Julia de Baldanza : Rencontre au Rétromobile 2016 (1)

« Characters » diraient les anglais. Qualificatif qui irait à nos personnages. Personnalités hors normes, indépendantes, au parcours atypique. Intrigantes. Nous les avons croisées dans les allées ou sur les stands. Nous avons voulu en savoir davantage. Elles affichent leurs voitures plus facilement que leur propre histoire. Mais les mots semés valent la rencontre. Après les voitures et les artistes, place aux « Characters ». Rencontre avec Julia de Baldanza.

Olivier Rogar

 Julia de Baldanza

20160206_143942-1« Julia de Baldanza, une femme, une collection » au programme du pavillon 2.  « Allons bon ! » diront certains. Pourtant l’affiche de Rétromobile 2016 le disait : les femmes étaient à l’honneur. Elizabeth Junek comme Hellé Nice s’illustrèrent sur Bugatti dans les années 20-30. Maria Teresa de Filippis, récemment disparue, courut  des Grands Prix dans les années 50. Puis quelques femmes accédèrent à la F1 moderne : Lela Lombardi, Divina Galica, Désirée Wilson pour les années 70-80. D’autres encore aux sport-proto ou rallyes. Trop nombreuses à citer pour ne pas en oublier, nous évoquerons la plus glorieuse  d’entre elles :  Michèle Mouton, Vice-Championne du Monde des rallyes. Mais  jamais nous n’avions entendu parler de femmes collectionneuses de voitures de courses. Anciennes qui plus est. Anciennes et bien traitées puisque leur asphalte est celui des pistes de compétition et leur herbe, celle des concours d’élégance.

Alors quand je croisai Julia de Baldanza au hasard d’un stand et qu’elle insista pour que j’aille voir sa collection, succombant sans doute à  son charme sud américain je me décidai à croiser vers le lointain pavillon 2 , terre de toutes les spéculations.   Je ne me laissai divertir ni par les voitures de la vente Artcurial, ni par les (bas ?) fonds d’investissement en vieilles caisses et me trouvai devant une sorte de prototype volkswagen « hybrideux » duquel un trop gros et  trop grand américain tentait de s’extirper après s’être laissé séduire par les formes d’une porte papillon.  Sitôt l’américain extrait, le voile d’angoisse esquissé sur le visage de Julia disparut et la visite guidée commença.  Ne me demandez pas qui elle est. Mystère. Sud américaine. Argentine. Mariée à un italien. Finesse et sens de la dérision. piano. Polyglotte. Elle fait courir ses voitures un peu partout, de Goodwood au Nurbürgring en passant par Monaco ou Le Mans Classic. Comme elle participe parfois à Pebble Beach, d’où elle a ramené un prix pour sa Voisin, elle doit également évoluer à Laguna Seca. Jet set et vieux tacots si je peux me permettre.

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Comme toute bonne collection, un lien unit plusieurs de ces voitures : celui d’avoir été la propriété de femmes. C’est sur celles-ci que nous nous attarderons. Bien que parfois ce soit plus compliqué.

Fraser Nash Le Mans Coupé 1955 – ex Kitty Maurice

Chassis no : 421/200/203
Moteur no : BS4 /1 /415

Ex Kitty Maurice, propriétaire du domaine de Castle Combe. Elle fut la première propriétaire  de cet exemplaire d’une série de 9 coupés réalisées entre 1953 et 1956. Châsis acier, caisse alu, moteur Bristol 6 cylindre 1971 cc. Une jolie auto qui fut engagée au Mans, 1959 et pilotée par John Dashwood et Bill Wilks mais dut abandonner sur sortie de route. Par la suite elle participa au championnat anglais « Autosport Production Sport Cars » de 1960 et termina 10e du classement de la saison et seconde de sa classe. La voiture est inscrite au Mans Classic 2016.

Fraser Nash

Fraser Nash lm 1959

Wolseley Coupé Docteur 1922 – ex Daisy Lewis -Evans

Chassis no : 32413
Moteur no : 4783/2657

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La plus ancienne voiture de la collection et la plus « populaire ». L’histoire de Wolseley est originale en ce sens que la marque a été créée en Australie en 1887. Et le fondateur a étendu ses activités en créant une filiale en Grande Bretagne, à Birmingham en 1889. Après la première guerre mondiale,  pendant laquelle l’usine fabriqua des moteurs d’avion Hispano Suiza sous licence,  les moteurs Wolseley furent équipés de culasses à arbres à cames en tête.  Cette voiture est supposée avoir appartenu à Daisy Lewis-Evans, la mère du pilote Stuart Lewis-Evans qui courut 16 Grand Prix sur Maserati et Vanwall en 1957 et 1958.

Bugatti T 40 1928 – ex Lydia Bugatti

Chassis no : 40623

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La Bugatti 40 est issue de la célèbre Brescia. Julia de Baldanza nous montre son moteur, qui est celui de la 37, un 4 cylindres à arbres à cames en tête et 3 soupapes par cylindre. Mais largement dégonflé pour un usage plus touristique, puisque tel était la vocation de ces cabriolets. Ici le modèle est sur mesure, construit spécialement – et en cachette de son célèbre père – pour sa soeur Lydia par Jean Bugatti, c’est un coupé fiacre resté dans la famille Bugatti jusque dans les années 1970. Pour les photos vous nous excuserez, les moteurs Bugatti sont fascinants… tiens… un compresseur…

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Voisin C14 Chartre 2400 cc 1930

Chassis no : 28674
Moteur no : 28599

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L’une des deux Voisin C14 Chartes construites. Son avant dernière propriétaire était une femme auprès de laquelle cette voiture fut rachetée en 1967 pour être restaurée. Après son acquisition en 2008, Julia de Baldanza nous a laissé entendre qu’elle n’était pas du tout convaincue par cette voiture. La réputation de Gabriel Voisin ? Les tissus art déco rose de Paul Poiret qui recouvrent l’habitacle ? La cocotte qui orne le radiateur ?  On ne saurait dire. Mais le confort  de conduite, le silence de fonctionnement et cette esthétique très particulière ont depuis longtemps converti notre collectionneuse à ce joyau. Best in Class à Pebble Beach. Quand même.

Alta 1.5 GP – 1500 cc 1955 – ex Roberta Cowell

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Alta a produit des monoplaces de F1 et F2 qui ont participé à 5 Grands Prix entre 1950 et 1952 avant de disparaître. La documentation mise à notre disposition sur le stand  ne permet pas de savoir  pourquoi celle-ci est daté de 1955 ni d’apprendre ce que Roberta Cowell a réalisé à son volant. Mais cela importe- il ? L’histoire de Robert Cowell est incroyable. Passionné de courses de voitures, officier-pilote de la Royale Air Force, il chasse sur Spitfire entre 1941 et 1944 avant de passer à un escadron d’observation équipé de Hawker Typhoon. Abattu en novembre 1944 en Allemagne, il réussit un atterrissage de fortune, est fait prisonnier, fait deux tentatives d’évasion et passe cinq mois dans un camp de prisonniers. L’Armée Rouge libère son camp déserté par les Allemands. Il fait une dépression nerveuse peu de temps après son retour.  Son suivi psychiatrique conclut qu’il est psychologiquement une femme. Allant au bout du trouble qui était le sien depuis des années, il décide de changer de sexe en 1951. Son histoire devient publique en 1954. Il a entre-temps quitté femme et enfants mais continue de s’impliquer en sport automobile. Avec des fortunes diverses. C’est néanmoins en tant que Roberta Cowell qu’il gagne la Course de côte  de Shelsey Walsh en 1957.

McLaren M3A – 4900 cc 1965 – ex Patsy Burt

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Patsy Burst a essentiellement couru en Grande-Bretagne en Courses de côte. Elle est passé en monoplace au début des années 60 et a rapidement convaincu Bruce McLaren de créer une monoplace à partir de la M1A CanAm. La M3A  en est le résultat. Equipée d’un V8 Oldsmobile développant 360 cv elle a notamment permis à Patsy Burst de gagner la Course de côte de Shelsey Walsh en 1967. Avec 42 victoires absolues et 172 victoires de classe, le palmarès de Patsy Burt lui a valu d’être admise au British Racing Drivers Club. Son avis mortuaire dans le Daily Telegraph en 2001 précisait « Retrait au 73e tour sur problème mécanique ».

Les autres voitures de la collection Julia de Baldanza exposées

Aston Martin Headlam Coupé – 1500 cc 1930

Chassis no : S 44

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Maserati A6 GCM – 2000 cc 1951

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Bugatti 35B – 2300 cc 1929

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La visite avec Gregor Fisken est notre deuxième épisode des rencontres effectuées au salon Rétromobile de 2016.

Retrouvez également le résumé complet de notre parcours au Rétromobile 2016.

Olivier Rogar

« D’aussi loin que je me souvienne l’automobile m’a passionné. Les cartes postales de tacots, les goûters au Pub Renault avec ma tante puis la course de côte de Saint Antonin à Aix en Provence et enfin le Grand Prix de France au Paul Ricard m’ont fait passer d’Auto-Poche et l’Automobile à Sport-Auto, Auto-Hebdo, et – surtout – l’Equipe. Fascination pour les protos du Mans d’abord. Puis pour les F1 lors de cette incroyable saison 1976. Monde aussi inaccessible que fascinant que j’ai fini par tangenter en 1979-80 au Paul-Ricard puis en Angleterre. Les quelques photos que j’y avais commises et cette passion inextinguible m’ont amené à collaborer avec l’excellent « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, à créer Classic COURSES avec l’aide et les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui m’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité à prendre des décisions dont la maîtrise conditionne toute réussite. »

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Olivier Rogar

2 pensées sur “Julia de Baldanza : Rencontre au Rétromobile 2016 (1)

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    Déplacé, inacceptable ; osant s'afficher comme un "martyr" ou une "victime"; tentant de culpabiliser celui qui l'extirpe de son train train quotidien – qui, à bien le lire, consiste à se nourrir à l'oeil aux meilleures tables et loger dans les meilleurs hôtels à longueur d'année : Charles-Henri Orliac, petit, pathétique et consternant de cupidité, manque d'orthographe mais dispose de tout le vocabulaire nécessaire à son auto-portrait.Zu

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