Henri Pescarolo par Johnny Rives

Un an après « Beltoise comme un frère », notre ami Johnny Rives publie ses « Souvenirs partagés » avec un autre grand pilote français – et lui aussi pilier de l’aventure Matra en compétition : Henri Pescarolo.

Jacques Vassal

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Rétromobile 2017 – Dominique Vincent – Henri Pescarolo – Johnny Rives @ Olivier Rogar

Le livre commence par un récit haletant des 24 Heures du Mans 1968, au cours desquelles Henri Pescarolo au volant de la Matra 630 V 12, relayant un Johnny Servoz-Gavin dépassé par les événements, parvint à la 2e place à la distance au terme d’une nuit homérique où il pilota sous la pluie battante… avec un essuie-glace en panne ! L’épisode est resté célèbre pour lui-même et aussi comme l’un des exploits de la carrière d’Henri. Qu’une crevaison ait finalement, à quelques heures de l’arrivée, contraint la voiture française et ses deux pilotes à l’abandon, n’enlève rien à la légende. Que Johnny Rives nous la raconte en début de ce livre, telle qu’il en a été le témoin privilégié depuis les stands Matra, ajoute des précisions et du piment à l’affaire.

Johnny Rives n’a peut-être pas eu une relation aussi « fraternelle » avec Henri qu’avec Jean-Pierre, mais son amitié avec cet homme si réservé, voire secret, n’en est pas moins profonde et solide. Elle a même été renforcée au fil des ans par d’autres moments vécus ensemble en course. Ainsi le Tour de France 1970 où, cette fois, Johnny témoigne de l’intérieur : il était le coéquipier et navigateur de « Pesca » sur l’une des Matra 650 engagées par l’usine (l’autre étant confiée à Beltoise, « navigué » par Jean Todt). Johnny raconte par quelles angoisses, quels ennuis mécaniques ou autres, les deux équipages passèrent, avant de signer un doublé victorieux dans cette grande et dure épreuve mêlant parcours routiers, courses de côte et circuits.

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Tour Auto 1970 – Matra 650 Beltoise – Todt et Pescarolo- Rives @ DR

Dans un autre registre, il raconte aussi un mémorable tour d’avion, piloté par Henri avec son flegme habituel, y compris au cours de quelques de « figures » en vol sur le dos.

Il y a aussi des témoignages personnels. Ainsi l’auteur nous montre, dans un riche cahier de photos, une lettre reçue du Docteur William Pescarolo, père du pilote, le remerciant et le félicitant pour le premier livre qu’il lui avait consacré, en 1973. Il révèle au passage que le Docteur Pescarolo ayant très vite compris que la vraie vocation de son fils était celle du pilotage en course automobile, et non celle de la médecine, il n’essaya pas de la contrarier.

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Henri Pescarolo-Monaco 1970 @ DR

Elle fut très brillante, malgré une déception pour Henri, sans doute, celle de n’avoir pas connu autant de réussite en Formule 1 qu’en endurance, dont il devint un spécialiste, semble-t-il, presque par défaut.
Quand même, Johnny Rives n’oublie pas les quelques belles performances d’Henri en F 1, en particulier sa 3e place au GP de Monaco 1970, sur Matra MS 120, derrière Jochen Rindt et Jack Brabham. Avant de regretter les contre-performances des monoplaces – March-Ford, BRM ou Surtees – qu’il eut l’occasion de piloter au cours de 56 Grands Prix disputés. Son talent de pilote aurait mérité mieux.

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Henri Pescarolo- Johnny Rives – Tour Auto 1997 @ DR

Certains de mes amis – des noms, des noms ! – se disent déçus par ce livre. Je ne suis pas d’accord. Il est vibrant de passion et riche de précision, comme d’habitude chez Johnny Rives. Il lui manque des développements sur l’aventure d’Henri Pescarolo en tant que constructeur et directeur de l’écurie Pescarolo Sport, engagée en endurance dans les années 2000, avec autant de passion que de sérieux, mais hélas un manque de moyens financiers qui allait l’obliger à renoncer finalement. Mais peut-être cela sera-t-il le sujet d’un prochain livre ?

(« Henri Pescarolo / Johnny Rives, Souvenirs Partagés », éditions de l’Autodrome, 208 p. 20 euros).

Illustrations

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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8 pensées sur “Henri Pescarolo par Johnny Rives

  • Merci à Johnny Rives pour sa dédicace et m’avoir permis d’échanger quelques mots sur Classic courses et « Les princes du tumulte ».
    Et en plus j’ai la dédicace d’Henri Pescarolo!
    Grand pilote certes mais surtout un homme à la personnalité attachante.
    Jean-Philippe

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  • Je voudrais réagir sur le commentaire : Servoz Gavin dépassé par les événements . En citant SERVOZ et son livre  » mes excès de vitesses  » :
    Derrière mon paravent de gadoue et à plus de 220 je me préparais à doubler un concurrent quand je me rendis compte qu’un autre avait eu la meme idée .Je me retrouvai à quelques centimètres d’un mur fait de 2 petites cylindrées , donnai un sérieux coup de frein qui me mit en travers . Je décidai de m’arreter ..crever dans cette nuit boueuse très peu pour moi .Et aussi PESCA dans l’excellent ROSINSKI LA SAGA MATRA : A la reflexion , j’ai compris ce qui m’a poussé ..Lagardère était venu me chercher , je me disais que je pouvais prendre tous les risque et que s’il m’arrivait qquechose personne ne viendrait me faire des reproches .. j’en ai oublié le danger .
    Quant à l’abandon , en fait double crevaison après avoir roulé sur les débris de l’Alpine de Mauro BIANCHI : la 1ère à l’avant gauche , la seconde fatale à l’ARG et le pneu en se déchiquetant bousille la batterie : court jus , et la MATRA stoppe définitevement .

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  • J’attends ce livre dans la boutique CC …..Quant au développement de l’aventure constructeur de Henri …Elle n’entre probablement pas dans les « Souvenirs partagés ».

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  • Ce livre se dévore, il adopte un angle cher à Johnny Rives , il me semble, celui de l’épopée d’un pilote d’exception, celui de l’amitié, celui « d’un Prince du Tumulte » ( justement cité par JPS).
    L’aspect humain l’emporte ainsi que l’effort, la souffrance, l’abnégation, le sens de l’équipe, le courage de ce type admirable.
    Je suis heureux d’être des amis de Jacques Vassal à n’être pas déçu par Souvenirs partagés.
    Me revient en mémoire ce moment partagé avec Ducarouge et son regard fiévreux lorsqu’il me disait que son souvenir le plus intense était le Tour AUTO 1970.

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  • On devine un beau travail de mémoire : ça donne envie ! ?

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  • Hier j’ai eu 30 ans et parmi les beaux cadeaux que j’ai reçu, mon père m’a ramené de Rétromobile ce livre dédicacé par Henri et Johnny ainsi que celui sur Matra. Impatient de les lire … Je profite de votre présence ici pour vous remercier et vous faire part de mon admiration. Merci beaucoup, ce petit mot m’a fait chaud au cœur. Au plaisir.

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  • Ces 24 Heures du Mans de 1968, courues en septembre, ont constitué pour moi le point de départ de mon admiration pour Henri Pescarolo et pour cette course, ainsi que pour Matra.
    J’avais 16 ans et j’assistais à mes 7émes 24 Heures, et je naviguais entre la ligne droite des tribunes et le Tertre Rouge.
    Au fil des Heures, et sous le déluge, nous avons pris connaissance de la remontée de la Matra et nous nous sommes installés en face du stand, pour assister aux ravitaillements.
    Nous ne savions pas grand chose des raisons qui avaient amené Henri à enchaîner les relais.
    Et je me suis mis à croire à la victoire, lorsque Tommy Franklin a pris Le micro pour informer le public de l’accident de Mauro Bianchi. Et nous avons eu très peur pour lui, que nous admirions tant…
    Ce n’est que qu’un ou deux tours plus tard que nous avons appris la, puis les crevaisons et l’abandon final.
    Passée la déception, j’ai salué la victoire de Bianchi et Rodriguez, et acquis la conviction qu’un jour Henri gagnerait Le Mans et que ce serait avec Matra.
    Merci à vous Johnny, dont la plume est irremplaçable et respect aux Seigneurs des 24 Heures et au roi Henri.

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  • j’attends avc impatience de pouvoir l’acheter ici en Italie, ce beau livre. Je suis déjà sur qu’il s’agit d’un superbe ouvrage, on ne se trompe jamais quand l’auteur c’est Johnny Rives. Et en lisant les lignes de cet article dans Classic Course, il me revient à la mémoire l’émotion que j’ai prouvé, lors de ma visite à la Cité AUtomobile de Mulhouse, il y a quelque mois, en trouvant dans le musée la Matra de cette édition 1968 des 24h du Mans. C’était la première fois que je la voyais en vrai, et je me suis mis à genoux devant une telle mérveille de voiture.

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