Du cheval aux chevrons (*)

 

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Kimi Raikkonen vient de faire le meilleur retour à la F1 qu’on n’ait vu depuis longtemps. Très longtemps. Il y a trois ans, Ferrari lui préférait Fernando Alonso. Il utilisa sa nouvelle liberté pour se lancer en championnat du monde des rallyes. Avec des résultats certes respectables mais mitigés en comparaison de son palmarès F1.

Au moment où ce constat s’imposait à lui, à l’heure des choix, l’écurie Lotus dut pallier l’absence de Robert Kubica, son pilote n°1, grièvement blessé en… rallye. Ce fut donc un retour aux sources pour Mr « Iceman », actuellement troisième du championnat.

Olivier Favre et Marc Ostermann nous livrent ici leur vision de l’arrivée du finlandais chez Citroën il y a trois ans. Une réflexion et une analyse qui à postériori,  n’ont que davantage de saveur.

Classic COURSES

 

Alors que depuis déjà plusieurs années l’actualité du sport auto n’éveille en moi guère plus d’intérêt que les rebondissements improbables du feuilleton marseillais vespéral de France 3, il arrive néanmoins de temps à autre qu’une information émerge du flot quotidien au point d’attirer l’attention du passéiste définitif que je suis.

Tel fut le cas il y a quelques jours du transfert de Kimi Räikkönen chez Citroën. Plus qu’un transfert, une transplantation, celle d’un limeur d’enrobé plat et normé dans un univers où règnent les inégalités de terrain. Particulièrement remarquable à l’heure de la spécialisation à outrance et des carrières formatées sur le même moule, la bifurcation de Räikkönen est un cas unique dans toute l’histoire de la F1. En effet, jamais un pilote de F1, qui plus est une tête d’affiche de la discipline, ne s’est orienté vers le rallye pour (au moins) une saison complète.

Pourtant, les apparitions de pistards sur les sentiers forestiers ou les routes de campagne n’ont pas manqué, à une époque où la polyvalence et le simple plaisir de piloter avaient droit de cité. Mais elles étaient ponctuelles et le plus souvent motivées par le besoin de meubler une longue intersaison hivernale et/ou de répondre à des impératifs publicitaires.

Ainsi, on se souvient notamment de Jim Clark, venu rejoindre son homonyme Roger dans les forêts galloises du rallye RAC en 1966. Les reportages d’époque attestent qu’il prit l’affaire très au sérieux et contesta la suprématie des ténors de la discipline, jusqu’à une sortie de route qui mit hors de combat sa Cortina Lotus. Autre vedette des circuits au départ de cette épreuve, Graham Hill se montra moins à l’aise que son futur équipier. Peut-être eut-il du mal à loger sa carcasse dans sa Mini Cooper S d’usine … Cependant, l’expérience ne dut pas être si désagréable puisque Graham revint un an plus tard, au volant d’une Cortina Lotus. Mais l’édition 1967 du RAC fut annulée à la dernière minute en raison de l’épidémie de fièvre aphteuse qui s’étendait dans le pays. Dommage, car cette année-là l’ours était de retour dans les forêts britanniques dont il avait disparu depuis le XIème siècle : le tout frais champion du monde F1 Denny Hulme était également engagé à bord d’une Triumph 2000 !

A la même époque, Matra emmena plusieurs fois ses pistards – Beltoise, Pescarolo, Servoz, Jabouille – sur les routes hivernales du Monte-Carlo pour le grand profit publicitaire de ses Djet puis 530. En décembre 1972, on prit les mêmes ou presque pour donner de l’éclat à la première édition internationale du rallye du Bandama, en Côte d’Ivoire. L’un d’eux, Pescarolo, y prit goût au point de revenir plusieurs fois terminer l’année au soleil. Une troisième place en 1976 avec une Peugeot 504 fut le point d’orgue de ces participations.

Un saut de quelques années encore et nous trouvons l’apparition de Prost au rallye du Var 1982, à l’époque où la Régie était encore derrière son champion. Enfin, cette année, les derniers exemples en date : Kimi et sa Fiat Punto en Finlande puis, il y a quelques jours, le Polonais Robert Kubica, qui s’est offert le Var en Clio R3.

Ceci pour les excursions hors piste des sociétaires confirmés du F1 circus. Mais il y eut aussi les « aspirants » et les « pré-retraités ». Exemple-type des premiers, Stirling Moss et ses trois Coupes des Alpes décrochées au début des années 50, avant de jouer les premiers rôles en grand prix. Dans le second cas, on trouve des pilotes estampillés F1 venus tâter d’autres terrains une fois passée leur heure de gloire dominicale. Non sans succès parfois. Ainsi en fut-il de Louis Chiron, vainqueur du Monte-Carl’ en 1954. Plus récemment, l’émergence des rallies-raids donna à Jacky Ickx d’autres occasions de démontrer sa science de l’équilibre sur terrain instable. Mais c’était, il est vrai, plus de 10 ans après ses grandes années en F1.

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Toujours dans les années 80, Carlos Reutemann participa deux fois à son rallye national, fraîchement promu au statut d’épreuve mondiale. Et, même si le cas Räikkönen est unique, c’est peut-être à l’aune de l’exemple de « Lole » qu’on pourra le jauger. En effet, en terminant deux fois 3e, dès avant sa retraite, en 1980 (Fiat 131 Abarth), puis une fois rangé des F1, en 1985 (Peugeot 205 T16), l’Argentin aux yeux de braise est à ce jour le seul pilote à être monté sur le podium d’un Grand prix et d’un rallye de championnat du monde.

Vu la faible densité de l’élite actuelle des rallies, gageons que d’ici quelques mois Räikkönen en fera autant. Mais « Ice Man » fera t-il mieux ? le fameux « Sisu » des Finlandais fera-t-il de lui le premier double champion du monde F1-rallye ? Les premières manches du calendrier 2010 nous diront si cette perspective, encore totalement inconcevable il y a peu, relève à présent du champ des probabilités raisonnables. Mais on peut déjà convenir qu’une telle double couronne serait particulièrement à sa place sur la tête d’un pilote dont le nom se termine par –NEN ; car la Finlande n’est pas seulement LE pays du rallye par excellence, c’est aussi celui comptant le plus de titres mondiaux automobiles par habitant.

 

Olivier Favre

Illustrations @ Marc Ostermann

* : publié en 2009 sur le site Mémoire de stands

Olivier Favre

Le goût de l’automobile est un atavisme familial transmis par mon père, qui l’a manifesté autant à l’échelle 1 que par les Dinky Toys. Mais l’intérêt pour la course est ma spécificité et j’y suis venu très tôt par les miniatures Solido des 24 Heures du Mans, Ferrari 512 M, Matra et autres Porsche 917. Après le jeu sur les tapis est venu le temps de la collection et du modélisme, de l’abonnement à Sport-Auto puis à Auto-Hebdo. Parallèlement, mes études à Sciences-Po ont confirmé mon intérêt pour l’Histoire et renforcé ma confiance rédactionnelle. Une fois trouvée ma voie professionnelle dans la fonction publique territoriale, j’ai voulu réunir tout cela et écrire sur l’histoire de la course automobile, celle que je n’ai pas vécue, celle que j’aurais aimé vivre. C’est ainsi que j’ai collaboré à Automobile Historique pendant trois ans. Puis sont venus Mémoires des Stands et le magazine Autodiva, qui me permet de garder le contact, précieux pour moi, avec le papier. Et enfin Classic Courses depuis 2012.

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Olivier Favre

10 pensées sur “Du cheval aux chevrons (*)

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    Dans la catégorie des pilotes polyvalents on peut ajouter S.LOEB qui venant du Rallye a fait le chemin inverse de Kimi en réalisant des essais encourageants en F1 ( Renault / red Bull ). Il faillit participer en 2009 au dernier GP de la saison ( Abu Dhabi), mais il dût renoncer pour des raisons qui m’échappent ( superlicence – sponsors – assurances ???? …. )

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    Olivier Favre nous rappelle avec justesse la polyvalence des pilotes de GP qui assouvirent leur passion de la compétition en s’engageant dans d’autres disciplines. On se souvient aussi de Lucien Bianchi qui alors en tête du Londres Sidney percuta de plein fouet une voiture en sens inverse. La photo de Bianchi le visage ensanglanté sévérement blessé et coincé dans la carcasse de sa DS est restée dans nos mémoires. Les Rallyes Raids séduirent plusieurs pilotes parmi lesquels on comptait au Dakar Jochen Mass,Patrick Tambay et Jean -Louis Schlesser qui l’emporta. Son oncle Jo Schlesser qui venait d’accéder à la F1 touchait à toutes les disciplines. Je me souviens au rallye de Lorraine l’avoir vu enfiler les nombreux lacets de la course de côte de Seven au volant de sa monstrueuse Cobra. Stephane Sarrazin fut redoutable aussi sur sa Subaru. Raikkonen nous a démontré avec son retour sympathique que le coup de volant talentueux peut aussi bien s’exprimer dans ces deux disciplines à priori fort différentes mais qui nécessitent toutes deux un égal gros coeur.

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    Lors de cette triste édition, pas moins de quatre rallymen étaient au départ si l’on inclut Johnny le grenoblois en plus d’Elford, Bianchi et Schlesser.

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    Pour « en terminer avec S.LOEB » – J’avais oublié ses participations aux 24 heures du Mans – avec une belle 2nde place sur Pescarolo Judd en 2006 ( avec Hélary et Montagny comme co-équipiers). De même, il a crée une écurie « pistarde » qui porte son nom et qui participe aux Le Mans séries me semble-t-il ….

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    Guy FREQUELIN, au « Nouveau Monde » en BMW 528i, ça valait le déplacement!

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    Pour rebondire sur Raïkko et les (allers) retours, je ferai à mon tour le chemin inverse de la note de mon pote Olivier (qui prend tout son sel à relire trois ans plus tard) en rappelant que le superbe retour gagnant en F1 du Finlandais cette année égale celui de Niki Lauda en 82 lorsqu’il remporta 2 Grands Prix,lui-aussi après deux ans d’absence. Alain Prost avait, pour sa part, réussi à redevenir champion du monde dès sa première (et dernière) saison suite à son absence d’un an.

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    Alain Prost au Rallye du Var et Johnny Sevoz Gavin à la ronde Cévennole où il pris une branche dans l’oeil au volant de son buggy, ce qui fut une des raisons invoquées pour expliquer son retrait de la compétition en Formule 1 en 1970 après le Grand Prix de Monaco et dont François Cevert fut le grand bénéficiaire.

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    Oui Daniel, mais Johnny avait abordé la compétition auto via le rallye et la bande des grenoblois, Trautmann, etc…

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    Une sorte d’enduro sur 4 roues …

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    Que dire aussi des qualités d’adaptation de Jean TODT en matière de direction sportive en F1 et dans une moindre mesure d’un autre rallyman, Cesare Fiorio

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