Esti – Patrick par sa fille

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Classic Courses – Olivier Rogar : Que représente pour vous le sport automobile ?

Esti Tambay : Oh le sport automobile a accompagné toute ma vie. Celle de mon frère Loïc également et maintenant celle de ma petite fille de cinq ans. On savait que Papa était pilote même si on ne se rendait pas compte de tout ce que cela impliquait.

Mais Loïc et moi, on adorait ça. On a fait du kart. Puis, plus tard Jacadi a organisé un concours, une sorte de Camel Trophy pour les enfants ; le BN-Jacadi Trophy. On courait avec des mini Jeep équipées de moteurs Yamaha 80 cc. La finale avait lieu au Portugal. Et j’ai gagné !

Classic Courses – Olivier Rogar : Quel est votre premier souvenir lié au sport automobile ?

Esti Tambay : Patrick m’avait fait faire un tour sur ses genoux dans la F1, je pense que c’était au Paul Ricard. On a du mal à imaginer cela aujourd’hui. Une petite fille de 3 ou 4 ans sur les genoux de son pilote de père, dans une F1 en piste !

Mais je me souviens aussi que Maman, lorsque j’ai été en âge d’aller à l’école restait la plupart du temps à la maison pendant les courses. Elle pleurait tout le temps. Elle ne supportait pas la tension nerveuse que le risque permanent d’un accident grave générait à cette époque. L’accident à Monaco en 1986 l’a traumatisée notamment.

Classic Courses – Olivier Rogar : La rencontre de vos parents n’est pas habituelle.

Esti Tambay : Effectivement, Patrick faisait ses études à l’université de Boulder dans le Colorado. Il avait un chien « Che ». C’était le jour de la Saint Valentin. Elle est définitivement tombée sous le charme de ce beau français dont elle ne comprenait pas toujours bien ce qu’il lui disait, avec son accent « frenchie ».

Et Patrick a fait des allers- retours avec la France et il a démarré en sport automobile suite à sa victoire au concours du Pilote Elf. Ma mère Deena, l’a suivi dès 1971 et l’a soutenu à fond. Leur relation a été un peu tumultueuse à cette époque.

Mais en 1976 ils se sont mariés à San Francisco. Patrick avait de très bonnes relations avec mes grands-parents maternels. C’était le 27 septembre 1976 et Patrick avait 27 ans. En fait c’est un nombre qui dès cette époque l’a marqué. Bien avant celui de la Ferrari n°27. Celui de son ami Gilles Villeneuve qu’il a repris lorsqu’il l’a remplacé après l’accident.

Classic Courses – Olivier Rogar : Patrick était souvent aux USA ?

Esti Tambay : Je suis née en 1982 à Hawaï. Patrick ne courait plus en F1 à cette époque mais il était revenu en CanAm et il y avait un vrai projet de mes parents pour s’installer définitivement aux USA. Il venait souvent à Hawaï. A ce sujet d’ailleurs, Il y avait l’acteur Tom Selleck qui habitait juste à côté de chez nous à Black Point. Il jouait dans une série qui s’appelait Magnum. C’était très connu. Et dans la vraie vie il avait la même voiture que dans la série, une Ferrari 308 GTS. Quand il a su que Patrick était un pilote de F1 et chez Ferrari qui plus est, il voulait absolument qu’il lui donne des cours de conduite. Patrick n’a jamais eu le temps.

Puis il y a eu l’accident de Gilles et l’appel de Ferrari. On est rentré en Europe, d’abord en France puis on s’est installés en Suisse. A Villars. Le chalet a été rebaptisé « L’eau vive » par Patrick.

Il était un peu la célébrité locale. Je me souviens qu’il y avait des autocollants à la station-service de Villars à l’effigie de Papa. Il y avait même un bonhomme Michelin avec sa tête !

Classic-Courses – Olivier Rogar : Vous étiez vraiment toute jeune, mais avez-vous quelques souvenirs de F1 ?

Esti Tambay : Quand on était sur les Grands Prix, ce qui n’était pas très fréquent, on était avec les autres enfants. Jacques Laffite était toujours en train de faire le clown pour nous. Il nous faisait beaucoup rire.

Johanne Villeneuve et ses enfants se sont aussi installés à Villars. Je me souviens d’un Jacques Villeneuve totalement intrépide qui sautait dans la piscine en enjambant la balustrade de la terrasse ! Je me souviens aussi du jour où il est venu annoncer à Patrick qu’il voulait faire de la F1. Grand débat entre les deux. Puis avec Johanne.

Classic – Courses – Olivier Rogar : Patrick a vécu avec vous jusqu’à quelle période ?

Esti Tambay : Jusqu’en 1997 mes parents vivaient toujours ensemble, j’avais alors 15 ans. On le voyait souvent malgré toutes ses activités. Il y avait aussi les Paris Dakar auxquels il participait et qui l’éloignaient de nous pendant les fêtes de Noël. Mais il revenait toujours avec plein de souvenirs.

Et après 1997 on est repartis aux USA et à Hawaï avec Maman, mais on est resté en contact. Et depuis que Patrick est plus faible, on s’est tous rapprochés de lui. Maman nous a malheureusement quittés en 2019.

Classic – Courses – Olivier Rogar : Que faites-vous aujourd’hui ? Patrick est très fier de vos études notamment.

Esti Tambay : Ah, c’est amusant mais comme j’habitais à Hawaï, je suis allé à la même école, au même collège que le Président Barack Obama. Puis ensuite j’ai fait mon droit à Harvard, là aussi comme lui !

Et aujourd’hui, je fais du droit pénal international. Je travaille pour l’ONG « Human Rights Watch ». On traite les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité.

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Luc Augier

Je découvre cette interview aujourd’hui. Pour moi, c’est une pépite. Bravo pour l’idée. Je me souviens de Deena, très belle femme, avec des taches de rousseur et un physique qui rappelait Jane Fonda. Très discrète et réservée. J’entends encore Patrick, lors d’une interview début 1977, alors qu’il faisait ses premiers essais pour McLaren au Ricard : « pour le moment, je ne souhaite pas avoir d’enfant ; j’ai de mauvais souvenirs, ça s’engueulait trop à la maison ».

Luc Augier

Fin 77 et non début 77, bien sûr, ces premiers essais pour McLaren.