F1 2015 : Le billet de Johnny Rives – Bahrein 4

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FERRARI RELANCE LE SUSPENSE

A l’issue de la belle victoire de Sebastian Vettel en Malaisie (avec 8 secondes d’avance sur Hamilton et 12 sur Rosberg) on s’était pris à rêver qu’enfin les Mercedes avaient trouvé en Ferrari un adversaire à leur hauteur. Deux semaines plus tard, en Chine, ces espérances étaient retombées à plat. Ni Vettel, ni Raïkkonen n’avaient rien pu contre les invincibles « flèches d’argent ». Car si à l’arrivée l’écart était minime entre les unes et les autres c’était simplement dû à l’intervention de la voiture de sécurité tout en fin de parcours. Cela avait gommé un écart conséquent.

Johnny Rives

Les leçons tirées du G.P. de Malaisie devaient-elles être remises en cause ? Beaucoup le pensaient, estimant que les Ferrari restaient nettement plus loin des Mercedes qu’on avait pu le croire à Sepang. Les conditions météorologiques de Malaisie (chaleur étouffante) avaient-elles pipé les dés ?Il ne restait plus alors qu’à guetter le Grand Prix suivant (Bahreïn) pour savoir s’il fallait réellement mettre en berne les espérances nées en Chine… L’intérêt de l’épreuve de dimanche dernier était donc réel. D’autant qu’à l’issue des qualifications les Ferrari avaient remontré le bout de leur nez. Elles avaient jeté le trouble dans le duo Mercedes, Vettel ayant réussi à s’immiscer entre Hamilton et Rosberg. De plus, lors des essais avec des réservoirs alourdis pour estimer la résistance des pneus, le rythme des Rouges n’avait rien eu à envier à celui des Argentées – que ce fut en gommes mixtes ou tendres.Autant de constatations qui ont été tout près d’être confirmées en course. Et cela, bonne surprise supplémentaire, grâce  à Kimi Raïkkonen que les circonstances avaient jusque là condamné à un rôle de faire-valoir. Sebastian Vettel n’étant, somme toute, qu’un être humain il commit à Bahrein deux erreurs dont sut profiter Rosberg avec qui il était aux prises. Heureusement Raïkkonen veillait au grain. Débarrassé du chat noir qui l’avait harcelé lors des trois épreuves précédentes et ayant, en outre, bénéficié au plan des pneus d’une stratégie plus réaliste que ses trois adversaires directs, il fut tout près de rééditer l’exploit réussi par Vettel en Chine. Pour le coup, on veut cette fois croire qu’il ne s’agit plus du leurre que certains avaient cru déceler en Malaisie après la victoire de Vettel. Mais d’une prometteuse réalité.


18697_1591975347708657_8721653698620629829_n.jpgAttention, quand on évoque une stratégie des pneus plus réaliste à l’avantage de Raïkkonen, on n’ira pas jusqu’à affirmer qu’elle fut parfaite. Car vu le rythme auquel avec ses pneus durs plus « frais », entre le 35e et le 40e tour, Hamilton revenait sur le Finlandais alors au commandement, Ferrari aurait certainement été bien inspirée de l’arrêter un ou deux tours plus tôt qu’elle ne l’a fait pour chausser les pneus tendres avec lesquels il acheva la course en trombe. Reparti avec pas loin de 20 secondes de retard sur le leader de la course, Kimi n’échoua finalement qu’à 3’’3 d’une possible ( ?) victoire. Signant au passage un meilleur tour (1’36’’3) l’ayant placé loin devant les Mercedes (1’37’’3 pour Rosberg 1’37’’8 pour Hamilton).Contrairement à Mercedes, quelque peu coincée par son désir de traiter ses pilotes à égalité, Ferrari avait opté pour deux stratégies de pneus différentes entre Vettel et Raïkkonen. Tous deux partis en gommes tendres comme l’ensemble de leurs adversaires (à la seule exception de Maldonado, parti en gommes mixtes) l’Allemand et le Finlandais entamèrent leur deuxième tiers de parcours avec des pneus différents : tendres pour Vettel (comme Hamilton et Rosberg), mixtes pour Raïkkonen. Ce qui ne le pénalisa apparemment pas, comme l’indique le meilleur tour qu’il signa au 20e tour au nez et à la barbe de ses trois rivaux directs – sans doute contraints par précaution de ménager leurs gommes tendres. Ce qui ne fut pas le cas de Kimi en fin de course, sa Ferrari étant alors allégée d’une bonne partie de son carburant. Cela étant, question : les Ferrari ont-elles rejoint les Mercedes en performances pures ?

RENDEZ-VOUS À MONACO
On aurait tendance à répondre par l’affirmative si l’on n’avait vu Vettel dans l’incapacité de venir à bout de Valtteri Bottas en fin de parcours. Après son changement d’aileron avant endommagé lors de son écart sur le bas-côté du 35e tour, Vettel avait repris la piste en 5e position derrière Bottas. On imaginait que ce serait un jeu d’enfant pour lui de déborder la Williams du Finlandais. Mais tel ne fut pas le cas. Bien qu’il ait comblé rapidement les 7 secondes de retard qui l’en séparaient quand il reprit la piste, il fut incapable de lui subtiliser la 4e place. Sur un tour, il était pourtant globalement plus rapide d’une seconde et demie. Mais les accélérations de la Williams-Mercedes étaient tellement meilleures que celles de la Ferrari qu’à chaque fin de ligne droite Bottas avait trop d’avance pour que Vettel puisse l’attaquer au freinage. C’est ainsi qu’il dut se contenter de la 5e place.Malgré les énormes progrès accomplis dans tous les domaines, il semble bien que les Ferrari ont encore à gagner au plan des moteurs avant d’être considérées comme d’indiscutables rivales des Mercedes. Au prochain Grand Prix (Barcelone) cela jouera en leur défaveur. Mais qu’en sera-t-il au Grand Prix suivant ? A Monaco, le 24 mai, ce sera sans doute une autre histoire. Notez bien cette date !
RASSURANT GROSJEAN

Un mot sur les « seconds couteaux » avant d’en finir avec ce G.P. de Bahreïn : félicitations à l’opiniâtre Daniel Ricciardo pour son inespérée 6eplace… au prix d’un troisième (?) moteur Renault parti en fumée. Félicitations aussi à Romain Grosjean, de nouveau dans les points au terme d’un effort bien plus rassurant pour le Team Lotus que ceux que produit l’inconstant Maldonado. On adressera aussi des félicitations à Sergio Perez. Ce Mexicain n’a pas son pareil en F1 pour épargner ses pneus. Ce qui lui a permis ici, en se classant 8e, de faire mieux que des pilotes disposant de meilleures voitures que sa Force India.Et un dernier mot sur les Toro Rosso, qui semblent avoir perdu toutes les vertus que l’on avait entrevues en Chine (Verstappen 8e, Sainz 9e). Faut-il voir en ce glissement vers le bas le trop jeune âge des deux pilotes, en possibles difficultés pour guider leurs techniciens dans le développement de F1 qui semblent régresser ? On patientera encore quelques Grands Prix avant de répondre à cette question. Mais elle est posée.

 
Illustrations :
Kimi Raikkonen – Ferrari Bahrein 2015 @ DR
Johnny Rives – Pendant bahrein 2015 @ Lysiane Rives

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Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

Johnny Rives
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olivier

Johnny Rives – Pendant bahrein 2015 @ Lysiane Rives

excellent cette photo du poête en action !
tout est dit et bien vu ;
le cahier de notes, mais plus de spirales !
Écrit par : marc | 21/04/2015

olivier

Très juste résumé, cher Johnny. Il faut bien reconnaître que, si Ferrari (ou éventuellement Williams ou une autre équipe) ne vient pas jouer les trouble-fête vis-à-vis de Mercedes, nous risquons de vivre un Championnat du Monde 2015 très, très ennuyeux. Et que, si Rosberg ne se ressaisit pas, Hamilton risque de s’envoler vers un nouveau titre de Cahmpion du Monde dépourvu de panache. A vaincre sans péril, comme disait l’autre… vous connaissez la suite. Cela dit, cette fois, si Vettel a commis des erreurs, Raikkonen a su nous rappeler quel excellent pilote il était – ou est encore ? Un… Lire la suite »

olivier

Dernière rumeur, Mercedes aurait aidé Ferrari (côté moteur avec ralentissement du développement chez Mercedes et transfert d’un ingénieur moteur…) ce qui expliquerait que les deux écuries soient pour un gel de la réglementation actuelle jusqu’en 2017. Bernie, impayable, souhaite la cohabitation de V8 atmos et du V6 turbo pour 2016. En attendant je rejoins Johnny au sujet de Monaco. Au fait Monaco, 9 mai, premier Grand Prix Formule « e »… Envie d’aller voir ça. Aussi.
Écrit par : Olivier Rogar | 25/04/2015

olivier

Tu es trop sensible aux « rumeurs » (?), cher Olivier.
Écrit par : Johnny Rives | 27/04/2015