F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Canada 7

POUSSE AU CRIME

Oui, c’est bon, ça, Coco ! Faut pas hésiter à leur rentrer dans le lard ! Pas à tous, bien sûr… Mais à ceux qui ont une belle gueule d’ange, chez qui c’est un régal de rechercher la perfidie. Ou encore à ces mercenaires sud-américains qui sont tous à mettre dans le même panier. Y en a marre des langues de bois ! Alors, oui, libère toi – quitte à te laisser aller à des à peu près, sur lesquels il est facile de revenir pour montrer ta bonne foi. Régale-toi, Coco et régale ceux d’entre nous pour qui la course n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle prend le goût amer des règlements de compte particuliers…

Johnny RIVES

 

 RABAT JOIE

Oh ! ça n’a pas tardé. Tu as réagi avec une promptitude exaltante à la ligne éditoriale que nous prônons pour la réussite de notre audimat. Dès le premier virage, c’est dire… Tu n’as pas hésité à prolonger ta réflexion jusqu’aux conséquences que ce premier virage aurait A COUP SUR à l’issue de la course. La paix des braves survenue à l’issue du Grand Prix de Monaco était bel et bien une pantalonnade ! Cette fois on verrait si oui ou non Hamilton adresserait encore de beaux sourires en direction de Rosberg… Bien sûr que, loin d’être amis, ils se détestent ! On ne nous la fait pas, à nous. Tu aurais pu dire que, placé à l’intérieur de ce premier virage, Rosberg avait naturellement l’avantage. Et qu’elle lui avait permis d’effacer le bref déficit qu’il avait accusé au départ sur Hamilton. Non, tu as insisté sur le fait qu’ayant abordé le virage à l’intérieur, Nico ne pouvait faire autrement qu’en émerger sur une trajectoire élargie. Mais en disant qu’il avait volontairement poussé Lewis hors des limites de la piste. Manœuvre illicite, car de toute évidence préméditée.

 On était entré avec toi de plain pied dans LE sujet brûlant. Le sujet si brûlant qu’il enflamme notre imagination. Eparpillant des tisons sur lesquels il est si aisé de souffler pour que l’incendie se propage. Accrochage en fin de peloton ? Max Chilton en est la cause, pas de doute là dessus. Chilton qui, c’est bien connu, est lent et dangereux. Avait-il, en qualification, devancé notre héros monégasque Bianchi ? Qu’importe, il est lent. Et puis dangereux, point barre.

LE REVENANT MASSA

La voiture de sécurité en s’effaçant, pouvait faire le jeu d’Hamilton qui allait aisément gober Rosberg. Mais non. Heureusement, au cours de leur belle poursuite, Rosberg manqua la chicane autrefois appelée « Bienvenue au Québec ». Sur le moment tu n’y as pas vu la ruse. Il t’a fallu un peu de temps pour en venir à dire que, s’il n’y avait pas gagné une position – ce qui est répréhensible – il y avait gagné un avantage, fut-il léger. Serait-il pénalisé pour cette infraction ? Tu as joliment entretenu cette incertitude jusqu’aux changements de pneus. Là, une des deux Mercedes resta immobilisée – combien : une seconde ? – un peu plus longtemps que l’autre. Si cela avait été celle d’Hamilton, tu aurais pu y voir confirmation du complot entrevu à Monaco. Mais ce fut celle de Rosberg. Donc silence. Et plénitude : Hamilton était en tête devant Rosberg. Quant aux autres, ils n’étaient plus dans la course. A l’exception des deux Force India Sergio Perez et Nico Hulkenberg, qui furent les seules à se contenter d’un seul changement de pneus. Toutes les autres durent en observer deux, même la Williams du revenant Felipe Massa qui tenta pourtant le coup.

Soudain Hamilton signale un léger dysfonctionnement de son moteur. Va-t-il tomber sous la coupe de son équipier honni ? Non, car un tour plus tard une défaillance similaire se manifeste sur la seconde Mercedes. Leur rythme est tombé de deux secondes au tour. Parfois même trois secondes sur la Williams de Massa qui est alors la plus rapide en piste. Et puis n’oublions pas les Force India qui conserveront leur position flatteuse après leur passage aux stands. Surtout celle de Perez qu’on pourrait imaginer sur le podium. D’autant plus qu’après leur second changement de pneus les Mercedes peuvent tout juste suivre la Williams de Felipe Massa en pleine résurrection !

PAS INVINCIBLES

Leur système de récupération d’énergie est en cause. Avec deux conséquences : perte de puissance et affaiblissement des capacités de freinage – les freins arrière étant actionnés électriquement, donc, pour le coup, imparfaitement. On en a confirmation quand Hamilton ne réussit pas à convenablement réduire sa vitesse pour l’épingle située à l’opposé des stands. Rosberg en profite pour reprendre l’avantage. Mais Hamilton veut défendre son bien, il revient à hauteur. Cote à cote, les deux Mercedes abordent le difficile freinage que Rosberg a manqué il y a quelques tours. Et là, rebelote ! Mais contrairement à ce que tu as cru voir dans un premier temps, cette fois c’est Hamilton qui s’offre le tout droit. Sans hésiter il cède aussitôt à Rosberg la place indûment regagnée. Et même bien plus que ça. Il coupe son élan. Les Red Bull, les Force India, les Williams, Alonso et Button le dépassent. Pas d’autre alternative pour lui que rendre les armes et mettre pied à terre, comme en Australie déjà. Les Mercedes ne sont donc pas invincibles.

Rosberg en aura la confirmation en pliant sous la pression de … Daniel Ricciardo. On l’avait perdu de vue, celui-là ! Ses essais n’avaient pas été aussi bons que de coutumes. Mal placé sur la grille il avait fait un début de course discret. Mais efficace. Progressivement il avait rejoint Sebastian Vettel. Les changements de pneus lui permirent de devancer une fois encore son prestigieux équipier. En fin de parcours, il réussit à s’affranchir de l’étonnante Force India de Perez pour fondre sur Rosberg. Celui-ci n’avait qu’un objectif possible : amener à l’arrivée sa Mercedes blessée. Il s’inclina donc sans rechigner sur le retour de Ricciardo pour cueillir une 2e place qui ne le mit pas en joie bien qu’elle lui assure une confortable avance au championnat.

Quant à la joie du jeune et prometteur Australien, pour sa première victoire, elle fut en partie éclipsée par une fin de course derrière la voiture de sécurité. Deux pilotes au sang chaud comme Perez et Massa pouvaient difficilement éviter les écueils d’un sprint dont l’issue était précieuse pour l’un comme pour l’autre. Et qui se termina hélas aussi mal pour chacun d’eux. Encore heureux qu’ils s’en soient sortis sans blessure. Et sans avoir entraîné dans leur malheur un Sebastian Vettel aussi heureux de sa 3e place que de la victoire de l’autre Red Bull – comme s’il y voyait la sortie d’un long tunnel pour son équipe.

Mais ces sourires étaient trop frais, trop sincères. Il fallait une grimace, une sanction impitoyable. Tu l’assénas à Perez « coutumier du fait » à qui tu supprimais to de go sa licence. Certes, Alain Prost et Frank Montagny atténuèrent ton jugement à l’emporte pièce. Mais est-ce si important ?

L’essentiel est d’entretenir une atmosphère de conflit, voire de haine. C’était bien essayé, encore une fois, quand la question fut posée directement à Hamilton : « Pensez-vous que Rosberg aurait mérité une sanction ? » Lewis ne put formuler une réponse cohérente tant il tombait des nues… Tout cela nous laissa un goût amer dans la bouche. Nous empêchant de nous délecter pleinement d’un Grand Prix du Canada formidablement animé et laissant entrevoir un bienvenu renouveau.

Photo 1 : Podium Montreal 2014 © DR 
 

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

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Johnny Rives

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richard brautigues
Invité
richard brautigues

Et si vous repreniez un petit peu de Nascar, ça apaise … ;o)

jean-paul orjebin
Invité
jean-paul orjebin

Il reste l’émission Onboard du mercredi…sans commentaires.

jean-paul orjebin
Invité
jean-paul orjebin

Il reste l’émission Onboard du mercredi…sans commentaires.

Olivier Rogar
Invité
Olivier Rogar

Etre un ancien pilote F1 n’est pas nécessairement un gage de compétence journalistique ou, dans la mesure où il ne prémédite pas ses assertions péremptoires, de capacité à réfléchir. Dommage…

René Fiévet
Invité
René Fiévet

Pour ma part, s’agissant de l’affrontement entre Rosberg et Hamilton au premier virage, il me semble avoir vu cela des dizaines de fois sur les pistes de Formule 1, et pour mon plus grand plaisir.

laurent riviere
Invité
laurent riviere

Pour faire suite à cette présentation atypique de Johnny Rives, un regard plus conventionnel sur la forme de cette course à rebondissements. Daniel Ricciardo revenu de nulle part déborde Rosberg en « spirale ascendante » et décroche une première victoire bien méritée, profitant des ennuis des Mercedes il s’impose comme le meilleur pilote du reste du plateau au détriment de Vettel. L’allemand, désormais plus mâture, s’avère beau joueur et dominé par son équipier il le félicite sans retenue à l’arrivée. Il n’en est pas de même chez Mercedes où on sent Rosberg tentant tout pour s’imposer. Il s’est montré dur avec Hamilton,… Lire la suite »

augier
Invité
augier

Apparemment, « rendez vous au premier virage » a mis Johnny en colère. Et, dans la nuance et la pondération, Jacques Villeneuve surpasse Nelson Piquet ! Dans le commentaire de l’accrochage Perez-Massa,Frank Montagny a effectivement trouvé les mots justes.

ferdinand
Invité
ferdinand

Dernière chose : les pilotes sont non seulement contraints d’endosser l’uniforme du bon employé mais ils sont aussi infantilisés par des stratégies télécommandées et par les pénalités qui tombent au moindre écart. Qui peut rêver de ces ronds-de-cuir dociles et surpayés?

Dominique Chesnais
Invité
Dominique Chesnais

Je ne suis pas certaine que ce billet de Johnny ait été compris de tous, mais pour ma part je le trouve formidable et si bien écrit!!! 😉

François Blaise
Invité
François Blaise

flèches d’argent Mercedes mènent toujours par 6 0 1 .

Aram SANDERIAN
Invité
Aram SANDERIAN

nous condamnent à un avenir en F1, maîtrisé, policé, voire aseptisé.

linas27
Invité
linas27

Trève d’euphémismes, une F1 bien chiante en somme…