Guy Edwards, le chasseur de sponsors

A la suite de Brett Lunger, nous nous attachons, avec Olivier Favre,  à Guy Edwards qui faisait partie des quatre hommes ayant contribué à sauver Lauda des flammes en 1976.

Classic COURSES

A l’occasion de la sortie du film « Rush » de Ron Howard,
pour la saison 1976, voir aussi : 
Rush Bande annonce
Le Grand Prix de France 1976
La saison 1976 en vidéo
James Hunt 1976 en Vidéo
Niki Lauda 1976 en Vidéo
He deserved it – James Hunt 
Rush, critique du film
Guy Edwards, le chasseur de sponsors
Brett Lunger, un américain en Europe 
Harald Ertl, la gai barbu
Arturo Merzario, l’inaltérable
Er hätte es verdient ! – Niki Lauda 
 

 

 
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« Un jour que j’étais dans l’usine Lola, j’ai remarqué dans un coin de l’atelier une nouvelle voiture en construction. Je me suis approché et j’ai demandé ce que c’était, on m’a répondu que c’était une Formule 1 pour Graham Hill. Donc j’ai appelé Graham. Je ne l’avais jamais rencontré et il ne m’avait sans doute jamais vu courir, mais j’imagine que mes 2 victoires en F5000 fin 1973 l’ont convaincu que j’avais des chances d’être compétitif en F1, car il m’a engagé. » Voilà comment on accédait à la F1 en 1974 ! Certes, Guy Edwards n’était pas un illustre inconnu, mais il n’avait pas non plus un palmarès long comme le bras, loin s’en fallait. En revanche, il avait déjà une réputation de redoutable chasseur de sponsors.

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Né le 30 décembre 1942 près de Manchester, Guy Edwards est le fils d’un ancien chef d’escadron de la Royal Air Force. Après un peu de karting dans ses jeunes années, il se concentre sur ses études et ne revient à la course qu’en 1965 : moyennant quelques travaux de secrétariat pour l’école de pilotage, il obtient des séries de 10 tours à Brands Hatch au volant des voitures-écoles. Puis il s’achète une Mini Cooper pour faire ses premières courses. Après une saison de F3 peu convaincante en 1968, il se tourne vers les sports 2 litres et ferre en 1969 son premier gros poisson : la compagnie de ferries Tor Line qui l’aide à engager une Chevron-BMW B8 dans les courses anglaises et quelques épreuves européennes.

 

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Pour 1970 et 71 il décroche le soutien de Philips et intensifie encore sa présence sur les circuits européens avec une barquette Astra, puis une Lola T212. Sans résultat frappant. Mais en 1971 il dispute ses premières 24 h du Mans et côtoie pour la première fois les vedettes de la F1 lors de la funeste Victory Race de Brands Hatch qui voit la mort de Jo Siffert. Mais c’est une McLaren-Chevrolet de F5000 qu’il conduit ce jour-là, comme bien d’autres pilotes locaux venus renforcer un plateau un peu maigre. C’est en 1973 que sa carrière franchit un pas décisif : soutenu à présent par la banque Barclays, il remporte deux courses du Trophée d’Europe des 2 litres (Lola T292), mais aussi deux des trois dernières épreuves du championnat d’Europe de F5000 avec une Lola T330.

Début 74 le voici donc coéquipier du vieux Graham en F1. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes et Edwards n’obtient comme meilleur résultat qu’une 7e place en Suède. Après une non-qualification au Ring, il quitte l’équipe et revient pour 1975 à ses deux catégories fétiches : Sports 2 litres et F5000. Dans cette dernière catégorie, il se classe 3e du championnat d’Europe avec un sponsor inattendu : l’Encyclopaedia Britannica !

 

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Mais la F1 reste son objectif et il y revient en 1976. En délicatesse avec le fisc anglais, le fantasque Lord Hesketh a pris du champ mais Bubbles Horsley continue et les Hesketh deviennent des F1-client pour pilotes payants. Un challenge qui ne saurait rebuter Edwards : il démarche cette fois le papier à cigarettes Rizla et le magazine pour hommes Penthouse ! Au moins sa voiture attirera-t-elle les regards par sa décoration ! Quant aux performances … Débutant sa saison à Zolder par une non-qualification, il n’apparaît qu’épisodiquement et est abonné aux fonds de grille.

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Sur le Ring il se qualifie en avant-dernière position et c’est juste devant lui que Lauda sort de la piste à Bergwerk. Il parvient à passer à gauche et à s’arrêter sur le bord de la piste, mais heurte quand même une des roues de la Ferrari, le choc dans le volant lui foulant le poignet. « Je me dirigeais vers le feu en pensant « est-ce que je veux vraiment faire ça ? » La réponse franche était « hors de question ! ». Mais avais-je le choix ? Pouvais-je rebrousser chemin ? » Vite rejoint par Lunger, Ertl et Merzario, il participe au sauvetage de Lauda, ce qui lui vaut la Queen’s Gallantry Medal de la part d’Elizabeth II. Absent à Zeltweg, forfait à Monza, il prend son dernier départ en championnat du monde à Mosport : qualifié avant-dernier, il termine 20e et dernier à 5 tours de Hunt. Mais ce ne sera pas sa dernière apparition en Grand prix : un an plus tard à Silverstone, il aura la mauvaise idée de tenter, après bien d’autres, de qualifier la véritable catastrophe ambulante qu’est la dernière BRM F1, la P207.

Heureusement pour lui, il a trouvé d’autres débouchés pour ses nouveaux soutiens financiers, MOPAR (la filiale sportive de Chrysler), la compagnie pétrolière canadienne Ultramar et, plus tard, les rasoirs Gillette: l’endurance avec des March puis Lola, mais surtout la F1 anglaise. En effet, à partir de 1977 il devient l’un des piliers du championnat britannique de Formule 1 (couramment appelé Aurora du nom de son sponsor) au volant de March, Arrows et Fittipaldi. Puis, abandonnant la monoplace, il est chargé en 1981 avec son vieil adversaire de l’Aurora Emilio de Villota de préparer l’entrée en scène des Groupe C en pilotant la Lola T600.

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Et là Edwards semble s’être surpassé : Ultramar, Rizla, Danone, Newsweek, Unipart, Banco Occidental (ce dernier apporté par Villota, quand même), … la voiture est une véritable zone commerciale à elle toute seule. Et elle en a la laideur : c’est probablement l’une des plus disgracieuses voitures de course jamais conçues. Pourtant, elle n’est pas trop mauvaise puisqu’elle vaudra à Edwards ses deux seules victoires en championnat du Monde : la Coppa Florio à Enna (précisons toutefois : seulement 9 voitures au départ !) et les 1000 km de Brands Hatch. L’année suivante, à l’instar de toutes les autres groupe C, la T610 ne soutiendra pas la comparaison avec la Porsche 956 et Edwards s’offrira le volant de l’une d’elles dans l’équipe de John Fitzpatrick ; ce qui lui vaudra plusieurs places d’honneur pendant trois saisons, dont une 4eplace au Mans en 1985 qui restera son meilleur résultat dans la Sarthe.

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Hormis un come-back en 1988-89 dans le British Touring Car Championship au volant d’une Ford Sierra aux couleurs de la bière Kaliber, Edwards va désormais se consacrer à ce qu’il fait le mieux. Ainsi, c’est lui qui apporte à Jaguar les subsides des cigarettes Silk Cut qui aideront à mettre fin à l’hégémonie Porsche sur le Groupe C. Il s’établit sur la Côte d’Azur, fonde une entreprise – International Sponsorship Management – qu’il domicilie à Monaco, écrit un livre sur l’art de convaincre les sponsors et continue à le pratiquer au profit de son fils, Sean. Né en 1986, celui-ci court en Porsche Cup et joue le rôle de son père dans certaines scènes du film Rush.

 

Olivier FAVRE

 

Photos @ DR

11 pensées sur “Guy Edwards, le chasseur de sponsors

  • La saison 1976 ne fut ni plus ni moins attractive que la précédente (1975) ou la suivante (1977). L’accident de Niki Lauda au Nurburgring en a été un épisode dramatique énorme c’est vrai, mais il y en avait eu de comparables avant et il y en aura après. A cet accident est venu s’ajouter l’abandon inattendu (?) et surtout très controversé à l’époque (notamment par Mauro Forghieri) de Niki au Japon pour lui donner un relief supplémentaire. Quant au « duel » Lauda-Hunt il n’a vraiment pris forme que tout en fin de saison, en raison des circonstances. Jusqu’à l’accident de Lauda, si l’on parlait de Hunt et de McLaren ce fut surtout en matière de faits divers (tricherie en Espagne avec une McLaren sensible plus large qu’autorisé, tricherie à Brands Hatch pour changement de monoplace illicite entre les deux départs). En début de saison, Hunt n’apparaissait pas plus qu’un sérieux rival de Lauda (favori car champion sortant) que Scheckter ou Peterson, voire Depailler. Mais pour les besoins du film, l’histoire a été reécrite de manière à présenter les deux pilotes comme de vieux et traditionnels rivaux. Ce qui ne fut finalement le cas qu’au G.P. du Japon 1976… pendant deux petits tours!

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  • Je souscris entièrement à cette analyse. J’ai vu le film et je me souviens assez bien de cette saison 1976. J’ai eu la chance d’être à Monaco et au Paul Ricard cette année-là. Il était indubitable que Lauda serait Champion du monde à nouveau tant sa domination fut écrasante. D’ailleurs, à mi saison son principal challenger était Jody Scheckter. Il fallut des circonstances incroyables pour que le titre échoie finalement à James Hunt, ce dont je m’étais réjoui à l’époque. Mais l’avance de Lauda était telle, qu’il lui aurait suffi de la gérer en « bon père de famille » sa fin de saison. Il me semble me souvenir que la seule fois où la Ferrari abandonna sur panne moteur, ce fut au Grand Prix de France. Hélas, il y eut cet incroyable accident qui fit entrer Lauda dans la légende en meme temps que la vista retrouvée de James Hunt pour que les choses s’inversent. Il y eut ce fameux duel au Grand Prix d’Autriche où trois furieux se battirent pour la victoire que récolta le valeureux et barbu Watson sur sa Penske. Concernant le film, je pense qu’il vaut mieux le voir en VO. C’est quand même drôlement romancé et un peu léger. On ne voit pas beaucoup les voitures, les quelques prises de vue en courses sonnent faux. La seule chose que j’ai apprise (vrai ou faux), c’est l’éventuel engagement de Jacky ICKX chez Mac Laren pour remplacer FITTIPALDI

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  • Je viens de voir le film et je suis sorti en restant un peu sur ma faim.Je rejoins tout à fait les commentaires précédents.J’ai suivi toute cette période et Lauda était plus connu pour avoir accédé à la compétition en ayant recours à un emprunt que pour sa rivalité avec James Hunt.On s’attendait à une meilleure représentation des extraits de course.Un Regazzoni que l’on imagine mal dans une Ferrari mais plutôt au volant d’un 35 tonnes,par contre Brühl dans le rôle de Lauda et l’actrice qui joue Marlène sont très réalistes et les scènes de l’accident et l’hospitalisation qui sont le noeud de ce film sont bien réussies.Les états d’âme des champions largement exposés s’adressent au grand public.Ickx avait déjà couru sur Mac Laren au Nürburgring.

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  • Tiens, moi j’ai connu un Jérôme LAPERROUSAZ qui avait réalise le très beau Continental Circus avec la non moins bonne bande son de Gong. Un lien de parenté, peut être !?

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  • Monsieur Francis, un film comme celui là, ça ne s’oublie pas et vous avez bien raison. Terrifiant, excitant et témoignage d’une sacrée époque du sport motocycliste. Un Ago dominateur et inatteignable et une bande de privés dont beaucoup se tuèrent en essayant de le suivre. Santiago Herrero pourtant pilote officiel OSSA, connut ce sort là en 70. Je me souviens du bouquet de fleurs posé à terre à Assen sur la grille de départ, à la place qu’aurait du occuper Bill IVY, tué aux essais après un Grand Prix de Pau en F2 très prometteur. Jack Findlay en bon Aussie comme vous dites, avait un kangorou peint sur son casque. Encore des Cromwells à ce moment.

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  • Je vois que Mr Rives, vous mettiez Peterson dans les hommes a battre en 1976 .Mais, avec la March 761, et la structure de l’ équipe, n’ était ce pas un pari risqué ?

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