F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Monaco 6

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A en croire Flavio Briatore, la F1 manquait d’excitation depuis le début de la saison. Il a dit qu’elle était trop « plate ». On traduira « sans relief ». Heureusement, selon lui, c’est un peu différent depuis le week-end de Monaco. Parce que Red Bull et Ferrari ont paru amorcer des progrès pouvant laisser présager que les Mercedes en auront prochainement fini avec leurs promenades de santé ? Non bien sûr. Mais en raison de l’antagonisme désormais affiché entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg.

Johnny RIVES

LA F1 A-T-ELLE PRIS DU RELIEF  ?

Déjà, avant d’arriver en principauté, l’Anglais avait tenu des propos aigres sur ce que l’on croyait être un de ses bons copains pour la raison essentielle qu’ils se connaissaient depuis l’époque où ils rivalisaient en karting. Et que, depuis, tout se passait bien entre  eux. Mais en affirmant que, contrairement à Nico, lui Lewis n’avait pas été élevé en enfant gâté et qu’il estimait pour cette raison avoir une plus grande motivation pour gagner en F1, Hamilton disait clairement que s’ils se connaissaient depuis longtemps ils n’étaient pas vraiment des amis.

 Nico Rosberg avait-il le même point de vue sur leur relation ? On n’avait pas cette impression, se souvenant de l’étreinte amicale qu’il était allé donner à Hamilton en mettant pied à terre à Bahrein à l’issue de leur prodigieux duel. Ce geste nous avait fait penser que s’il a hérité de l’adresse et du sens de l’attaque de son père Keke Rosberg, champion du monde de F1 en 1982, Nico n’en a certainement pas le caractère abrupt, pour ne pas dire bourru. Il doit tenir son bon caractère de sa maman.

 Mais revenons à Monaco où, préméditée ou non, l’erreur de Nico manquant son freinage à Mirabeau lors des qualifications a instantanément mis en relief  une rivalité, pleine et entière. Contraint de couper son élan à cause des drapeaux jaunes qui en ont résulté, Lewis a affiché aussitôt sa mauvaise humeur.  Plaçant sans coup férir Rosberg en situation non pas d’accusé mais carrément de coupable.

MÉSENTENTE AVEC ALONSO

Le conflit est désormais établi entre eux, même si les dirigeants de Mercedes F1, à commencer par Niki Lauda, essaient d’arrondir les angles. Un conflit qui nous renvoie en 2007 chez McLaren où Hamilton et Alonso ne se supportèrent pas longtemps. Au point que l’Espagnol écourta son séjour dans cette équipe où Hamilton jouissait des faveurs de Ron Dennis qui l’avait découvert à un très jeune âge – 12 ans ?

A propos du comportement d’Hamilton à Monaco, on retiendra encore autre chose : le reproche adressé par radio, pendant la course, aux responsables de sa voiture qui ne l’avaient pas arrêté au bon moment pour changer de pneus. Or, comme pour Rosberg et la plupart des autres (à l’exception de Felipe Massa) cet arrêt avait eu lieu pendant la seconde intervention de la voiture de sécurité. Mais y avait-il meilleur moment que celui que toutes les équipes avaient choisi ? Car si son changement de roues prit deux secondes supplémentaires, elles furent effacées dès qu’il se retrouva dans le sillage de Rosberg qui roulait au ralenti derrière la « SC », comme disaient les panneaux.

 Heureusement, tout est bien qui a bien fini . Rosberg a remporté cette victoire sans laquelle sa situation au sein de l’équipe Mercedes serait devenue délicate. Et Hamilton aura bien d’autres occasions de le battre et de satisfaire son ego. Cela peut-être dès le prochain G.P. du Canada où les Mercedes devraient dominer leurs rivales plus que nulle part ailleurs. A moins que la pluie ne vienne brouiller les cartes.

PALME D’OR POUR BIANCHI

 Un mot sur les Français avant de quitter Monaco. Parmi eux, une fois n’est pas coutume, le moins brillant des trois, Romain Grosjean, a été le mieux récompensé avec une 8e place inespérée – autrement moins belle que la 8e place obtenue précédemment en Espagne – et les quatre points dont elle est assortie, ce qui a doublé son capital. Si Grosjean a été le moins brillant à Monaco (en grande partie à cause de sa Lotus, inexplicablement hors du coup après ce qui avait été entrevu en Espagne), lequel entre Jean-Eric Vergne et Jules Bianchi fut le plus en vue ?

 Pendant longtemps, ce fut Vergne, tant en qualification qu’en début de course. Mais comme trop souvent, le mauvais sort a fini par lui mettre des bâtons dans les roues. Si bien que la Palme d’Or est finalement revenue à Bianchi.

 Ce tout jeune homme à l’aspect d’adolescent s’est comporté dans le dédale monégasque avec l’assurance d’un vieux briscard. Panachant témérité et retenue avec un authentique talent, il a conduit sa très modeste Marussia avec la maestria d’un champion accompli, très éloigné de l’image du teen-ager timide qu’il peut donner quand il répond aux interviewes. Son grand-père, Mauro Bianchi, qui fut un excellent pilote, peut être fier de lui. Comme l’aurait sans doute été son grand oncle Lucien Bianchi, célèbre pilote d’endurance des années 1960 dont la pointe de vitesse s’était également exprimée en F1. Notamment à Monaco où en 1968, il s’était classé 3e au volant d’une modeste Cooper-BRM, derrière Graham Hill (Lotus) et Dick Attwood (BRM).

 Oui, la F1 a pris un certain relief à Monaco. Mais pas seulement à cause d’une inévitable rivalité intestine. Ricciardo, Vettel, Alonso, Raikkonen et quelques autres nous le rappelleront peut-être bientôt.

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Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

Johnny Rives
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Riquetti

Bonne journée.

Luc Augier

La belle image d’Hamilton lors de ses débuts en 2007 avait précisément commencé à se fissurer à Monaco. Il reprochait à son équipe -qui lui avait imposé une stratégie décalée dans l’éventualité d’une safety car- de l’avoir désavantagé par rapport à Alonso alors qu’il se disait plus rapide que son coéquipier. A cette différence près qu’Alonso, en leader, roulait à son rythme alors qu’Hamilton, dans sa poursuite, eut à plusieurs reprises quelques contacts avec les rails. Quand la brouille a été consommée, après l’épisode de Budapest, les observateurs ont remarqué que lors des parades des pilotes, sur la semi remorque,… Lire la suite »

René Fiévet

Cela m’amène à poser ouvertement une question qui me taraude depuis longtemps: qu’est ce qui empêche de supprimer la communication radio entre le stand et le pilote (qui serait limitée aux panneaux de bord de piste, comme au bon vieux temps) ? J’ai l’impression que cette mesure introduirait une énorme incertitude (que le pilote devrait gérer au mieux de ses possibilités)et rétablirait une forme d’intégrité obligatoire dans le comportement des pilotes. Le problème c’est que Rosberg, dûment et immédiatement renseigné par son stand, savait dans le dernier tour,aux environs de Saint Dévote, que le temps d’Hamilton était encore inférieur au… Lire la suite »

Pierre Ménard

Merci Johnny pour cette fine analyse. J’aurais juste un bémol à ajouter à tes propos lorsque tu parles de « mauvais sort » qui s’acharne sur JEV. Ce n’est pas à toi que j’aurais l’outrecuidance de l’apprendre, mais le « mauvais sort » en automobile, et en sport en général, n’existe pas. Il peut intervenir à une ou deux reprises, mais un pilote qui « les collectionne » doit faire une réelle introspection sur lui-même pour comprendre pourquoi « ça tombe toujours sur lui ». Ca me rappelle furieusement Alesi au début des années 90 lorsqu’il accumulait la poisse chez Ferrari. On disait alors, et moi le premier,… Lire la suite »

Pierre V.

Ce qui est regrettable, c’est qu’une lecture abrupte des résultats fait abstraction de ces faits subis ; en imaginant que la voiture de Kvyat ait été fiable comme lors des autres GP, on aurait mis en exergue sa probable 5ème place, en oubliant que JEV avait été devant tout le weekend, et sans avoir mis sa voiture dans les rails…

Daniel DUPASQUIER

Si Graham Hill n’avait pas été accablé par la malchance en 1967, il aurait pu espérer s’approcher du titre malgré ou à cause de sa toute nouvelle Lotus 49. Or, personne plus que lui n’était doté d’un tel degré de professionnalisme, fin metteur au point qu’il était et estimant à leurs justes mesures tous les contours techniques de sa monture et de son propulseur. Je pense tout de même que la malchance est un élément qui fait parfois partie de la compétition. Combien de victoires ont été confisquées par la cause d’une défaillance d’une pièce à deux balles. Sauf à… Lire la suite »

toots

Cher Monsieur Rives, pourquoi ne pas préciser dans votre billet que l’embrouille survenue en Espagne était une réponse à une mauvaise manière de Rosberg lors d’un grand prix précédent? C’est écrit partout et confirmé par le Team Principal de Mercedes. Je tiens les « liens internet » à votre disposition.

laurent riviere

Bien avant Monaco les petites phrases entre les pilotes Mercedes alimentaient la polémique. Rosberg avait laissé entendre qu’il devait absolument l’emporter ici chez lui et il fit effectivement une très belle course. A Monaco les essais sont passionnants et la course après Ste Dévote l’est souvent beaucoup moins le pilote en tête ne pouvant être doublé. Mercedes en ne décalant pas les ravitaillements avait gelé les positions. Je n’ai pu suivre en direct les essais me trouvant en Allemagne où une vente de souvenirs de Musso provenant de Fiammia Breschi devait avoir lieu. Ce que j’ai vu est un ralenti… Lire la suite »

Alexandre Armandi

« En formule 1, chance et malchance n’existent pas. Cette dernière n’est autre que la somme d’éléments ou de situations que nous n’avons pas su ou pu prévoir. » Enzo Ferrari

Pierre V.

Cela étant, je pense que certains d’entre vous auront peut-être des compléments d’information à apporter quand à sa malchance… ou supposée telle ? Je pense entre autres au GP du Canada et des Etats Unis sur la Lotus 79 qu’il avait marqué de son empreinte, hélas sans victoire à la clé…

Marc Ostermann

Au final, la vraie chance de Jarier ou Amon c’est peut-être d’avoir vécu de leur passion et d’être toujours là pour en parler…