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Nürburgring GP d'Allemagne 1976

GP d’Allemagne 1976

par | 14 Août 2026 | 1 commentaire

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Nürburgring, Nürburg, Allemagne, le 1er août 1976

Tout avait mal commencé. Lauda est tendu face à l’objectif de David Phipps ce matin à l’issue des essais libres. Il s’est fait chiper la pole par son meilleur ennemi James Hunt sur cet enfer vert, le Nürburgring, dont il veut la peau.

Patrice Vatan

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GP d'Allemagne 1976
Niki Lauda © David Phipps

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Nürburgring GP d'Allemagne 1976

Le Nürburgring, un vertige de 22,8 km, l’équivalent automobile du Tourist Trophy de l’Ile de Man pour les motards. Une roulette russe légale.

Des chimères brouillent son regard sombre. Comme s’il anticipait la fumée noire qui montera par-delà la forêt, en fera une toile à la grandiloquence d’opéra.

Chaussé de pneus pluie à l’image de ses pairs, sauf Jochen Mass qui équipé en slicks s’envole dès le départ de ce GP d’Allemagne 1976, Niki est parti moyennement. Il stoppe dès le premier passage pour monter des slicks car la piste sèche.
La Ferrari est instable. Elle part brutalement en travers à l’attaque de la rapide courbe de Bergwerk, s’encastre contre le talus qui la renvoie sur le rail bordant le ravin, côté gauche, telle une boule de flipper. L’auto s’immobile sur la piste où elle s’embrase instantanément.
Rideau.

Et pourtant tout avait bien commencé.

Serge Ihler, le pote à Didier Braillon, nous a fait rigoler samedi matin au bureau de presse où une foule épaisse de presse teutonne se bousculait. « Je me demande comment on peut penser en allemand ».

Martine a pu échanger quelques mots avec Jochen Mass – en allemand s’il vous plaît – à défaut de l’apercevoir torse nu au détour d’un motorhome (son fantasme secret, que nul n’ignorait).

Le contact qu’a Christian Bon chez Ligier, ce petit gros qui s’occupe des pneus, Michel Claiton, l’a fait passer dans le stand en douce, d’où il a vu le Grand Prix.

Guy a shooté quelques bobines dans les flaques accumulées dans la cour carrée du Ring – le paddock. Ça suffit à son bonheur. Guy est le Jean-Loup Sieff de la bande, à ce détail près que ses modèles à lui ne sont que des autos reflétées dans des flaques.
Rideau.

Les lumières au sodium des autobahns de retour sur Paris éclairent quatre visage cadavériques dans la Chrysler.

Un silence de mort, percé seulement par le Wish you were here interprété en sourdine par Roger Waters.
Au bulletin de minuit, chopé juste avant la frontière luxembourgeoise, France Inter a annoncé qu’un prêtre avait été mandé au chevet de Niki Lauda pour lui administrer l’extrême onction. Il est une heure du matin.

Christian serre les dents en mettant au fond la petite pédale, clignotants en permanence et dissuasion lumineuse enclenchée. Ça va lui faire drôle à Christian de parler de Lauda au passé.

Martine est à ses côtés, livide, muette. Encore un de parti, ou presque. Martine s’imagine parlant de Lauda au passé. Ça fait mal.

Nürburgring GP d'Allemagne 1976
Niki Lauda 1976 © Guy Royer

Recroquevillé à l’arrière gauche, Guy Royer est retourné à l’intérieur de lui-même. Il l’est en temps ordinaire mais dans les cas graves, il adopte l’attitude du bernard-l’ermite confronté à une explosion atomique. Lui qui a tourné au Ring en un bon quart d’heure au volant de sa 504, il sait ce que signifie le 7’07″4 signé par Lauda aux essais. Mais voilà, il l’a payé de sa vie, ou quasiment. Guy s’exerce à conjuguer Lauda à l’imparfait.

Un qui ne pensera plus en allemand, ni dans toute autre langue, c’est Lauda.
Nous savons qu’à moins d’un miracle, nous barrerons d’un trait le nom de Lauda sur nos carnets.
Et pourtant, tout avait bien commencé. Mais voilà, il faudrait un miracle pour que ça continue.
Rideau.

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Patrice Vatan
Je suis né à l’automobile entre les jambes de mon père. Mêlés à la poussière soufflée sur la piste de Ain Diab par le vent du large, ce sont des souvenirs quasi post-utérins qui remontent, flashes rouges émis par les Ferrari, les seules auto dont je me souvienne lors du Grand Prix du Maroc 1957, hors championnat mais nullement sans saveur. Vision au ras du sol, comme filmée par Walt Disney lorsqu’il s’adresse aux enfants. Huit ans plus tard une jambe cassée m’envoyait au lit et je dois à la couverture du Sport-Auto de juin 1965 – Jean Guichet sautant dans sa Ferrari 275 P -, que m’avait offert une voisine pour me distraire, ma première vraie émotion automobile à l’état conscient.
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