F1 2015 : Le billet de Johnny Rives – Singapour 13

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LA MONTAGNE ET LA SOURIS

On allait enfin assister au Grand Prix que l’on guettait depuis le début de la saison. Pensez ! Avec Vettel et sa Ferrari en pole position et les Mercedes rejetées en troisième ligne au départ, il y avait de quoi saliver. La bataille serait pleine d’incertitude. Hamilton et Rosberg allaient probablement retrouver leurs atouts le jour de la course. Conséquence : les Ferrari et les moteurs Renault pourraient difficilement tenir les promesses affichées aux essais…

Johnny RIVES

Après la ruée vers le premier virage, la hiérarchie des essais était intacte, personne ne s’étant fourvoyé au moment d’embrayer. Vettel, Ricciardo et Raïkkonen conduisaient le bal devant les Mercedes bien placées pour réagir. Soixante et un tour et deux heures plus tard, Vettel, Ricciardo et Raïkkonen occupaient encore les trois premières positions, monopolisant le podium sans jamais avoir craint autre chose qu’une défaillance de leurs F1 respectives.

Si Red Bull avait misé sur une stratégie différente pour contrer Ferrari, la voiture de sécurité en avait décidé autrement. Les deux neutralisations qu’elle entraina (12e-18e tours, puis 36e-39e) invitèrent les principaux protagonistes à effectuer de conserve leurs changements de pneus. Et à reprendre la piste dans un ordre inchangé.

Voilà comment, finalement, la montagne a accouché d’une souris. La course n’a été pimentée par aucun coup de théâtre. Aucune incertitude. Les seules animations il a fallu aller les chercher dans l’arrière garde. Où les Toro Rosso, et particulièrement celle du prometteur Verstapen, ont tenté de maintenir le public en éveil. Un public qui attendait beaucoup plus. Beaucoup mieux.

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LES MACHINES. – Qu’a-t-il bien pu arriver aux Mercedes ? Surchauffe excessive des pneus arrière, difficulté à mettre les pneus avant en température, d’où manque total d’efficacité, tel était le bilan après les essais. « On ne comprend pas ce qui se passe », disaient en substance aussi bien Hamilton que Rosberg. Aussitôt a surgi chez nombre d’observateurs l’idée que cette étrangeté était due à la récente restriction règlementaire concernant une mesure mieux circonstanciée des pressions de pneus. « Peut-être, a suggéré Alain Prost dans l’émission de Margot Laffite, mais je ne suis pas totalement convaincu. »

Symbolisant le surplace des F1 allemandes, un événement peu ordinaire s’est ajouté à ce manque de performance : la panne ayant conduit Hamilton à abandonner. Cela laissait la seule Mercedes de Rosberg en piste, lequel s’est contenté d’une modeste 4e place ne lui ayant pas permis de faire le bond au championnat du monde qu’il aurait pu espérer avec le retrait de son équipier. Dont l’avance est toujours confortable au championnat au point que, même s’il abandonnait à Suzuka prochainement, il resterait en tête de la course au titre au soir du GP du Japon. On verra bien, sur ce circuit autrement plus  probant que celui de Singapour, si les difficultés des Mercedes étaient circonstancielles. Ou si, à l’inverse, le mal est plus profond et tient à une utilisation « limite » des pneus auquel Mercedes ne peut plus recourir à cause du nouveau règlement.

LES HOMMES. – L’aspect le plus positif de ce GP de Singapour est de nous avoir rappelé le réel talent de Sebastian Vettel. Celui-ci a magistralement dominé la course, distançant à sa guise le revenant Ricciardo dès que cela lui paraissait nécessaire. Puis contrôlant la situation en épargnant sagement sa mécanique et ses pneus – ce qui permit à l’Australien de lui souffler le meilleur tour en course pour 2/100 de seconde ! Les épreuves précédentes avaient mis en évidence un autre talent, celui d’Hamilton. Singapour a permis de constater qu’entre ces deux champions l’écart est difficile à mesurer. En tout cas, ils ont en toute certitude pris l’un et l’autre le pas sur leurs équipiers respectifs. Raïkkonen a révélé que pas un instant, même aux essais quand il s’était hissé en 2e position, il n’avait été à l’aise au volant de sa propre Ferrari. Ajoutant qu’il ne s’était jamais senti en mesure de faire mieux que Vettel. Ou même, plus modestement, de rivaliser avec Ricciardo pour la 2e place.

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Si l’on voulait s’amuser aux tops et aux flops pour ce GP de Singapour, on placerait Max Verstapen à hauteur de Vettel et Ricciardo dans la première catégorie. En ce qui concerne les flops, les Marussia sont à leur place habituelle. En plus de leurs performances misérables, elles ont étonné en ne profitant pas de l’occasion de regagner un tour de retard comme cela leur avait été règlementairement offert lors d’une intervention de la voiture de sécurité. On y ajoutera Pastor Maldonado coupable d’un mauvais tacle sur Jenson Button. Ce geste incorrect n’a pas empêché Lotus de lui renouveler sa confiance pour 2016. Mais que sera Lotus en 2016 ?

Illustrations ©DR

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Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

Johnny Rives
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olivier

Cher Johnny,
l’on s’ennuie de plus en plus… Enfin c’est mon humble avis, même sur un circuit « tourmenté », peu de dépassements…Tout le monde « reprends » sa place suivant le « matériel » dont il dispose, hors une contre-performance manifeste des Mercédès, mais celà n’est pas du « sport »… A quand les F1 « tout electrique » pour trouver le sommeil si l’on a fait une mauvaise nuit…
Écrit par : François Libert | 21/09/2015
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olivier

Que de regrets pour Alonso de voir Ferrari renouer rapidement et impeccablement avec la victoire. Une fin de carrière difficile pour ce champion si Honda n’applique pas impérieusement la méthode Macchione . di Montezemolo parti, Macchione un nom inconnu de la F1 mais gestionnaire pragmatique qui a su mettre les gens compétents là où il fallait et la prestigieuse écurie qui n’a jamais pu donner le titre à Alonso se redresse de façon spectaculaire. Elle n’est probablement pas encore au niveau de Mercedes mais au train où vont les choses tous les espoirs lui sont permis. Pour les pilotes même… Lire la suite »

olivier

Excellent GP. La nuit, la touffeur, les bruit assourdis, tout ça nous mettait dans un état de relaxation complet (Votre corps est lourd vous êtes baigné dans une lumière orangée). Excellent départs très propres (On avait mis un pense bête sur les palettes de Kimi et des allumettes sur les paupières) On a d’ailleurs pu voir les réflexes de Romain. Après je confesse c’est un peu flou, Jérôme m’a réveillé en me proposant un autre verre de vin (J’ai pu voir lors d’un bref moment d’insomnie plus tard que lui même avait cédé à la douceurs des choses). En revanche… Lire la suite »

olivier

Je vois, pardon, je lis que je ne suis pas le seul à… m’assoupir ! Les « Grands Manitous » sont-ils entrain de tuer la Formule « Reine », la F 1 ?
Écrit par : François Libert | 22/09/2015
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olivier

Erratum au lieu de résilier il faut lire résigner et « copier/coller »
Écrit par : patricelafilé | 23/09/2015

olivier

Alors que je ne suis pas – loin s’en faut – un adepte des thèses conspirationnistes en vogue par ailleurs, je suis de plus en plus enclin à penser – sans preuve, juste quelques indices – que la F.1 est un spectacle plus proche du ctach que de la boxe. Tous les acteurs y trouvant leur compte, difficile d’en fournir quelque preuve. sauf quand on a pour papa Nelson Piquet qui n’avait pas et n’a toujours pas besoin de la F.1 pour vivre très confortablement… D’autant que les CV des tauliers sont éloquents. J’dis ça, j’dis rien. 😉 Écrit par… Lire la suite »

olivier

Il y quelques décennies une émission se déroulait le dimanche matin sur FRANCE 2 pour un réveil tonique . Maintenant on a la F1 les dimanches après midi pour récupérer d’une semaine de labeur, cela permet récupération par siestes, réveils en douceur et sentiment de bien être au bout de 2 heures. Je souhaite quand même que l’écriture de Johnny Rives persiste sur les « replays » de cette discipline, en espérant que par lassitude il ne succombe à la résiliation de « papier/coller ».
Écrit par : patricelafilé | 22/09/2015
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