Grand Prix de France F1 1969

Nous avons complété l’article de François Coeuret par les extraordinaires photos d’Alain Moreau mises à notre disposition par Patrice Lafilé, du Havre. Nous les en remercions.

Classic Courses

 

L’équipe Tyrrell a démarré la saison en fanfare. Jackie Stewart s’est octroyé trois succès, le premier sur la Matra MS 10 en Afrique du sud puis sur la MS 80 en Espagne et Hollande. Seul Graham Hill a rompu les succès franco-britanniques sur le circuit de Monaco. A l’approche du Grand Prix de France F1 1969 un absent de marque est signalé, il s’agit de Jack Brabham accidenté lors d’une séance d’essais à Silverstone.

François Coeuret

https://www.youtube.com/watch?v=hB-xkQEGi_c

Le petit Nürburgring

Le pilote australien s’est fait une grosse frayeur à la suite d’une sortie de piste qui l’expédia contre un talus. La tôle enfoncée au niveau des jambes l’empêche de sortir de sa monoplace alors que de l’essence se répand autour de sa voiture. Une  sacrée frayeur le gagne avant l’intervention des secours. Brabham est terrifié à l’idée d’un possible départ d’incendie. Il en oublie la douleur occasionnée par le choc. Une de ses chevilles est fracturée. Heureusement le feu n’a pas démarré. « Black Jack » s’en est finalement bien sorti mais ne reprendra du service qu’au Grand Prix d’Italie.

 

GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé

Treize aux essais

 Bruce McLarenGP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Bruce McLaren GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé

 

Ferrari et Matra GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Ferrari et Matra GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé

Les équipes Lotus, Matra, McLaren, Ferrari, Brabham sont sur le pied de guerre en arrivant sur le beau circuit de Charade. Jack Brabham muni de béquilles est présent dans son stand, il n’est pas remplacé. L’écurie BRM, en pleine restructuration, est absente. Ferrari  n’a pas encore trouvé de second pilote, Amon est seul engagé. John Miles, troisième pilote de l’écurie Gold  Leaf, dévermine la Lotus 63 à transmission intégrale. Quelques privés viennent heureusement grossir les rangs des engagés : Rob Walker/Durlacher engage une Lotus pour Jo Siffert, Franck Williams une Brabham pour Piers Courage, Silvio Moser engage et pilote une ancienne Brabham BT 24, Vic Elford pilote une Mc Laren privée (Ecurie Antique Automobiles).

Vic Elford GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Vic Elford GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé

 

 Jo Siffert GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Jo Siffert GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé

Treize pilotes participent aux qualifications. Stewart a essayé la  MS 84 mais tourne 4 secondes moins vite qu’avec sa voiture habituelle. Elle reste donc dans les box. Le duo Stewart-MS 80 domine, près de deux secondes devant Hulme très à l’aise sur cette piste. Suivent Rindt (Lotus), Ickx (Brabham), Beltoise (Matra), Amon (Ferrari), Mc Laren (Mc Laren), Hill (Lotus), Siffert (Lotus), Elford (Mc Laren), Courage (Brabham), Miles (Lotus) et Moser (Brabham). Côté motorisation on compte un seul V12, celui de Chris Amon face à douze V8 Cosworth.

 Jo Ramirez conduisant la Matra de Jackie Stewart GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Jo Ramirez au volant de la Matra de Jackie Stewart GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé
 Lotus GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Lotus GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé
Stand McLaren GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Stand McLaren GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé
 Jacky Ickx GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Jacky Ickx GP France 1969 Charade @ Alain Moreau – Patrice Lafilé

 Stewart en vainqueur, Beltoise en héros

Stewart Hulme GP France 1969 @ DR
Hulme Stewart GP France 1969 Charade @ DR

 

Ickx bel fr 69

Début d’après-midi dimanche 6 juillet, le drapeau tenu par Jean Lucas libère les monoplaces et Stewart est parti pour un festival (Pole position, meilleur tour, victoire). L’écossais augmente régulièrement son avance, il va contrôler la course de bout en bout. Le constructeur français n’a pas touché à son châssis depuis sa sortie. La Matra à l’équilibre parfait lié au pilotage non moins parfait de Stewart vont contribuer à composer un couple irrésistible sur ce Grand Prix. Matra va maintenant se concentrer sur la MS 84. La transmission intégrale a le vent en poupe durant cette saison. Le challenge s’annonce laborieux si l’on se réfère au temps de qualification de la Lotus 63. Cette dernière concède lors des essais 12 secondes à la monoplace la plus rapide. C’est donc derrière Jackie que va se concentrer l’intérêt de la course… Hulme tient la seconde position quelque temps mais sa barre anti-roulis se déconnecte, il passe par son stand où la réparation s’éternise. Ickx va prendre la seconde place au treizième tour avec 30 secondes de retard. Jean-Pierre Beltoise fait le forcing depuis le départ, il tourne dans les temps de Stewart et le public est tout acquis à sa cause.

Beltoise Matra GP France 1969 @ DR
Beltoise Matra GP France 1969 @ DR

Il a passé Amon puis Rindt. Au 21ème tour ses efforts l’amènent dans les roues de Jacky Ickx. Les commissaires déploient le drapeau bleu mais le Belge est décidé à résister.A partir du tour 34 la bataille est à son comble. A la faveur d’un travers de Ickx, le français tente de prendre le meilleur mais il mord dans l’herbe en évitant de justesse des extincteurs placés en bord de piste. Tentative échouée. Beltoise essaie encore à l’épingle du Petit-Pont mais ça ne passe toujours pas. Il reste deux tours… Bébel saisit enfin la bonne occasion avant le virage de Gravenoire où Ickx commet une erreur. Le belge empiète dans le sable et lève la pédale de droite. Beltoise est passé, il va recevoir les applaudissements et gestes d’allégresse du public jusqu’à l’arrivée.

Stewart Champion 1969

Jackie Stewart GP France 1969 Charade @ Alain Moreau - Patrice Lafilé
Jackie Stewart GP France 1969 Charade @ DR

Stewart sera sacré champion à la fin de la saison. La MS 80 doit tirer sa révérence à l’issue de celle-ci. La conception structurelle de ces réservoirs la condamne. La réglementation future impose des réservoirs souples. Matra souhaite aligner son V12 dès 70 et revoit donc sa copie. Il en sortira une MS 120 peu rigide, lourde, embarquant trop de carburant pour gaver son V 12 au couple trop linéaire. Ses pilotes, Beltoise et Pescarolo, ne démériteront pourtant pas à son volant mais ceci est une autre histoire… La MS 80 fut une réussite intégrale. Elle propagera ses gènes à travers la Tyrrell 001 puis la Matra MS 120D.

17 pensées sur “Grand Prix de France F1 1969

  • Très bel article. La photo du circuit qui est présentée est celle du circuit actuel fortement amputé.

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  • Bruce Mac Laren, Charade 1file:///C:/Documents%20and%20Settings/user/Mes%20documents/T%C3%A9l%C3%A9chargements/1525416_186901491510310_2041500530_n.jpg969 en arrière plan toute une époque !!!

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  • Pour remettre la performance en perspective , certes il y avait le V8 FORD coupleux , souple et économe en carburant . Mais il lui fallait aussi un bon chassis pour gagner et MATRA ne s’était lancé en F1 que début 68 en AFSUD avec une F2 modifiée . Bravo à Bernard Boyer et ses équipes d’avoir conçu cette fabuleuse MS80 .Et comme l’écrit très bien M.COEURET : Gardner la copia pour pondre sa Tyrrell 70 .Par contre la MS 120 était bien différente et pas vraiment bien née , avec en sus le chat noir d’AMON la messe était dite .

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    • La référence avec la 120D est sans doute bonne. Les versions précédentes des 120 n’avaient effectivement aucun rapport avec la 80.

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  • Ce reportage de Collaro me rappelle des souvenirs d’enfance et mes yeux alors rivés sur l’écran….La MS 80 était également une très jolie F1, mais le temps des coques rondes était compté…..

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    • Même réflexions quand à l’émotion de ré-ecouter ce bon vieux Stéphane Collaro… C’est super de constater que ces reportages refont surface. Après Monza 1971 et Monaco 1972, encore un reportage revu 45 ans plus tard ! Merci à ceux qui les publient et à Classic Course.

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  • Belle contribution photos de Mrs Moreau et Lafilé , qu’ils en soient remerciés.

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  • Magnifique, que j’aimerais avoir connu cette époque de guerriers du bitume et d’innovations!

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  • Que de bons souvenirs;
    mais bon,on ne doit pas dire,c’était mieux avant,
    pourtant, c’était mieux avant!

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  • J’y étais !

    GP de France 1969 à Charade, grand souvenir. Personnel… parce que moi aussi, j’y étais ! Mon tout premier Grand Prix de F1. En spectateur évidemment, ne cherchez pas mon nom sur la grille de départ… Cette année là, j’avais 19 ans. Facile de faire le calcul : à l’heure qu’il est, je ne suis plus depuis bien longtemps un perdreau de l’année. Mais en 69, année érotique, oui…

    En ces temps lointains, je faisais mes classes de bidasse dans une terne caserne de Montluçon. Jusqu’alors, je n’avais assisté qu’à des épreuves régionales de mon petit coin-coin bourguignon (le rallye des 7 écluses, la course de côte des Clouneaux, ça ne parlera à -presque ?- personne)…

    Et là, l’occasion à portée de main : une vraie course de championnat du monde, avec de vraies voitures de Formule 1, de celles qui m’avaient fait rêver en lisant les compte-rendus d’un certain Johnny Rives dans l’édition du lundi de l’Equipe, avec au générique la pléiade des plus grands pilotes de l’époque, auquelle il ne manquait, hélas, que Jim Clark, disparu un triste dimanche d’avril 68…

    Montluçon-Charade : 130 kilomètres à peine, à portée de pouce… Je n’allais pas la manquer, l’occasion ! Muni d’une permission signée en bonne et due forme par le colonel de service, d’une poignée de Francs (eh oui !) pour m’acheter un sandwich, et habillé de pied en cap en tenue d’appelé marron-moche (l’auto stop, c’était quand même plus facile déguisé en épouvantail à civils), je me suis retrouvé, en ce chaud dimanche, sur la ligne droite du circuit de Charade.

    Combien ça m’avait coûté ? Me souviens plus, mais c’était, à l’époque, à la portée d’une très modeste solde de 2e classe, à comparer avec les tarifs statosphériques pratiqués aujourd’hui pour ne rien voir sinon avec un télescope électronique. Mais pardon, pour ce prix là, j’étais en face des stands, en surplomb de la piste, juste contenu avec les autres spectateurs par une barrière bleue en ciment très symbolique. Pour un peu, on aurait pu tomber directement sur la Lotus de Jo Siffert ou la Ferrari de Chris Amon…

    Je me souviens, comme si c’était hier, d’avoir vu un Stewart, dans un style admirablement coupé, prendre le large, tour après tour sur un Hulme opiniatre mais impuissant. Je me souviens d’avoir entendu dans les haut-parleurs que Jochen Rindt était contraint à l’abandon, victime d’irrépressibles nausées. Je me souviens d’avoir vu Bruce McLaren manquer se vautrer dans les bottes de paille en bout de ligne droite. Je me souviens du duel homérique entre un Ickx aux abois mais obstiné et un Beltoise transcendé. Je me souviens d’un Stewart, sous le drapeau à damiers, légitimement applaudi. Je me souviens d’un Bébel ovationné par le public, après avoir livré une dure bataille contre la Brabham de Jacky. Je me souviens d’un historique doublé tricolore dans un Grand Prix de France. Je me souviens d’être rentré dans ma caserne, épaté, conquis. Je ne souviens même pas de la chaleur qui avait régné ce jour là, ni du maigre sandwich que j’avais distraitement avalé, les jambes pendantes à quelques mètres au dessus de la piste. C’était hier…

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    • Merci à Jean-Michel pour ce beau témoignage vécu, bien raconté. Ce sont aussi des commentaires comme celui-ci qui font tout le prix de Classic Courses.

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    • Bien d’accord avec Olivier Favre, le commentaire de JM Cravy est intéressant et précieux, de ceux qu’on lit avec plaisir. Je n’y étais pas mais j’aurais tellement voulu y être!…Au point d’essayer d’écrire une note qui me faisait un peu vivre ce GP. En fait c’est Jean Michel qui aurait dû écrire ce résumé de GP. Avec un peu de doc et son ressenti de passionné,les ingrédients d’une belle note étaient réunis.Ecrivez à Classic Courses…

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      • Merci de vos sympathiques commentaires. Mais je ne saurais être très utile à Classic Courses (que je suis assidument !), n’ayant été qu’un spectateur occasionnel de la course auto (en fait plus les 24 H du Mans que la F1), me contentant le plus souvent de lire avec avidité les compte-rendus de Gérard Flocon dans l’Automobile Magazine, et plus tard Auto Hebdo et Sport Auto.
        Juste une petite anecdote périphérique : j’ai découvert avec plaisir le reportage télé de ce Grand Prix là (et d’autant plus que je ne l’avais jamais vu, n’ayant pas la télé à l’époque !), dont François Coeuret a mis le lien dans son article. Parmi les commentateurs : Stephane Collaro, contre qui j’ai roulé beaucoup plus tard au Castellet en Nissan Stars Cup (autoradio à fond !), et José Rosinski, malheureusement disparu, avec qui j’ai vécu quelques années de vie professionnelle à l’Auto Journal en tant que journaliste essayeur, et qui m’avait fait partager, outre sa passion et sa compétence, le volant de la précieuse Porsche 959 qu’il avait en essai.

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    • Finalement on a l’impression d avoir vécu ce Grand Prix avec vous. Bien joué ! Si vous en avez d’autres comme celle-ci,n’hésitez pas. Même s’il ne s’agit pas de f1.

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