Johnny Rives F1, Bahrein 2017

SANS L’OMBRE D’UN DOUTE

 Six secondes et six dixièmes, c’est peu. Presque rien. Pourtant, si l’on s’arrête sur le GP de Bahrain 2017, c’est beaucoup : l’écart qui, à l’arrivée de cette belle course pleine et vivante, séparait le vainqueur Sebastian Vettel de son dauphin d’un jour Lewis Hamilton. Un écart faible sans doute. Et pourtant d’une importance extrême. Parce qu’il respecte l’équité. Il écarte le doute. Imaginons que cet écart ait été plus faible de deux secondes. Qu’il se soit situé à 4’’6. Alors le doute aurait été possible. L’incertitude. On aurait pu s’interroger : « Et si Hamilton n’avait pas été pénalisé de 5 secondes ? » Heureusement, tel n’a pas été le cas. Et la victoire de Vettel, aussi étroite soit-elle, doit être considérée pour ce qu’elle est : une vraie et belle victoire. « Elle nous rassure, » a sobrement commenté Sergio Marchionne, président de Ferrari, qui s’interrogeait depuis celle d’Australie –était-elle le fruit d’un heureux concours de circonstances ? Aucun triomphalisme, donc. Il faut y ajouter la réaction d’Hamilton. Pas le moindre commentaire quand son stand l’avait averti par radio : « Tu as une pénalité ». Après sa deuxième place, il déclara même : « J’ai fait une erreur, je l’ai payée. » Bravo à tous pour tant de dignité. Pourvu que ça dure…

                                                                  Johnny RIVES.

Classic Courses 2017
Bahrain 2017 @ DR

FERRARI AU NIVEAU

Le signore Marchionne n’a pas caché le doute qu’il éprouvait depuis l’Australie. Malgré la deuxième place de Vettel en Chine, à seulement 6’’2 du vainqueur Hamilton. Ce doute a donc été effacé dimanche. Mais Vettel ne le ressentait pas autant que son président. Un peu inquiété tout de même par sa performance en retrait d’une demie seconde sur la pole de Bottas, il a rapidement été rassuré en course. Talonnant avec aisance la Mercedes du Finlandais dès les premiers tours, il a rapidement retrouvé confiance en sa Ferrari. Les circonstances l’y ont aidé. Comme son avantage n’était pas suffisant pour prendre le dessus sur Bottas, il décida en accord avec son équipe, de tenter « l’under-cut », comme dit Julien Fébreau : changer de pneus avant son adversaire direct pour gagner indirectement du temps sur lui une fois débarrassé de sa présence. Bonne stratégie, qui n’échappa point à Verstappen et à Red Bull. « Et si on faisait pareil ? » Après son arrêt (10e tour), Vettel se retrouva en onzième position. Mauvais coup ? Un tour plus tard, il était déjà septième, car d’autres changements pneus étaient intervenus. Dont celui de Carlos Sainz qui en reprenant la piste alla percuter la Williams de Stroll (on n’ose pas dire l’infortuné Stroll…). Conséquence : safety car (SC), donc tous les autres aux stands. Et Vettel en tête ! L’essentiel était fait.

PAS DE RÉPIT…

La course fut pleine et vivante, avons-nous écrit. Pleine car aussi passionnante au début qu’à la fin. Les premiers tours ont été d’une densité formidable, les cinq premiers étant groupés en trois secondes et demie lors des dix premiers tours. A savoir : Bottas, Vettel, Hamilton, Verstappen et Ricciardo. Une fois que Vettel eut pris le pouvoir, la tension ne tomba pas. Car après avoir vaillamment résisté à une attaque audacieuse de Bottas à la reprise de la course, Vettel dut veiller à la remontée d’un Hamilton déchainé. Et bien décidé à compenser volant en mains la pénalité de 5 secondes dont il avait été frappé pour être rentré à une vitesse anormalement basse à son stand – dont le brave Ricciardo derrière lui se trouva marri…

RAÏKKONEN À LA PEINE.

Classic Courses 2017
Raikkonen Bahrain 2017 @ DR

Une fois encore, Kimi Raïkkonen s’est situé en retrait dans cette chevauchée maîtrisée par la Ferrari de Vettel. Cela à cause d’un mauvais début de course. Nous ne dirons pas à cause d’un mauvais départ, car il n’a pas été mauvais. Malgré sa position modeste sur la grille (5e) Raïkkonen s’est hissé à lutter contre les Red Bull dès la ligne droite succédant le premier virage. Il se trouvait à leur hauteur, mais à gauche de la route. Donc défavorablement placé pour le virage suivant (à droite). Où les Red Bull ne lui firent aucun cadeau. Rejeté à l’extérieur, Kimi ne put rien contre Massa, heureux de l’aubaine, qui le dépassa à l’intérieur. Il ne lui fallut que sept tours pour prendre l’avantage sur la Williams. Mais les autres étaient loin… Il ne se découragea cependant jamais, ce qui lui permit en fin de course d’espérer rattraper Bottas. Derrière qui il ne manqua le podium que pour 2’’1.

RICCIARDO AUSSI.

Classic Courses 2017
Ricciardo Bahrain 2017 @ DR

Chez Red Bull, on vit une situation semblable à celle que connaît Ferrari avec ses deux pilotes : Ricciardo a beau faire, il subit plus ou moins l’émergence de Verstappen. Il put se consoler avec une meilleure qualification que Max, mais en course celui-ci remit les pendules à l’heure à son avantage… jusqu’à son abandon indépendant de sa volonté (freins). Ricciardo expliquait son retrait relatif, après un début prometteur, par une exploitation difficile de ses pneus « tendres » (jaunes) par rapport aux « super tendres » (rouges). D’ailleurs en fin de course, ayant retrouvé les Pirelli les plus performants, il montra le bout de son nez en signant le deuxième meilleur tour en course (1’33’’495) derrière Hamilton (1’32’’798) et devant les deux Ferrari. Ricciardo et Raïkkonen : on suivra avec attention le comportement de ces deux talentueux pilotes dans les prochaines courses. Pour voir si, oui ou non, ils surmontent le malaise psychologique que leur début de saison, face à deux équipiers acérés, peut engendrer.

PEREZ, ALONSO, WEHRLEIN.

Classic Courses 2017
Bahrain 2017 @ DR

Après avoir salué le très bon résultat de nos deux Français, Grosjean (8e) et Ocon (10e) – pour ce dernier, on guette le moment où son équipe Force India va le surnommer « Ten », tant il est abonné à la 10e place ! – tirons un coup de chapeau à trois pilotes dont on n’a guère vu les courses, mais que l’on a entrevues quand même : Sergio Perez a bravement fait fructifier son premier changement de pneus – favorisé par la SC – qui l’a vu passer comme par enchantement de la 12e à la septième place. Une position qu’il a brillamment défendue au point d’achever la course, comme à Melbourne, en tête des équipes les moins nanties. Et que son meilleur tour (1’34’’609) place également en septième position nettement devant ses adversaires directs. On ne saurait non plus garder sous silence l’extraordinaire prestation de Fernando Alonso, qui au volant d’une McLaren sous motorisée est capable de donner de splendides leçons de pilotages à des pilotes plus jeunes et mieux outillés. Enfin un mot sur Pascal Wehrlein, très brillant en qualification avec sa Sauber, et auteur d’une course de toute beauté achevée tout près du point de la dixième place.

ET RENAULT ?

Classic Courses 2017
Renault Bahrain 2017 @ DR

Une des déceptions du GP de Bahrein provient de l’équipe Renault, malgré la 9e place et les deux points récoltés par Nico Hulkenberg. Car cette performance se situe en net retrait de celles obtenues en qualification par lui-même (7e devant la Williams de Massa) et par Jolyon Palmer (10e et pour la première fois de sa carrière en Q3). Avec le plein d’essence, les Renault RS17 sont loin d’afficher les mêmes qualités qu’à vide. En qualif, Hulkenberg était à 3/10 de la Red Bull de Ricciardo. Son meilleur tour en course est à près de deux secondes du même adversaire, à moteur identique. Il y a là un dysfonctionnement peu explicable auquel les responsables de l’équipe française ont promis de s’attaquer dès les essais programmés sur le même circuit de Sakhir où elles avaient tant promis avant de si peu donner…

Classic Courses 2017
Bahrain 2017 @ DR

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

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Oreste Morzenti
Invité
Oreste Morzenti

comme toujours, mais cela c’est normal pour moi, je trouve ton analyse, Johnny, précise et fidèle au réel. Moi aussi je me suis amusé (ça ne me passait depuis longtemps) en regardant ce GP. Pas seulement pour la victoire du cavallino rampante, surtout pour le fait de voir des depassements, des luttes en freinage avec une intensité qui me manquait. Le seul regret c’est de voir que chez Ferrari ils s’obstinent à donner une voiture à Raikkonen, qui me semble desormais sans la moindre motivations. Ils gardent le jeune Giovinazzi en naftaline, quand il serait mieux de le jeter dans… Lire la suite »

richard JEGO
Invité
richard JEGO

Ou ça des dépassements ? Vettel gagne par son arret aux stands sans avoir dépassé qui que ce soit en piste ( je ne prends pas en compte le départ seul moment ou il se passe du spectacle pendant environ 20 secondes puis c’est fini), plus la pénalité de Loulou . Bottas reçoit l’ordre de laisser passer Hamilton . Par rapport à la grille , le seul intrus dans les 8 premiers est encore une fois PEREZ , best of ze rest et qui relativise ainsi le classemnt d’OCON . Un truc bizarre : c’est le 3ème GP consécutif ou… Lire la suite »

Philippe Robert
Invité
Philippe Robert

Pas un mot sur Bottas Johnny ? Apparemment l’équipe avait un peu trop de pression d’air dans ses pneus arrière. Ce qui aurait affecté son efficacité.

laurent riviere
Invité
laurent riviere

Le duel Ferrari Mercedes se confirme quelles que soient les circonstances. Les temps ont changé Mercedes n’a plus deux pilotes de pointe qui s’entre-déchirent sans s’occuper de la concurrence. Certes Bottas est un excellent pilote qui a fait une belle pole et en fera d’autres et remportera probablement cette saison sa première victoire. Hamilton s’est vu infliger une double peine dans la voie des stands attendant derrière son équipier qui n’a jamais paru être en mesure de se comporter en leader même avec un train de pneus aux bonnes pressions. Toto Wolff aux anges après la pole de Bottas dont… Lire la suite »

richard JEGO
Invité
richard JEGO

Je me permets de suggérer un titre à M.Rives , tout en lui souhaitant courage et inspiration pour son billet sur la course russe : And the merry goes round ( en français : et le manège tourne en rond !) Car encore une fois : Les 4 1ers à l’arrivée étaient dans le meme ordre au 1er virage du 1er tour . Belle perf des roses , mais si Ricciardo ( qui ne fera sans doute pas une année de plus chez RB ) n’avait pas abandonné et si MASSA ne faisait pas de second arret : leurs positions… Lire la suite »