours parmi nous !»

Raffaella Comas


*
Vidéo Allianz – Erik Comas rend hommage à Ayrton Senna

**
Vidéo de présentation de l’exposition de photos d’Ayrton Senna à Monza 

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Pierre Ménard

Très beau texte, à la seule exception de l’expression « humilié par Alain Prost ». C’était un duel de titans sans merci qui, avec les années, a pris des dimensions de tragédie grecque et a replacé les deux fiers combattants dans un souvenir glorieux. Où avez-vous pu lire que Prost a humilié Senna, madame ?

Raffaella COMAS

Cher Monsieur, merci pour votre observation. La parole humilié se refère seulement au comportement corporel d’Ayrton sur certains clichés exposés, clairement orgueilleux car victorieux et sur d’autres semblant abattu.

Pierre Ménard

Je comprends mieux. Mais, à mon sens et pour avoir beaucoup planché sur la question, Senna ne se sentait pas humilié par Prost. Son seul but était de battre Prost. Les autres, rien à faire ! Seul Prost l’intéressait. Et pour cela, il était près à repousser les limites du combat tellement loin que ce fut Prost le déstabilisé sur l’affaire. Ça a duré cinq saisons. Je vous invite à vous reporter à l’interview que j’avais réalisé de Lionel Froissart en 2014 pour les vingt ans de la mort de Senna sur ce même site de Classic Courses : il… Lire la suite »

F1spirit

Il faut rajouter une chose extraordinaire. Au gp d’Imola 1994, alors que Senna vient d’être accidenté et git sur la piste, que la course est arrêtée, le français est dans les stands et ressort de son garage. Le feu passe au vert par erreur dans la confusion et il repart. Il est immobilisé par les secours à Tamburello et est donc le dernier pilote à avoir vu Senna. Il ne prendra pas le second départ, on devine pourquoi. Un lien surnaturel relie ces deux hommes, un tango entre la vie et la mort, entre ce gp de Belgique 1992 et… Lire la suite »

Linas27

Mon propos n’est pas la polémique, cependant l’idôlatrie mène à des écarts peu réalistes …  » Senna humilié » ? Beau geste à Spa 92 mais comment qualifier le comportement du brésilien à Suzuka 90 … Avec le recul un acte inouï … Peu digne d’un « altruiste ». Et pourtant à l’époque j’admirais les qualités d’attaquant, l’art du pilotage de Senna. Prost était moins flamboyant… Mais d’autre part il faut bien admettre qu’il est impossible de concilier les supporters de l’un et de l’autre.

ferdinand

« Le pilote français, qui habite en Suisse depuis vingt ans, ne peut éviter de percuter à grande vitesse les glissières de sécurité avant d’être assommé par une des roues qui, sous la violence du choc, s’est détachée de sa monoplace. » On flotte un peu entre 2021 et 1992 dirait-on.

René Fiévet

Ferdinand,
Juste une petite maladresse, sans gravité et sans conséquence, dans la construction de la phrase. La proposition relative, à caractère résidentiel, n’a évidemment pas sa place dans cette phrase. Mais elle a le mérite de nous apprendre que le français Erik et l’italienne Raffaella ont décidé de construire leur vie en pays neutre (si je puis dire). Cela a du sens.

Linas27

La relative en question qui est tirée du texte de l’auteur a peut-être sa place si Ferdinand établit un parallèle entre les accidents très violents de Comas en 92 et Grosjean en fin de saison dernière …

Ilario Pax

Trois décennies plus tard les passions entre les pro-Senna et les pro-Prost sont toujours aussi présentes. Je m’en rends compte quasi-quotidiennement en recevant des commentaires sur mon roman. Une chose est certaine, au plus fort de leur duel, chacun a voulu « humilier » l’autre à un moment donné. A Monaco en 1988 lorsque Senna continuait à attaquer alors qu’il avait une minute d’avance sur Prost (il paiera d’ailleurs au prix fort ce péché d’orgueil). Ou lorsque Prost s’était confié à Johnny Rives en lui racontant (en sachant que l’info serait publiée) que Senna avait pleuré après une mise au point de… Lire la suite »