Sport et Collection
11 juin 2023

Sport et collection

500 Ferrari contre le cancer

C’est cette année à Rétromobile que Jean-Pierre Doury nous convainquît d’assister à l’évènement qu’il organise depuis 30 ans sur le circuit du Val de Vienne : Sport et Collection, 500 Ferrari contre le cancer. 

Sport et Collection est né de l’idée de faire connaitre ce circuit en y accueillant un évènement spectaculaire et caritatif. D’abord soutenu par un fort réseau, JP Doury rassembla une trentaine de Ferrari, puis une centaine et poussé par le gout du challenge, il annonça 500 sans y croire vraiment et c’est près de 600 qu’aujourd’hui l’organisation rassemble.

Jean-Paul Orjebin

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Ferrari 512 BB © Jean-Paul Orjebin

Ces dernières années, Sport et collection réussit à collecter environ 400 000 € par édition et l’on peut compter sur la somme de 6 000 000 d’euros en cumul depuis la création qui iront directement dans les caisses des chercheurs cancérologues du CHU de Poitiers.

C’est chaque année l’occasion pour les propriétaires de Ferrari (mais pas que) de se retrouver dans cette belle campagne française et de partager leur passion avec plus de 30 000 spectateurs.

La présence cette année de la Patrouille de France et du Rafale était aussi un atout majeur.

McLaren CanAm © Jean-Paul Orjebin

Pour nous, c’était l’aubaine de recréer le climat, l’ambiance, les couleurs, le langage, la musique des moteurs de Maranello au cœur de la France, la Motor Valley… dans le Poitou.

Une folle quantité de Ferrari modernes dont le bruit feutré étonne toujours lorsqu’elles vous frôlent au ralenti et le déchainement des anciennes quand elles maintiennent le régime ou quand simplement leur pilote se fait plaisir à laisser chanter le V12.

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Ferrari 275 GTb © Jean-Paul Orjebin
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Ferrari F40 © Jean-Paul Orjebin

Attention, Sport et Collection n’est pas une expo statique, ce n’est pas la visite d’un parking de luxe, tout le monde a ses tours de gloire sur le circuit et peu s’en privent.

Une partie du Paddock est réservée à ce qui nous intéresse le plus ici, les voitures de Courses et leurs pilotes.

Ligier JS21 1983 – © Jean-Paul Orjebin
Ferrari 512 LM © Jean-Paul Orjebin
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Ferrari 312T – Ex Clay Regazzoni – 1976 © Jean-Paul Orjebin
Matra MS 80 1969 © Jean-Paul Orjebin

Nous rencontrerons d’abord Roberto Farneti, ex pilote F2. Roberto vit à Ravenne, grand ami des frères Brambilla, il est venu au Vigeant avec sa March 761 celle que Vittorio a pilotée lors de la saison 1976 évidemment dotée comme à l’époque d’un bon vieux Cosworth, un des deux utilisé en 76, révisé, entretenu, réglé parfaitement. Même si Roberto ne lui tire pas dessus comme pouvait le faire sans vergogne le « Gorilla da Monza », il lui apporte des sensations uniques. Il peut faire la différence avec l’autre auto qui est dans son garage, plus légère, et moins brutale, une March F2 732 ex Brambilla également. Un fidèle en amitié Roberto.

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Roberto Farneti et sa March 761 © Jean-Paul Orjebin

Les Italiens s’étaient groupés et occupaient les stands voisins, c’était ainsi simple pour nous de passer des uns aux autres et de se penser à Monza. Le voisin, c’est Roberto Crippa , Milanais bon teint, l’œil rieur, nous aurons une belle conversation juste au sortir de sa Ferrari 340 MM . Habitué de Sport et Collection, il vient maintenant en ami, la musique de son V12 Lampredi est devenue familière dans la Val de Vienne. Rare auto puisque seulement six 340 MM spider furent construites, quatre carrossées par Vignale et deux par Touring. Celle qui nous intéresse, châssis 294 AM est une Touring, ou plutôt, était une Touring car son histoire est peu banale.

Ce 12 février 1953, comme souvent à Maranello, tout démarre lors d’un déjeuner de travail au Cavallino, à l’ordre du jour la préparation des 1000 Miglia, Enzo Ferrari fort de ses victoires aux deux dernières éditions engage trois 340 MM et il faut les motoriser pour la gagne, il lance un brin provocateur : « Alors Lampredi, réussirez-vous à nous fournir un moteur capable d’être devant tout le monde comme les précédents ».  Malin, le Livournais répondit : « Il s’agit d’un poulain racé, il lui faudrait des jockeys expérimentés »

Ferrari ne lésina pas et engagea pour l’occasion Villoresi, Castelloti et Farina. Aucun ne rejoindra Brescia, Villoresi pilotait celle que nous avons sous les yeux et dont le moteur cliquette élégamment en se refroidissant, il abandonnera sur bris de différentiel dans les faubourgs de Ravenne donc au premier quart de la course. Ferrari un tant soit peu dépité par cette hécatombe devra se contenter de la victoire d’une 340 MM client, celle de Marzotto, il dira en dialecte de manière laconique « Caccia via ! », que l’on pourrait traduire par « C’est déjà ça ! ».  

Cette auto gagnera le Daily Express Trophy , Mike Hawthorn au cerceau et sera vendue à l’écrivain  gentleman driver Hans Ruesch né à Naples et installé en Suisse .

Entre deux bouquins, Hans, qui avait arrêté la compétition au début de la guerre, participe à partir de 53 à quelques courses, se classant pas si mal. Mais, lors du Trophée Supercortemaggiore qui se déroulait sur le difficile et long circuit de Merano dans les Dolomites, il sort méchamment de la piste avec sa 340 MM, tuant un policier et blessant deux spectateurs. Il arrêtera la compétition mais sollicita Ferrari pour reconstruire son auto.

C’est à Sergio Scaglietti que Ferrari confia le travail, le Maestro voyant l’ampleur de la tache propose à Ruesch de refaire une carrosserie complète et de s’inspirer de la barchetta 750 Monza, voilà pourquoi cette auto est maintenant totalement différente des autres 340 MM. L’ouvrage du Maitre carrossier enthousiasma Hans Ruesch à tel point qu’il fit livrer une énorme quantité de chocolats suisses à Sergio qui mit des mois à s’en remettre.

C’est donc habillée par Scaglietti qu’elle partira ensuite aux USA pour passer quelques années dans la vitrine du Showroom Chinetti sur la 11ème Avenue à New-York, elle sera vendue en 66 à un riche brasseur, passera dans les mains d’Arturo Keller, puis dans celles du fameux Brandon Wang. Depuis 1999 elle est en Italie, revenue à Milan dans le garage de Roberto Crippa.

Pas seulement dans le garage, toutes les occasions sont bonnes pour qu’elle revive la douce odeur des circuits. Enthousiaste, il dit : « Je cherchais une auto de courses des années 50, 12 cylindres de préférence et j’ai trouvé celle-ci, je ne pouvais pas tomber mieux. La puissance incroyable de ce moteur te pousse à aller très vite, mais je dois dire qu’au-delà de 5500 t/mn, cela devient très difficile, les suspensions et le pont rigide n’aident pas beaucoup, il faut du courage pour atteindre des hautes vitesses ».

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Roberto Crippa , sa Ferrari 340 MM et Jean-Pierre Doury © Jean-Paul Orjebin
Ferrari 340 MM © Jean-Paul Orjebin

Nous notons au passage que la vente entre Brandon Wang et Roberto Crippa s’est faite entre connaisseurs, le premier a fait fortune dans les couches-culottes et Roberto fournit les machines qui les fabriquent. 

Le stand 12, point de ralliement des italiens est occupé par les fameux frères Toni. Leur histoire est emblématique de la Motor Valley, leur grand-père après avoir travaillé au service course de Ferrari pour Bianchi, De Portago, Fangio, Hawthorn part en Belgique pour rejoindre Jacques Swaters et son Ecurie Francorchamps. Il reviendra en Italie pour ouvrir un garage et avec son fils, il créera Toni Auto à Maranello en face de l’usine avec bien entendu la bénédiction de Ferrari.

Leur expérience dans les années 80, époque où l’idée de restauration parfaite des autos de collections démarre, leur garantie le succès, ils deviennent les meilleurs de la place. Aujourd’hui Andrea Toni présent au Val de Vienne et son frère Davide assurent la succession à l’italienne c’est-à-dire avec respect, compétence, humilité, sens du service et élégance.

Andrea Toni © Jean-Paul Orjebin

C’est dans ce stand que nous avions rendez-vous avec ces Dames de Maranello. D’abord la Signora Giuliana Polacchini, la secrétaire d’Enzo Ferrari de 1980 à 1988 donc la dernière. Je suis intimidé au moment de me présenter, il y aurait tant de choses à demander, tant de questions à poser mais nous sommes vite remis en place, dans un grand sourire Giuliana nous dit « Mais cher Monsieur je n’ai rien à raconter, vous savez dans le mot secrétaire il y a secret ».

Nous nous sommes donc contenter de parler gentiment des gens que nous aimions , de Franco Gozzi «  ah quel homme charmant et délicieux et quelle élégance », de Dino Tagliazucchi «  Ah ce cher Dino, la fidélité et la discrétion personnifié , Ferrari a eu beaucoup de chance d’avoir Dino et son épouse à ses côtés » Une discussion aimable qui, dans d’autres lieux, aurait été accompagnée d’une tasse de café et de quelques gâteaux , moment charmant et délicat, nous aurons l’occasion de trinquer, moi avec une coupe de champagne, Giuliana d’un verre d’eau sur le stand du Club Ferrari France un peu plus tard.

Signora Giuliana Polacchini © Jean-Paul Orjebin

L’autre dame que nous devions rencontrer, la Signora Monica Zanetti en revanche sera plus diserte. Chez Ferrari, elle était sur la ligne de montage, au poste du contrôle des portes. Elle verra pendant dix ans passer devant elle toutes les 308,328,348, Mondial, 355, Testa, Modena et en assurera la qualité.

Son surnom ? Lady F40 ; en effet en 87, elle devait suivre le montage et l’assemblage des parties intérieures et extérieures de la carrosserie des F40, une de ses grandes satisfactions, elle garde un souvenir cuisant de la vitre coulissante en plexi. Les propriétaires présents qui entendent notre conversation sont comme des fous, tous veulent lui montrer leur auto sachant qu’elle avait dorloté leur bébé la première lors de sa naissance, elle se pliera gentiment au jeu, une sage-femme La Monica.

Aujourd’hui, jeune retraitée de la Ferrari, est vice-présidente de l’Ecurie Belle Epoque qui restaure, entretien des F1 et des GT anciennes et en assure également assistance en piste avec les mécaniciens historiques de Ferrari F1.

Signora Monica Zanetti- Lady F40 © Jean-Paul Orjebin

Dans l’accueillant stand du Club Ferrari France, lors de Sport et Collection, hors déguster du champagne, on rencontre des artistes, Olivier Boiteux-Filardi en est un. Autodidacte et tombé dans la marmite des belles autos italiennes, il peint numériquement des tableaux grand format. Moi l’ancien, j’avoue que j’avais un peu de mal à comprendre l’intérêt de peindre une photo à l’ordinateur, lorsque faisant le rapprochement avec la musique, je compris subitement que nous avions changé d’époque et que l’informatique aujourd’hui permet aux artistes de s’exprimer librement et son travail m’enchanta brusquement.

Olivier est capable par exemple de peaufiner au pinceau numérique le dessin d’un phare durant quatre ou cinq heures, afin de le magnifier pour mettre en valeur un dégradé de rouge sur le flanc d’une 250 LM et faire disparaitre tout pixel, le rendu est exceptionnel, un autre monde en somme. Il est intéressant de noter qu’Olivier reçoit des commandes personnalisées de clients américains et japonais, plus que ceux du vieux continent, pas encore habitué au numérique.

Il me révèle le peu d’intérêt que lui a porté Madame Nicolosi de la Galerie Vitesse lorsqu’il lui a montré ses œuvres, alors que des collectionneurs moins attachés aux méthodes traditionnelles tel que Peter Man ou Brandon Wang le sollicitent. Il propose ses « toiles » entre 1000 et 1500€, pour le moment.

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Olivier Boiteux-Filardi © Jean-Paul Orjebin
Detail © Jean-Paul Orjebin

Sport et Collection, c’est aussi un Concours d’Elégance très couru, parmi les membres du jury cette année, nous pouvions voir Patrick Delage, l’arrière-petit-fils du constructeur, ainsi que Manou Zurini qui nous glissera dans l’oreille alors que nous étions devant un Delahaye concourant « Elle est belle, c’est la seule réussie de Chapron pour cette marque » Il appuiera le propos définitivement en ajoutant « D’ailleurs José Rosinski en possédait une »

Delahaye-Chapron © Jean-Paul Orjebin
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Manou Zurini et Patrick Delage © Jean-Paul Orjebin

En quittant le Val de Vienne, nous nous sommes réjouis d’avoir vécu ce week-end mais aujourd’hui je doute de l’intérêt de cette note confiée à Classic Courses en me remémorant cette parole d’Enzo Ferrari : « la passion ne peut pas être racontée, on ne peut que la vivre ».

Alors si vous voulez vivre cette passion, pour le trentième Sport et Collection l’année prochaine …allez-y !

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