8 janvier 2024

DNF 2023

Et voilà le « marronnier » de janvier sur Classic Courses : DNF l’hommage nécessaire aux disparus (DNF) de l’année qui vient de se terminer.
Par Olivier Favre

Ouvrons cette traditionnelle revue des DNF par un homme qui s’est éteint à 102 ans le 8 avril dernier : l’Anglais Kenneth McAlpine (photo d’ouverture) n’était autre que le doyen des pilotes de Grand Prix. Il en disputa sept entre 1952 et 1955 au volant de Connaught, une marque dont il était le principal financeur.

Trois autres pilotes de F1 nous ont quittés cette année :

Jean-Pierre Jabouille (55 GP, 2 victoires), qu’on ne présente plus. CC lui a rendu hommage dans les jours suivant son décès – https://www.classiccourses.fr/magazine/jean-pierre-jabouille/

– le Suédois Slim Borgudd (10 GP en 1981-82), qui était également connu comme batteur. Il avait notamment participé à des enregistrements du groupe ABBA dont il portait les couleurs sur les flancs de son ATS en 1981. Il se reconvertit plus tard, avec davantage de succès, dans les courses de camions.

– le Sud-Africain Basil van Rooyen, qui participa deux fois à son grand prix national, en 1968 et 69.

DNF 2023
Slim Borgudd et Basil Van Rooyen – © DR

DNF dans d’autres baquets

Restons dans les baquets des monoplaces pour évoquer les disparitions de :

Michel Ferté, dont le beau parcours dans les formules de promotion (champion de France F3 et vainqueur à Monaco F3, plusieurs podiums en F2 et F3000) semblait le destiner à la F1. Mais il ne put dépasser le statut de pilote d’essai chez Ligier. On le vit ensuite régulièrement au Mans (2e en 1991 sur Jaguar) et sur la glace du Trophée Andros.

– le Brésilien Gil de Ferran, vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis en 2003. Il fut ensuite directeur sportif en F1, de Honda (2005-2007), puis de McLaren (2018-2021).

Bill Vukovich II, qui participa 12 fois aux 500 Miles d’Indy. Il y fut Rookie of the year en 1968 et termina 2e en 1973. Il portait le même nom que son père (double vainqueur à Indy) et son fils (Rookie of the year 1988), tous les deux morts en course.

DNF 2023
Michel Ferté et Bill Vukovich II – © DR

Herbert « Mickey » Rupp, pilote amateur ayant disputé les 500 Miles d’Indy en 1965. Il était plus connu pour son entreprise de l’Ohio spécialisée dans la production de motos, motoneiges et autres véhicules de loisirs.

Dilano Van’Hoff, tout jeune (même pas 19 ans) espoir néerlandais victime d’une collision en chaîne lors d’une épreuve de Formule Régionale Europe à Spa le 1er juillet dernier.

DNF patrons d’outre-Rhin

Coïncidence, à quelques semaines d’intervalle ont disparu trois figures notables du sport automobile allemand. Toutes les trois étaient étroitement liées à un constructeur d’outre-Rhin :

– il y eut d’abord en juillet Erich Bitter, qui construisit des voitures de sport à son nom sur base Opel. Mais il fut avant cela, dans les années soixante, pilote d’usine chez Abarth (8e place à la Targa Florio 1969) et créateur d’une marque bien connue – Rallye-Bitter – d’équipements, vêtements et accessoires pour voitures et pilotes.

– puis en octobre fut annoncée la disparition de Burkard Bovensiepen, qui créa Alpina en 1965. Dans bien des occasions, les voitures préparées dans la petite ville de Buchloe et souvent pilotées par de grands noms (Ickx, Bell, Hunt, …) apportèrent un soutien efficace aux BMW officielles. Aujourd’hui Alpina est synonyme d’excellence et de performances pour tout amateur de la marque de Munich.

– et en novembre c’est Erich Zakowski qui a tiré sa révérence après une vie principalement placée sous le patronage de Ford. Qui ne se souvient des monstrueuses Capri Zakspeed du début des années 80 ? Encouragé par ses succès, Zakspeed se lança en F1 en tant que constructeur à part entière (châssis et moteur). Mais à l’époque des turbos la marche était bien trop haute. L’aventure dura 5 saisons (1985-89) et se solda par les deux malheureux petits points d’une 5e place.

DNF Allemagne
Erich Bitter, Burkard Bovensiepen et Erich Zakowski – © DR

Autres dirigeants DNF

Continuons chez les patrons, chefs d’écurie et autres dirigeants pour évoquer la mort de :

Edmond Ciclet, qui débuta comme mécano dans les années cinquante. Il devint ensuite le spécialiste français des Lamborghini.

Jean Egreteaud, d’abord pilote polyvalent (rallyes, côte, Le Mans) puis concessionnaire Porsche près de Bordeaux.

– l’Italien Corrado Provera, qui fut directeur de la communication chez Peugeot dans les années 80. Puis patron de Peugeot Sport lors des titres mondiaux de la 206 WRC et de Marcus Grönholm au début des années 2000.

– le Britannique David Price, qui fonda en 1976 le David Price Racing (F3 et F1 Aurora) avant de poursuivre en endurance (les Porsche 956-962 de Richard Lloyd, puis les Sauber Mercedes, les McLaren du BPR et les Panoz dans les années 90).

– l’Américain Reeves Callaway, qui fut d’abord pilote et instructeur à l’école de pilotage de Bob Bondurant, avant de se faire connaître avec ses Corvette très spéciales, dont on vit plusieurs exemplaires aux 24 Heures du Mans entre 1994 et 1997.

DNF des sport-protos

Puisque nous sommes dans l’endurance, évoquons d’autres DNF par ordre chronologique de leurs engagements d’époque :

– David Skailes, un Anglais qui débuta très jeune avec des Aston Martin (DB4 GT, DB4 GT Zagato), avant de faire quelques courses nationales et internationales avec David Piper et une Ferrari 250 LM en 1967-68. Passant le relais à son frère Ian (une participation au Mans en 1970), il se retira très jeune pour se consacrer aux affaires familiales, notamment dans l’agro-alimentaire (fromages et produits laitiers).

Roy Pierpoint, que l’on vit ponctuellement en sport-protos. Mais ce Britannique était d’abord spécialiste des « saloon cars », notamment au volant de grosses américaines (Mustang, Falcon, Camaro). En 1965 il gagna le championnat anglais toutes catégories avec une Mustang préparée par Alan Mann.

Joe Buzzetta, un Américain intégré dans l’équipe d’usine Porsche de la seconde moitié des sixties. Ce qui lui valut de gagner les 1000 km du Nürburgring en 1967 avec Udo Schütz. Il se retira fin 69 pour gérer ses différentes concessions automobiles.

Gianfranco Palazzoli. Après avoir débuté à moto, cet Italien passa sur quatre roues. Comme nombre de ses compatriotes, il courait sous un pseudo, en l’occurrence « Pal Joe ». On le vit entre autres souvent à la Targa et aux 1000 km de Monza (5e en 1972 avec une Pantera). Puis, cet excellent pongiste s’impliqua dans la gestion de plusieurs teams en F1 (Merzario, Osella, Tyrrell, Alfa Romeo, Toleman). Il fut ensuite commentateur des grands prix pour la RAI, la télévision nationale italienne.

DNF
Joe Buzzetta et Gianfranco Palazzoli – © DR

Eugenio Renna, un Sicilien qui courait lui aussi sous un pseudo, « Amphicar ». Evidemment, on le vit beaucoup à la Targa Florio. Il la gagna en 1976 (Osella-BMW), alors que la classique sicilienne en était à son avant-dernière édition.

DNF des sport-protos -suite

René Herzog, un Suisse que l’on vit avec son compatriote Herbert Müller au volant de Ferrari 512 M. Et une fois au Mans en 1972 (BMW 2800 CS Schnitzer).

– l’Italien Giancarlo Gagliardi pilota lui aussi des Ferrari 512 S et M, celles de la Scuderia Filipinetti. On le vit aussi beaucoup en F3 et F2 entre 1966 et 1972.

Eddie Wachs, un homme d’affaires américain passionné de vitesse qui débuta en 1973 en IMSA. Il vint une fois aux 24 Heures du Mans (en 1976 avec l’impressionnante Chevrolet Monza). Plus tard, il s’associa avec son ami Paul Newman pour créer le team Newman Wachs dans la catégorie Champ Car Atlantic, dernière formule permettant d’accéder à l’Indycar.

Dennis Aase. Ce pilote américain habitué de l’IMSA vint lui aussi une fois au Mans en 1977 (20e sur Porsche Carrera).

Roger Dorchy. Ce Normand participa 13 fois aux 24 Heures du Mans, sur Porsche et WM (4e en 1980 avec Guy Fréquelin). Pour tous les férus de cette course, son nom reste associé à un record légendaire qui ne sera a priori jamais battu : 407 km/h (1) dans la ligne droite des Hunaudières le 11 juin 1988.

George Fouché, un Sud-Africain très précoce puisqu’il prit le départ des 1000 km de Kyalami 1983 à 18 ans et demi (Porsche Kremer CK5). On le vit ensuite essentiellement au Japon et en Europe. Il y accumula notamment une belle série de places d’honneur au Mans : 7 fois dans les 8 premiers (dont trois 4e places) en 13 participations, sur Porsche et Toyota.

DNF endurance
Roger Dorchy et George Fouché – © DR

DNF ingénieurs et mécanos

Du côté des ingénieurs et techniciens, les DNF de l’année sont :

– Giotto Bizzarrini, une légende de l’automobile italienne et peut-être le dernier grand témoin de ce qu’était la Scuderia Ferrari dans les années cinquante. Il y fut le maître d’œuvre des Testa Rossa, 250 GT et de l’immortelle 250 GTO. Quittant Ferrari en 1961 avec Chiti lors de la célèbre « révolution de palais », il créa le premier moteur des Lamborghini. Puis les Iso-Rivolta motorisées par des V8 américains. Il fonda ensuite sa propre marque à son nom, avant d’offrir ses services de consultant à plusieurs constructeurs.

Serge Granjon, l’un des animateurs-fondateurs de la marque GRAC.

John Wickham, qui débuta sa carrière chez Surtees avant de poursuivre chez March. Ensuite, il créa Spirit avec l’appui de Honda, qui utilisa cette structure artisanale pour faire son retour en F1 en 1983. On le vit ensuite chez Arrows, puis en endurance chez Audi et Bentley et à nouveau en F1 chez Lotus-Renault.

François Castaing. Ingénieur issu des Arts et Métiers, il fut l’un des maîtres d’œuvre de l’arrivée en F1 de Renault en 1977. Il poursuivit sa carrière aux Etats-Unis comme directeur de l’ingénierie puis des produits chez American Motors puis Chrysler.

Ingénieurs
François Castaing et Giotto Bizzarrini – © DR

David Lazenby, qui fut l’un des mécanos de Jim Clark chez Lotus.

Jean-Pierre Oberson, mécanicien inséparable de la carrière de Jo Siffert.

DNF des rallyes

Passons des circuits aux rallyes avec les disparitions suivantes :

Patrick Vanson, gentleman-rallyeman étroitement associé à Citroën et à la DS, ainsi qu’aux longs raids des années 60 et 70. Il se classa notamment 7e (premier amateur et premier français) du Londres-Mexico 70 et 6e du Londres-Sahara-Munich de 1974.

Jean-Marie Jacquemin, un Belge qui fut pilote officiel Renault puis Alpine. Il participa aussi aux 24 Heures du Mans (911 et Pantera), avant de créer à Lille Jacquemin Tuning, une florissante entreprise de distribution de pièces spéciales importées d’outre-Manche puis des Etats-Unis.

Amilcare Ballestrieri, d’abord motard dans sa jeunesse, puis l’un des meilleurs rallyemen italiens des années 70 (champion d’Italie 73 sur Lancia Fulvia HF). Ses deux victoires les plus marquantes sont le rallye San Remo 72 (Fulvia) et la Targa Florio 74 (Stratos), alors que la course sicilienne venait de sortir du championnat du monde des marques.

DNF rallyes
Jean-Marie Jacquemin et Amilcare Ballestrieri – © DR

Rosemary Smith, une rallyewoman irlandaise. Elle gagna notamment le rallye des Tulipes en 1965, ainsi que plusieurs coupes des Dames, avant de fonder une école de conduite.

Marie-Odile Desvignes, qui fit partie de la fameuse équipe féminine Aseptogyl de Bob Neyret dans les années 70.

Ken Block, un Américain touche-à-tout des sports mécaniques, dont le rallye classique et le rallycross. Et la motoneige, discipline dans laquelle il a trouvé la mort il y a un an.

Craig Breen, rallyeman irlandais qui, comme le jeune Dilano Van’t Hoff, a démontré que, malgré les immenses progrès réalisés ces trente ou quarante dernières années, le sport automobile reste une activité dangereuse. Il monta 9 fois sur le podium en WRC (Citroën, Ford, Hyundai). La dernière au rallye de Suède 2023, peu avant son accident mortel lors d’essais privés préalables au rallye de Croatie.

DNF rallyes
Rosemary Smith et Craig Breen – © DR

Autres disparus

Terminons dans le désordre par les DNF suivants :

– le doublement pilote Régis Fraissinet : pilote de chasse et pilote auto (courses de côte et 24 Heures du Mans notamment – souvenez-vous de l’Iso Grifo de 1965).

– le pilote normand Bernard Lagier qui fut le vainqueur de la coupe Gordini en 1969.

– l’Américain Cale Yarborough, l’un des rois de la NASCAR dans les années 70. Il gagna notamment trois titres successifs en Winston Cup (1976 à 78), aux dépens notamment de Richard Petty. On le vit aussi à Indy et même au Mans en 1981 (Chevrolet Camaro).

Ian Scott-Watson, l’ami et le manager qui fut à l’origine de l’extraordinaire carrière de Jim Clark.

– le journaliste et auteur Antoine Prunet. Ses livres consacrés à Ferrari furent il y a 40 ans parmi les premières briques de la culture automobile en formation de votre serviteur.

– le journaliste et photographe suisse Christian Borel.

– le chanteur et comédien Guy Marchand, passionné de bagnoles et membre éminent du Stars Racing Team de Moustache.

DNF 2023
Christian Borel et Ian Scott-Watson – © DR

Un homme de records

Enfin, disons quelques mots d’un héros américain dont le Sonic 1 de 1965 alimenta mon imaginaire d’enfant. Cet homme s’appelait Craig Breedlove et il était de l’étoffe de ses contemporains astronautes, les Glenn, Armstrong ou Aldrin. Mais son Graal à lui se situait à l’horizontale, sur le plancher – salé – des vaches. Dans les années soixante, Breedlove se mit en tête de reprendre le record de vitesse terrestre aux Britanniques. Il y parvint le 5 août 1963 à Bonneville avec un engin à trois roues – le Spirit of America – qui ouvrait l’ère des véhicules à réacteur d’avion. S’ensuivit un duel de légende avec le bricoleur génial Art Arfons. En un peu plus de deux ans, le LSR (Land Speed Record) fut battu 9 fois et progressa de plus de 300 km/h (de 655 à 966 km/h).

Puis, après une pause de plus de 20 ans, Breedlove se mit en quête du mur du son dans les années 90. Sans résultat si ce n’est le privilège d’être sorti indemne de l’accident le plus “vite” de l’histoire : perte de contrôle à presque 1100 km/h ! Contre toute probabilité, cet homme hors série est mort dans son lit à 86 ans le 4 avril dernier. Il méritait tout particulièrement que je m’attarde un peu sur son cas.

Breedlove - LSR
Craig Breedlove et le Spirit of America Sonic 1 – © DR

NOTE :

  • La vitesse mesurée fut bien de 407 km/h. Mais Peugeot (le motoriste de WM) réduisit la marque à 405 pour la faire coïncider avec le matricule de sa berline lancée un an plus tôt.

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