Österreichring, Zeltweg, Styria, Austria, le 15 août 1976
Le chalet en bois de Hans et Greta Tillitz situé à la sortie du village de Zeltweg est une bonbonnière rose toute de tentures feutrées et de napperons brodés.
Patrice Vatan
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Descendant de nos chambres pour prendre le frühstück plantureux à base de charcuterie alpine, fromages et force petits pains viennois, nous nous faisons l’impression de phacochères invités à la cour de l’impératrice Sissi, avec nos blousons aux couleurs de cigarettiers et de pétroliers, nos lourdes baskets, nos mines patibulaires mais presque.

Dupond et Pondu
Greta déplie le Kurier du matin et entreprend la lecture de la première page consacrée au « Raiffeisen Großer Preis von Österreich », la traduisant dans un anglais hésitant. Le forfait de Lauda et de la Scuderia Ferrari chagrine les organisateurs qui craignent une désaffection générale du public.
Et ce n’est pas l’engagement sur l’Österreichring de deux Autrichiens inconnus, Otto Stuppacher et Karl Oppitzauhser, qui compensera l’absence forcée de Lauda.
José Rosinki les appellera dans Sport Auto du mois suivant, Dupont et Pondu.

De fait sur le circuit, magnifique toboggan niché dans une cuvette cernée par les montagnes de Styrie, l’ambiance tient plus de la course de club provinciale que du phénoménal grand cirque qu’est habituellement le GP d’Autriche avec ses immenses tentes qu’envahissent le soir des hordes teutonnes, chopes d’un litre en pogne, éructant un hymne de guerre basique mais efficace : Niki Lauda, Niiki Laauda, Ha Ha, Niiiki Laaauda !
Niki est dans toutes les têtes. Une émouvante cérémonie réunit les acteurs du sauvetage de l’Autrichien au Ring il y a quinze jours, Arturo Merzario, un commissaire, Harald Ertl et Brett Lunger.

Alors que Guy Royer est parti du côté de la Rindt Kurve pour faire des photos, Gilbert à Texaco schikane et Christian Bon au stand Ligier ou son pote Michel l’a fait passer, j’opte pour le sommet de la bosse après les stands, les autos y talonnent parfois, envoyant des gerbes d’étincelles avant d’emmancher à fond absolu la grande courbe à l’étoile Mercedes.
Tous en slicks
14 h 30. Tout le monde en slick sur un tarmac encore humide de l’Österreichring. Hunt et Watson en première ligne fondent de concert sur moi, poursuivis par une meute aussi indistincte que hurlante.
Premier passage, roues dans roues, les Penske et March de John Watson et Ronnie Peterson, la McLaren de James Hunt, la Lotus noire de Gunnar Nilsson que suivent à quelques longueurs la Ligier de Laffite, et le peloton groupé.
Loin de se disperser la horde sauvage resserre ses rangs et au 10e tour trois autos se présentent de front, la March de Peterson, la Penske de Watson et la Tyrrell 6 roues de Schekter, prennent un tour au malheureux Jarier qui n’a que le bas-côté pour y faire passer sa Shadow.
La Terre s’arrête de tourner tellement les secondes pèsent lourd.
J’imagine la tête de Gilbert quand Laffite se défait de Nilsson et arrache la deuxième place dans la stridence organistique du V12 Matra.
Et John Watson perdit sa barbe
La belle victoire du jeune John Watson nous réjouit d’autant plus que l’an dernier, ici même, Mark Donohue s’était tué sur une Penske quasiment identique.

Dans l’auto du retour sur Paris, je réalise que ma mère a eu cinquante ans aujourd’hui. Née le 15 août 1926, on l’a prénommée Marie.
Je n’ai pas assisté à son anniversaire en grande pompe, pas plus qu’à l’enterrement de ma grand-mère entrant en concurrence avec un Grand Prix en 1975, ni ne participerai au mariage de ma sœur Veronique Vatan, le week-end du GP d’Italie 1978.

