Guy Ligier 1930-2015 (1/3)

Quelle que soit l’opinion qu’on peut porter sur les multiples péripéties de son écurie, on ne peut que reconnaître que Guy Ligier a su hisser haut le flambeau tricolore et que son caractère volontaire a motivé bien des enthousiasmes. La France du sport automobile s’est identifiée à cet artisan fort en gueule et l’a suivi jusqu’aux portes du paradis. Guy Ligier était un personnage incontournable des circuits et ses voitures bleues ont enluminé bien des pages du grand livre de la course. Mais, laissons la place à ceux qui l’ont bien connu, c’est eux qui en parleront le mieux.

Propos recueillis par Pierre Ménard

Jean-Pierre Jabouille.

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Comment avez-vous reçu l’annonce du décès de Guy Ligier ?

En premier une grande tristesse. Mais je l’avais vu à l’inauguration d’un musée à Magny-Cours il y a quelques mois et j’avais noté qu’il n’était pas très en forme. Il laisse derrière lui une grande partie de la F1 française. Guy a fait beaucoup pour le sport automobile français, Magny-Cours par exemple, il a construit de nombreuses voitures qui portent son nom. Au-delà de  tout ça, c’était quelqu’un de très sympa, passionné comme on peut l’être et avec qui je m’entendais très bien. A un moment de ma carrière, quand ça marchait bien pour moi, j’avais pris la décision de rejoindre Ligier parce qu’il allait avoir le futur moteur turbo [Fin 1980 pour la saison 81, NDLA]. Guy voulait absolument me récupérer et j’ai alors eu cet accident [Canada 1980 sur Renault, NDLA] qui a un peu tout bouleversé. Le moteur Matra ne s’est jamais fait et du coup, j’ai recommencé à courir un peu pour Guy mais physiquement, je n’étais plus au top. Mon contrat s’est alors transformé : j’ai remplacé Gérard Ducarouge à la tête de l’écurie Ligier et avec Jacques Laffite, on a gagné dans des endroits où normalement Renault aurait du gagner. J’étais très fier de ça, et Guy aussi. Et on s’est quand même battu pour le championnat jusqu’au bout [1981, NDLA]. Voilà… j’arrive même pas à penser qu’il a disparu parce qu’il a tellement marqué de son empreinte le sport automobile français que, dans ce domaine-là, il sera inoubliable.

C’était un homme qui aimait la vie, en plus…

Ah ça oui (rire) !… Il aimait pas, il adorait. Il avait une petite faiblesse, c’était de boire un petit coup avec ses copains et sa très grande faiblesse, c’était de fumer comme un pompier ! Je trouvais que c’était déjà un défi à la science tellement il avait dévoré la vie goulûment de toutes les manières.

Jean-Pierre Paoli.

guy ligier,classic courses,pierre ménard,jacques laffite,jean-pierre paoli,gérard larrousse,jean-pierre jabouilleVous avez piloté pour Guy en endurance et tenu les rênes de son écurie de F1, votre sentiment aujourd’hui qu’il n’est plus là ?

Disons que j’ai coopéré avec lui, sous ses ordres et sous sa bienveillance, parce qu’on ne pouvait pratiquement faire que ce qu’il avait choisi de faire et les marges de manœuvres qu’il nous laissait étaient extrêmement faibles. Il était au courant de tout sur la voiture, dans tous les détails ! Mais c’était aussi un type passionnant et gentil comme tout, en dehors des périodes d’excitation sur le circuit où là, il pouvait être hors de lui.  

C’était connu : il explosait de temps en temps…

Ah oui, il explosait au TNT (rire) !… Je me rappelle que dans son bureau de Vichy, il avait une immense table ovoïde en marbre de chez Knoll, très moderne, et sur son bureau il y avait un téléphone. Vous savez, ces téléphones de l’époque en bakélite et à cadran circulaire, on était dans les années 80. Et chaque fois qu’il était très en colère, il tapait ce téléphone sur le marbre. Du coup, j’avais stocké quelques téléphones de réserve parce qu’à chaque fois, le téléphone était broyé (rires) !… Et, quand il avait bien broyé son téléphone, il reprenait son souffle et, si on était autour de 18-20 heures, il disait : « Jean-Pierre, sors-nous une bouteille de Ricard ». Et on buvait un Ricard avec les mecs avec qui il venait de s’engueuler !

Je me souviens aussi d’une colère mémorable aux 24 Heures du Mans, 1973 je crois. Il tenait absolument à ce que Jacques et moi [Laffite pilotait avec Ligier cette année-là, Paoli faisant équipe avec Couderc sur les Ligier-Maserati, NDLA], on ne mette pas de petite équerre sur l’aileron arrière parce que ça faisait perdre de la vitesse sur la ligne droite des Hunaudières. Et nous, on soutenait que sans cette équerre, la voiture était trop instable dans les virages rapides. Eh bien, il s’est débrouillé pour prendre le volant, il a fait trois tours, dont un où il a roulé 17 km/h plus vite que nous ! Parce qu’il était à fond, et qu’il voulait rester à fond, ce qu’on estimait raisonnablement impossible. Il nous a fait la démonstration que c’était possible, mais ceci dit, son temps au tour n’était pas terrible parce que justement, la voiture était limite dans les passages rapides.

Ducarouge m’avait raconté comment il avait un jour piétiné les pontons de la Ligier…

Ah oui, mais Guy soutenait –  et il avait raison – que le vieillissement des pontons était trop rapide, qu’ils fléchissaient et perdaient de leur efficacité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, après les performances extraordinaires du début de saison [1979, NDLA], elles ne mettaient plus « un pied devant l’autre » ensuite. Il y avait bien un laminage du carbone, c’était mal maîtrisé à l’époque, et, pour démontrer qu’il avait raison, il a sauté sur la voiture à pieds joints jusqu’à ce que le ponton s’écroule (rires) ! C’était en fait un moyen de passer sa colère et en même temps de démontrer la justesse de son argument.

En 1981, vous n’êtes pas passés loin du titre mondial.

Jacques a perdu à Las Vegas dans la dernière manche, parce qu’en fait, je pense que Guy a commis l’erreur de sa vie en mettant sur Jacques une pression qui était trois fois trop forte. Pendant huit jours, il lui a expliqué presque nuit et jour qu’il fallait faire ceci, faire cela, ne pas faire ci, ne pas faire ça, etc. Et Jacques était dans un état de décomposition avancé avant même de monter dans la voiture ! Il était vraiment dans une situation de faiblesse psychologique dont la responsabilité incombait, de mon point de vue, à Guy. Qui lui-même avait une pression tellement énorme sur son dos car il voyait qu’il avait là la chance d’être, ou de ne pas être, champion du monde.

Avec le recul, que retenez-vous de ce qu’était Guy Ligier ?

Que c’était un homme qui a construit sa vie comme il l’entendait. Il a commencé comme garçon-boucher, puis est passé à l’aviron, au rugby [Talonneur au RC Vichy et en équipe de France B, NDLA], la moto, la voiture, tout ça en étant « passé devant l’école sans s’arrêter ». Il avait une force de caractère et un talent pour nouer des amitiés extraordinaires. Les gens qui le rencontraient commençaient à l’apprécier au bout de dix minutes, et ça durait vingt ans ! Toute sa vie, il s’est intéressé à ce qu’il faisait avec la même passion. Y compris à la fin quand il voulait construire un proto pour Le Mans. Il voulait voir son nom briller au palmarès.

La vie s’est donc arrêtée là. Il n’a jamais accepté d’arrêter de fumer ses deux ou trois paquets par jours en sachant pertinemment que ça le mènerait plus rapidement au bout. S’il voulait boire un coup, il buvait un coup, et tout comme ça. Il a vécu en homme libre. Il avait eu un rein explosé dans un accident en course, au Nürburgring je crois. Le chirurgien qui l’a opéré lui avait dit : « maintenant, tu as le choix entre deux solutions : soit tu fais très attention toute ta vie à ce que tu manges et ce que tu bois pour ne pas surcharger ton rein unique, soit tu auras peut-être la chance que ton rein fasse le travail de deux ». Et c’est ce qui s’est passé : il n’a jamais tenu compte du fait qu’il n’avait qu’un seul rein. Les médecins lui disaient : « Guy, arrêtez de fumer, ou bien fumez des cigarettes électroniques ». La seule époque où il a fait un effort, c’est quand il mettait des patchs, mais comme il fumait autant qu’avant, il disait que finalement, c’était plutôt mieux avec les patchs que sans (rires).

Gérard Larrousse.

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Vous avez piloté et travaillé pour Guy Ligier, que vous évoque sa disparition ?

Guy a eu une vie bien remplie et sa qualité première était qu’il était un grand passionné de sport automobile. Il a donné de sa personne puisqu’il a eu un grave accident et, jusqu’à ces dernières années, il a toujours été un grand passionné de la course. A plus de 80 ans, il était encore là, à fabriquer des voitures, associé avec Tico Martini, il voulait faire des protos, un véritable amoureux de la course jusqu’au bout.

C’était un grand enthousiaste. Il était très brut de fonderie, passant du grand abattement au grand optimisme…

Oui… ah, il avait ses défauts et ses qualités, comme tout le monde (rires). Il pouvait être très dur à certains moments, très en colère – il était un peu soupe-au-lait de temps en temps – mais il avait beaucoup de bons côtés, notamment avec sa famille ou avec ses amis, c’était un homme très sympathique à côtoyer. J’ai eu la chance de le côtoyer en 85 et 86 comme directeur sportif de l’écurie, ce furent deux années en Formule 1 qui se sont très bien passées. Après, il m’en a pas mal voulu quand je suis parti fonder ma propre écurie et on s’est bagarré à ce moment-là, mais bon… c’est la vie (rire).

La victoire du Tout Auto en 1974, c’est un bon souvenir, je suppose ?

Ah oui, c’était génial. Il entretenait une ambiance très paternaliste dans son équipe et, honnêtement, je n’ai que des bons souvenirs autant lorsque je courais pour lui ou lorsque j’étais directeur chez lui.

Jacques Laffite.

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La disparition de Guy Ligier, je suppose que ça vous touche particulièrement ?

Oui, dans la mesure où on se connaissait depuis près de 45 ans. J’ai fait toute ma carrière en Formule 1 grâce à lui, et pour lui, c’est un homme qui a été d’une importance capitale dans mon développement personnel.

On peut parler de père spirituel ?

Oui, complètement. Un second papa en quelque sorte.

Vous vous rappelez votre première rencontre avec lui ?

Bizarrement non. Je me rappelle Le Mans, bien sûr, où j’avais été mis en relation avec lui par BP, puisque j’étais BP en Formule Renault. Mais la première rencontre, non. Ça avait du m’impressionner parce que je me souviens qu’au Mans, quand on courait sur la même voiture, j’arrivais pas à mettre à fond dans la ligne droite et lui, il y arrivait. Et du coup, je pensais que Le Mans, c’était pour les pilotes d’expérience et j’étais très intimidé…

Il vous impressionnait ?

Oui, il était impressionnant, il avait son caractère et ses idées bien ancrées. C’était pas toujours bon, vous me direz, mais au moins il avait des idées, ce que tout le monde n’a pas. Il suivait son chemin. Il est parti de zéro pour arriver là où il est arrivé, c’était formidable ! Il a aidé tout le monde. Tous les pilotes français ont conduit une de ses voitures. C’est comme Tico Martini, on a presque tous conduit des Martini, c’est impressionnant. Moi, ma carrière, elle se résume à Tico Martini et Guy Ligier. Et Frank Williams aussi.

Mais Guy, ce sont vos plus belles heures de gloire…

Oui, mais on se les ait offertes mutuellement. Les gens connaissaient Guy comme un gars bourru, avec des idées bien précises, et des contradictions, mais moi ce que j’aimais chez lui, c’est qu’il avançait toujours. Il ne s’arrêtait jamais, il gravissait les obstacles, il était très chef d’entreprise, avec énormément de charisme pour tous ses employés. Il les connaissait tous, la femme, les enfants, il faisait le père Noël pour Noël, c’était un mec formidable ! Et puis j’aimais son caractère frondeur, bagarreur, rien ne l’arrêtait. Il a été un enfant sans parents assez tôt, seul dans la vie, il fallait bosser, il a quand même réussi à monter toutes ses entreprises. Il a fait faillite dans le BTP, pour des raisons de contrat – peu importe – et bien il s’est relancé, il a construit des SM-Maserati pour Citroën puis, quand la production s’est arrêtée, il a réfléchi et pensé que dans les campagnes, beaucoup de gens devaient se déplacer mais n’avaient pas le permis, qu’il fallait les aider, alors il a construit ces petites voitures sans permis. Une belle idée qui partait d’un bon sentiment. Et en sport automobile, il se battait pour les budgets, il s’est battu contre la loi Evin visant à interdire la publicité sur les voitures – et il est arrivé à ce que les sports mécaniques en soient exempts – il adorait son boulot. Et on lui doit évidemment toutes les victoires acquises. C’est un homme qui a pris la vie du bon côté, il s’est battu et a bien vécu.

A propos de victoire et de son enthousiasme, vous vous rappelez sa réaction lors la première victoire d’une Ligier en F1, lorsque vous gagnez en Suède en 77 ?

En fait, il n’avait pas pu venir sur le circuit, on l’a rejoint à Paris après. Le dimanche soir, on a bu un coup avec Gérard et les gars de chez Matra – la soirée a été longue ! Et on l’a retrouvé le lendemain à Paris. Il pleurait comme une madeleine. Pour lui, et pour nous, c’était un moment formidable parce que ça concrétisait tous les espoirs placés dans la construction de cette écurie – c’était une jeune écurie, elle n’avait qu’un an et demi. C’était une belle victoire qui a permis tout le reste. Ça a permis à la France et aux Français de savoir qu’il y avait une équipe bleue qui rivalisait avec les Anglais. Et Guy en était fier. Le bleu, c’est le bleu de France, c’était son bleu à lui, c’était un amoureux de la France. C’est triste, mais il a tellement bien vécu que… voilà.

 

Photos © DR
1- Guy Ligier 1975
2- Guy Ligier et Jean-Pierre Jabouille 1981
3- Jean-Pierre Paoli 1973
4- Guy Ligier et Gérard Larrousse 1985
5- Jacques Laffite et Guy Ligier 1976

20 pensées sur “Guy Ligier 1930-2015 (1/3)

  • Beaux témoignages des principaux collaborateurs qu’il a eus lors de sa carrière de constructeur. Il n’en manque qu’un, Gérard Ducarouge, hélas décédé avant lui. Très dure année 2015 avec les disparitions de J.P. Beltoise, G.Ducarouge, R.Manzon, J. Bianchi et maintenant Guy Ligier…
    Écrit par : Johnny Rives | 29/08/2015
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  • Pour reprendre la phrase fétiche de Guy Ligier et le caricaturer gentiment:  » 2015 sera une année de transition « .
    Écrit par : jean-paul orjebin | 29/08/2015
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  • Une humanité, qui semble bien loin de la F1 aujourd’hui .
    Écrit par : patrick Brunet | 29/08/2015
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  • « Ma Mie », c’est ainsi que tu interpellais ton interlocuteur, en le prenant par l’épaule, quand tu avais une confidence à lui faire. « Ma Mie, je suis un peu triste, en ce samedi 28 août. Je reconnais bien des visages sur le parvis et dans cette église Saint Louis. Mais il en manque aussi beaucoup. Même s’ils ont vieilli, je les identifierais. Il manque au moins trois de mes pilotes, je ne vois personne de la presse, journalistes ou photographes témoins de nos aventures, personne de mes anciens adversaires en F1 ou patrons français d’écuries concurrentes, personne parmi les hommes politiques qui fréquentaient mon motorhome, personne que je connaisse de la FFSA ou de la FIA. Je ne vois pas de caméras de télévision, les gens prennent des vidéos ou des photos avec un smartphone. Sont ils tous en vacances, sont ils malades, ou décédés sans que je le sache ? C’est si loin, Vichy ? C’est la vie, Ma Mie, viens, on va griller quelques Gitanes devant un jaune. Puis j’irai retrouver les potes la haut, où je vous attendrai. Ca prendra le temps qu’il faudra mais un jour, vous serez tous là ».
    Écrit par : Luc Augier | 29/08/2015
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  • Très joli
    Écrit par : Jules | 29/08/2015

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  • Dieu que c’est beaux ces témoignages
    LIGIER le bleu et les gitanes sur ses monoplaces !!!
    Écrit par : DAGASSAN | 30/08/2015

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  • // Même s’ils ont vieilli, je les identifierais. Il manque au moins trois de mes pilotes, je ne vois personne de la presse, journalistes ou photographes témoins de nos aventures, personne de mes anciens adversaires en F1 ou patrons français d’écuries concurrentes, personne parmi les hommes politiques qui fréquentaient mon motorhome, personne que je connaisse de la FFSA ou de la FIA //

    Même au-delà de la mort, il aura eu des étonnements de gosse qui ne connaît pas encore la vie et ses mesquineries…
    Écrit par : PMB | 01/09/2015

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  • Guy Ligier était un parfait autodidacte qui a réussi l’exploit en France d’amener une équipe privée à la porte du titre au Championnat du Monde F1. Bel hommage.
    Écrit par : laurent riviere | 29/08/2015
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  • C’est avec tristesse qu’une page de la F.1 Française se tourne .
    Guy Ligier était une force de la nature , un grand sportif , après avoir
    pratiqué avec succès divers sports comme le rugby ,la moto,en 1963 il se
    lance dans le sport auto et rejoint son grand ami Jo Schlesser. Après la
    disparition de Jo , Gy se tournera vers la construction automobile et puis
    des F.1 qui porteront son nom avec son pilote fétiche Jacques Laffite.
    J’ai eu en tant que commissaire la chance d’approcher
    Guy Ligier , j’ai pu avoir en toute simplicité avec lui une belle et sincère conversation sur son écurie de F.1.il en ressortait qu’il ne vivait que pour elle. Mais comme la perfection des hommes n’existe pas,
    je me souviens d’une de ses colères à un G.P.de France à Dijon concernant
    une de ses F.1 qui avait été pesée avec un extincteur vide , ce jour là
    il ne fallait pas être dans son stand ! Merci Monsieur Guy Ligier pour nous avoir offert de belles F.1 et de belles victoires Françaises.
    Écrit par : François Blaise | 29/08/2015
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  • Un sujet intéressant à aborder concerne les accointances politiques de Guy Ligier. Notamment sa grande proximité avec les socialistes et surtout François Mitterrand. Il est indiqué, dans les témoignages ci-dessus, que Guy Ligier était absent lors de la première victoire de Jacques Laffite au GP de Suède en 1977. En fait, il avait mieux à faire : il était au Congrès de Nantes du Parti Socialiste qui se tenait le même weekend. Autre fait bien connu : Guy Ligier se trouvait à Château Chinon le 10 mai 1981 quand Mitterrand a été élu Président de la République. Les journalistes présents ce jour là ont fait état de son extrême exubérance dans la soirée. C’est lui qui, dans la nuit, conduisit la voiture qui ramena François Mitterrand à Paris.
    Comment interpréter cela ? Sans doute y avait-il une bonne part de conviction (que d’ailleurs je ne me permettrai pas de mettre en doute). Mais j’imagine aussi qu’il pensait qu’il avait une carte à jouer avec les socialistes au pouvoir. A l’époque, la Gauche était très interventionniste, avec notamment un important programme de nationalisations. Etre proche du pouvoir politique était un atout, et Ligier pouvait avoir besoin de l’aide de l’Etat, surtout qu’il n’était pas seulement un constructeur de voitures de course. Qu’en fut-il ? A vrai dire, je ne sais rien de précis à ce sujet. Mais si aide de l’Etat il y eut, ce ne fut pas sans retour : c’est à la demande de Mitterrand qu’il installa son écurie de course à Magny Cours, dans la Nièvre.
    Écrit par : René Fiévet | 30/08/2015
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  • Tout cela est exact. On observera tout de même que c’est sous la présidence de VGE que l’écurie Ligier a connu ses heures les plus glorieuses. Les résultats ont décliné à partir de 1982, après la révolution de palais et le malheureux licenciement de Gérard Ducarouge en juillet 1981. Et votre dernière remarque est aussi parfaitement vraie : s’il y a eu des aides sous l’ère FM, ce n’était pas -ô combien- sans contreparties.
    Écrit par : Luc Augier | 30/08/2015

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  • Je fais suite au commentaire pertinent ( comme souvent ) de René Fievet. Le circuit de Rouen les Essarts devenant obsolète pour la sécurité, la ville de Rouen cher à Jean Lecanuet à cette époque fut également sur les rangs pour proposer un circuit de F1 au nord de Rouen dans le pays de Bray à Mauquenchy exactement. Concurrence de pouvoirs publics voire de sensibilités d’édiles, le projet de Mauquenchy fut refusé au nom d’une espèce de  » papillons » protégé par la faune et la flore !! Malgré que Magny-Cours fut retenu, de mon point de vue un circuit dans le nord de la France qui plus est à proximité du tunnel sous la manche, aurait pu également avoir un intêret.
    Écrit par : patricelafilé | 03/09/2015

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  • C’est en effet pour faire plaisir à la famille BERNIGAUD proche de FM que le circuit se realisa sur leurs champs de pommes de terre
    Écrit par : Marc | 30/08/2015
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  • Sujet intéressant René Fiévet mais au combien délicat, les obédiences politiques troublent le débat et l’on y perd beaucoup côté objectivité. Il faut être particulièrement informé pour débattre…L’observateur lambda se souvient que le lien de Ligier avec le « pouvoir socialiste » lui fut intensément reproché. Ligier a-t-il mieux vécu, je parle de son équipe, après 81 qu’antérieurement? La politique interventionniste de la « Gauche » à l’époque n’était pas une nouveauté, la « Droite » y était coutumière, sûrement une résurgence de ce que le Gal De Gaulle avait réalisé en son temps, probablement avec raison. A mon avis peu de lecteurs ici reprocheront la subvention octroyée à Matra fin 60 ou les subsides de la Seita (privatisée en 95) auxquels profita Ligier après le retrait de Matra fin 74? Quelle entreprise privée française aurait aidé à un tel niveau Matra et Ligier à leur époque respective? Posons-nous la question ?
    Écrit par : linas27 | 30/08/2015
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    Quelle entreprise privée française aurait aidé à un tel niveau Matra et Ligier à leur époque respective? Posons-nous la question ?

    Lagardère (le vrai) a rendu d’immenses services au pays,
    sa passion fût certes accompagnée par ses relations privilégiées avec l’état mais il n’attendait rien d’autre que des succés sportifs .
    Comparer Matra et Ligier n’est pas raisonable a mon humble avis …

    Quand on observe, avec un peu de recul, comment Airbus et GE ont sponsorisé « spontanément » Caterham dont le propriétaire a été legion d’honorisé au seul titre de ses commandes d avion, ont se demande pourquoi les gros industriels F n’ont jamais suivit un projet sérieux …
    Écrit par : Marc | 31/08/2015
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  • On pourra dire et redire ce que l’on voudra de Guy Ligier, de sa vie, de ses relations et de ses échecs d’entrepreneur. Cependant, de la densité de son existence, je dirais que nous serions plusieurs à rêver d’avoir eu la même. Bien sur, tout le monde se souvient de ce 10 Mai 1981 et de la remontée vers Paris au volant d’une SM Maserati. Mais il fallait bien une voiture et un pilote rapides pour accomplir le destin de celui qui voulu être Président. François Mitterrand était, si je ne m’abuse, le parrain de sa fille. C’est donc que cette amitié remontait à déjà fort longtemps et qu’elle était certainement authentique. Que Guy Ligier ait profité ainsi de ce rapport sincère ne me semble pas condamnable. D’autre ont fait bien pire pour des usages bien plus contestables ! Et comme il a été dit, « l’aventure Ligier » avait débuté dès avant. En revanche, ce dont je me souviens de l’homme, c’est une interview sur Europe 1 un matin de Février 1979 au lendemain d’une campagne sud américaine extraordinaire qui avait vu Jacques Laffite survoler la concurrence avec un Depailler pas bien loin derrière. Le premier étonné de cette incroyable démonstration était Guy Ligier dont l’aisance oratoire derrière le micro de Jean Pierre Elkabbach était toute relative. Mais qu’importe : Il aura donc fallu que Ligier abandonne le Matra V12 et que Ducarouge maitrisât parfaitement le phénomène de l’effet de sol pour que cette sympathique équipe de Gitans de France devienne une redoutable machine de guerre, ce que Depailler confirmera en Espagne un peu plus tard. Voila un souvenir fantastique car pour la première fois dans l’histoire de la Formule 1, une équipe et des pilotes français se hissaient au niveau des meilleurs et qui plus est, en surclassant l’adversité. Pourtant, qui aurait pu croire cela au début de 1976. Il y eut bien sur ce fantastique Grand prix d’Autriche où Laffite s’était battu comme un lion avec Nilsson pour une magnifique deuxième place derrière Watson, puis la providentielle victoire suédoise sans marseillaise en 1977. Mais beaucoup pensaient alors que Ligier resterait une sympathique écurie de milieu de grille, sans grande fortune à entrevoir. Et le tonnerre retentit ! Hélas ensuite et comme souvent chez nous, une succession d’événements dramatiques ou mal maitrisés vint enrayer cette incroyable épopée. : l’accident de Depailler en deltaplane, son remplacement par un Jacky Ickx pourtant aimé mais plus très véloce et motivé, des choix techniques hypothétiques et un manque d’entrainement cruel pour faire évoluer la voiture face à des rouges renaissantes puis des Williams en plein envol. C’est d’avantage cette année la plutôt qu’en 1981 que les regrets seront à jamais eternels et c’est peut-être à ce moment là que l’argent d’où qu’il vienne a du singulièrement manquer. L’auto était pourtant fantastique et belle. Qui n’a pas vu la JS 11 sur une grille de départ ne peux comprendre cette félinité et cette puissance qui s’en dégageaient. Une auto inventée pour vaincre. J’ai eu cette chance comme celle d’écouter Guy Ligier me raconter ses souvenirs de garçon-boucher rue Montebello à Lyon et son affection pour Pedro Rodriguez. Un sacré Monsieur ce Guy Ligier, un de ces aventuriers qui ont vécu et fait des choses exceptionnelles dans une époque soit disant plus tourmentée que l’actuelle mais sans doute plus propice à l’engagement.
    Écrit par : Daniel DUPASQUIER | 31/08/2015
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  • Je me souviens de l’engouement, que dis je la passion quand sur les ondes d’Europe 1 les lundis matins, Dominique Bressot ( je crois ) évoquait avec sa voix passionnée, le Triomphe Ligier en Argentine et au Brésil, Un Jacques Laffite raflant tout sur ces 2 grands prix Victoire, pole, record du tour sans oublier Patrick Depailler .
    Écrit par : patricelafilé | 03/09/2015

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  • J’ai quand même l’impression que l’accident de deltaplane de Depailler a été le tournant de la saison 1979. Il connaissait bien la voiture et était réputé pour être un excellent metteur au point (ce qui n’était pas, semble-t-il, le cas de Laffite). Je ne peux m’empêcher de penser qu’il aurait tout de suite décelé ce qui n’allait pas sur la voiture à partir de la mi-saison (l’usure des pontons, d’après ce que je crois comprendre). L’année suivante, Depailler fit des miracles dans la mise au point de l’Alfa Romeo, avant son accident fatal à Hockenheim.
    Écrit par : René Fiévet | 31/08/2015
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  • Johnny Rives évoquait plus haut le témoignage manquant de Gérard Ducarouge…L’interview de Duca par JP Orjebin nous révélait sur CC son sentiment à l’égard de Guy Ligier :
     » Guy Ligier pouvait être d’une gentillesse et d’une générosité exceptionnelles, mais pas toujours facile. Quand il se mettait à hurler, son entourage était terrorisé. Quoi qu’il en soit je garde pour lui une grande affection. Nous avons fait ensemble la première victoire en F1 d’une voiture 100% française et avec un pilote français, Jacques Laffite, puis beaucoup de bons résultats mais nous étions peu nombreux et le budget était serré, il fallait travailler très dur.

    On s’est séparé avec Ligier après une situation un peu curieuse. Je rentrais de Silverstone, c’était un dimanche puisque le GP avait lieu le samedi, je vais direct chez Guy au Château des Brosses. Lorsque j’arrive, je croise Jean-Pierre Paoli qui en sort, cela m’avait un peu surpris de le voir là. Puis dès le début de notre discussion avec Guy, j’ai tout de suite senti qu’il y avait une embrouille, il tournait autour du pot, dans le style, il faut qu’on se parle, il faut modifier l’organisation, etc. J’ai compris que je n’avais plus ma place ici. Ça m’a fait d’autant plus mal que Silverstone s’était pas mal passé, Jacques avait fait 3e. Je savais qu’on allait progresser, on avait reçu des pièces qui nous permettaient d’avoir des jupes super efficaces avec un élastomère spécial. Pour Zeltweg où il faut un max d’appui, je savais qu’on pouvait surprendre tout le monde. Jacques a gagné à Zeltweg. Je revois Guy assez souvent, je sais que le plaisir est partagé et c’est très bien comme ça. »
    On relèvera ceci : »Nous étions peu nombreux et le budjet était serré » période 1976-81.
    Écrit par : linas27 | 31/08/2015
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  • Il faut absolument interroger Michel Tetu qui acceptera sans doute maintenant de livrer un tas d’anecdotes sur Guy Ligier a commencer par l’histoire de son retour chez Ligier en 1985 avec Gerard Larrousse dans ses bagages, 1 an avant le retrait de Renault en tant qu’ecurie… ‘Ma Mie’ raconte leur, et ‘les valises’ fin 1988. Luc Augier est dans le vrai pour les contreparties. Pour finir,
    Gerard Larrousse fraichement promu team manager chez LIGIER convoque les mecaniciens:’ bon maintenant l’apero, la bonne bouffe, le vin a table c’est termine ‘ silence de mort, un volontaire va voir Guy Ligier sur le champs, lui explique.. ‘on s’en fout de ce qu’il raconte, c’est moi le patron !.
    Écrit par : Bertrand H. | 03/09/2015
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  • Sur les « convictions » politiques de Guy Ligier telles que présentées, très justement, par René Fiévet, j’ai toujours pensé qu’elles étaient circonstancielles et avant tout affectives, que c’est plus l’homme Mitterrand et la sympathie que celui-ci lui manifestait qu’il aimait. Cette manière de privilégier l’homme sur l’inconfort des idées révèle tout autant l’autodidacte pragmatique que l’individu authentiquement « de droite » et, je le dis sans volonté péjorative, l’opportuniste. Un homme qui aimait la vie et privilégiait sa passion comme ses intérêts – il n’y a rien à lui reprocher, d’autant qu’il a conduit son entreprise au plus haut avec des moyens pas si confortables que ça.
    C’est aussi une trajectoire extraordinaire, et un goût de la vie presque ingénu comme on n’en voit plus beaucoup aujourd’hui.
    Écrit par : Ferdinand | 13/09/2015
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