8 juillet 2021

Carlos Reutemann (1942-2021)

Grand Prix d’Argentine 1995, Carlos Reutemann dans le cockpit de la 412T, en discussion avec Jean Todt © DR

La Ferrari 412T fit quelques tours du circuit Oscar Galvez de Buenos Aires à vive allure sous les applaudissements nourris des spectateurs. Puis elle rentra aux stands, où son pilote se saisit d’un drapeau argentin et revint sur la piste pour une boucle supplémentaire, l’étendard national haut brandi sous les vivats de la foule extatique. Nous étions en avril 1995 pour le Grand Prix de Formule 1, et ce pilote n’était là que pour la parade : le gouverneur de la province de Santa Fe avait répondu avec enthousiasme à l’invitation de Jean Todt de venir tourner sur une monoplace de la Scuderia Ferrari, sur laquelle on avait exceptionnellement « stické » un numéro 11. Comme au bon vieux temps où Carlos Reutemann disputait le championnat du monde pour l’auguste maison, soit dix-sept ans auparavant.

Malgré l’âge, le gouverneur Reutemann prouva ce jour-là que son coup de volant était, sinon intact, du moins crédible. Et afficha ouvertement un plaisir immense à conduire ce qui se faisait de plus excitant en matière de voiture de course. Puis, il évoqua sans détour ses sentiments, dont celui – toujours bien tenace – de l’amertume de ce sacre envolé pour un malheureux point face à Nelson Piquet en 1981 lors de la dernière manche à Las Vegas, alors qu’il avait mené la danse durant toute la saison (1). Mais il pouvait se retourner avec fierté sur son passé : dix saisons à piloter pour les plus grandes écuries avec 12 victoires à la clé, ce n’était pas donné à tout le monde !

Carlos Reutemann fut une des figures marquantes de ces années soixante-dix, et début des quatre-vingt. Il était celui qui devait succéder dans l’amour du public argentin à l’éternel Fangio. Il avait le charisme, le talent, les compétences techniques. Une gueule, une prestance comme on n’en fait plus ! Il brillait en Formule 1, sa spécialité, mais savait aussi partager un baquet : son parcours en endurance fut bref – Ferrari en 1973, Alfa Romeo en 1974 – mais ponctué de quelques podiums. Il tâta également du rallye. A ses tout débuts dans les années soixante sur les pistes poussiéreuses de la pampa, mais aussi plus tard à un haut niveau, sur Fiat et Peugeot. C’est d’ailleurs lors du Rallye d’Argentine 1985, disputé sur une 205 T16 officielle avec une belle 3e place à la clé, que Todt et Reutemann avaient tissé des liens qui autoriseraient dix ans plus tard les retrouvailles évoquées plus haut.

De toutes les écuries qu’il a fréquentées, c’est finalement chez Ferrari qu’il fit le plus étalage de ses belles qualités de pilote. Notamment en 1978 en enlevant quatre grands prix au volant d’une 312T3 conventionnelle face aux intouchables Lotus 79 à effet de sol. Lors d’une interview pour feu le magazine Automobile Historique, l’ingénieur Mauro Forghieri se rappelait avec délice sa collaboration avec le bel Argentin : « C’était un très bon pilote, il faut le répéter […] Pour moi, le passage de Carlos reste un bon souvenir. C’était un homme très bien, possédant un niveau culturel intéressant. C’était un gentleman, il venait d’une famille de haut niveau. Avec lui, on pouvait parler de voiture, mais aussi d’autres choses. Avec d’autres, on ne pouvait parler que de voiture et d’avion, vous voyez ». Cette belle entente justifiait certainement que Carlos Reutemann répondît favorablement à Jean Todt en 1995 à Buenos Aires. Adios Carlos.

NOTE (1) Pour essayer de faire court, Reutemann commit l’erreur fatale en début de saison 1981 de gagner le grand prix du Brésil devant son coéquipier champion du monde en titre chez Williams, Alan Jones, clairement désigné par contrat comme numéro 1. L’Argentin se mit alors à dos la quasi-totalité de l’équipe, qui ne fit pas grand-chose pour l’aider en fin de parcours dans sa quête de la couronne mondiale, Jones étant pourtant hors course à ce moment-là.

Pierre Ménard

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