F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Allemagne 10

DE L’ACTION, ENCORE DE L’ACTION, TOUJOURS DE L’ACTION !

On était un peu résigné, à la veille du Grand Prix d’Allemagne. A tort. On comptait sur le handicap de Lewis Hamilton pour apporter du piment à l’affaire. On se disait aussi qu’on allait voir si, oui ou non, les plus novices allaient en course damer  le pion à leurs ainés aussi bien qu’ils l’avaient fait en qualification. Mais on était loin de s’attendre à un acte aussi fertile en coups d’éclat, voire en coups d’audace. En deux mots : en coups de théâtre. Ce fut pourtant le cas pour nous offrir le grand prix le plus mouvementé depuis bien longtemps.

                                                Johnny RIVES 

Déjà prometteur avant l’heure, le départ, avec Hamilton en retrait à cause du grave problème de freinage qu’il avait subi en qualification, allongea accidentellement la liste des coureurs à handicap avec, dès le premier virage, outre l’élimination malheureuse de Felipe Massa, le retard imposé à Magnussen et à Ricciardo par l’accident. Deux pilotes vus une fois de plus à leur avantage lors de l’heure décisive du samedi au cours de laquelle on avait remarqué un large mouvement favorable aux plus jeunes. En effet, bien que cela ne fut qu’une demie surprise, Bottas (25 ans) avait dominé son équipier Massa (33) chez Williams, de même que chez McLaren Magnussen (bientôt 22) avait fait mieux que Button (34 ans et demi). Chez Red Bull, Ricciardo (25) avait une nouvelle fois pris le meilleur sur Vettel (27). Même chose chez Toro Rosso où Kvyat (20 ans à peine) s’était montré plus convaincant que J.E. Vergne (24) ainsi que chez Sauber où Guttierez (près de 23 ans) avait fait mieux que Sutil (31).

 La confirmation en course de ce mouvement de rebuffade fut remise en cause par l’accrochage Massa-Magnussen. Mais cet accident, pour malheureux qu’il fut concernant l’infortuné Massa, ajouta finalement encore plus de piment à la course.

 Bien plus en tout cas que l’absence de FRIC, officiellement expliquée pour des raisons d’économie… évidemment ! Cela en dépit du fait que le FRIC ne signifiait pas « dollars », comme trop souvent en F1, mais Front and Rear Inter Connected ! Un système astucieux permettant jusque là un contrôle précis de « l’assiette » des F1. C’est à dire de leur garde au sol rendue constante entre l’avant et l’arrière que ce soit au freinage (où elles piquent du nez) comme en accélération (où elles se cabrent). Cette constance permet simplement d’éviter toute variation des données aérodynamiques.

 Le succès spectaculaire du G.P. d’Allemagne a trouvé une autre origine que cette absence de « FRIC ». On a constaté qu’avec plus de tolérance accordée aux pilotes pour mener des combats serrés sans risquer une sanction, les « pousse toi de là que je m’y mette » redevenaient monnaie courante comme aux plus beaux jours de la F1 : les contacts Sutil-Hamilton, Kvyat-Perez, furent d’aimables mises en bouche. Car bien plus intenses furent les batailles à trois (Hamilton-Ricciardo-Raïkkonen d’abord puis Vettel-Alonso-Raïkkonen) au cours desquelles de petits morceaux d’ailerons volèrent en tous sens. Autre touchette remarquée, celle ayant opposé Button à Hamilton, lequel s’en excusa peu après ce qui n’empêcha pas Jenson d’accabler Lewis d’une amère critique après la course.

 Ces trois dernières actions se sont produites – et ça n’est  pas un hasard – dans l’une des rares épingles à cheveux du championnat (et une vraie) succédant à une ligne droite où les 300 km/h étaient largement dépassés.

 L’un des attraits d’Hockenheim réside en ces virages lents succédant à des rectilignes. Et notamment l’épingle. Le seul moyen d’offrir aux pilotes des terrains d’attaque se situe là : en leur proposant des virages TRÈS lents précédés de zones de freinage abordées à très grande vitesse. Important : des zones de freinage LARGES. Cela peut paraître enfantin comme solution, mais c’est pourtant si rare. Hungaroring, Spa, Monza en sont dépourvus pour ce qui est des prochains rendez-vous. A Spa, il y a bien la Source, mais ecette épingle survient après une trop brève ligne droite. A Monza les rectilignes sont nombreuses mais toutes débouchent sur des virages trop rapides (la Roggia, variante Ascari, Parabolique). Redonnez-nous des épingles comme à Hockenheim et l’on aura des attaques, du spectacle.

 On n’achèvera pas ces commentaires sur le G.P. d’Allemagne sans un mot sur Suzie Wolf qui a prouvé qu’une femme – pour peu qu’elle dispose d’une F1 compétitive – est capable de tenir un rôle de qualité dans ce concert habituellement masculin. Suzie a en tout cas renvoyé à ses chères études le Mexicain Sergio Perez qui avait, à Silverstone, dévoilé les limites de ses capacités d’analyse en déclarant à propos de Suzie Wolf (bien malchanceuse pour ses débuts officiels en F1) : « Elle aurait mieux fait de rester dans sa cuisine. »

 Nous espérons la revoir bientôt en action. N’en déplaise à Perez. johnny rives,grand prix d'allemagne 2014

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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11 pensées sur “F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Allemagne 10

  • Johnny évoque à raison Suzie Wolf , mais que pense-t-il de Claire Williams ? Dans un autre domaine , elle semble très bien tenir la maison.

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  • Je n’ai aucun élément tangible pour exprimer une opinion digne d’intérêt sur Claire Williams, Jean-Paul. Je profite de cet intermède pour souligner l’espèce de record que j’ai établi ci-dessus, dans mon commentaire, en ne citant pas le moindre mot sur la course victorieuse de Nico Rosberg. Ce qui pourrait confirmer que les gens heureux n’ont pas d’histoire… Mais ce post-scriptum me permet de rattraper mon silence à son égard en citant son propos concernant sa victoire « à la maison » à Hockenheim: « chez moi plus ou moins », a-t-il dit en français tout en répondant à une question de Laurie Delestal. Voila qui devrait faire taire les grincheux qui avaient jugé inamical le mot d’Hamilton qui avait estimé qu’il est plus monégasque qu’Allemand. Enfin, un mot encore sur notre « JEV » qui a achevé un nouveau grand prix sur une déception – celle d’avoir terminé derrière la Lotus de Maldonado. Il est vrai que sa très sévère pénalité qu’il a subie le dédouane en partie. Pénalité sans laquelle, a-t-il estimé, « les points étaient clairement possibles ». Estimation bien optimiste selon moi. On dira qu’il méritait la 11e place…

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  • Alonso toujours aussi pugnace avec les Red Bull, Räikkönen à la peine dans le ventre mou, Ricciardo aussi brillant qui me fait penser à Fittipaldi lorsqu’il arriva chez Lotus, le feu de la Toro Rosso de Kvyat… Quant à Mercedes c’est la domination absolue, FRIC ou pas elles sont inapprochables. Nico sûr de lui et de sa Mercedes remporte une belle victoire sans panache mais avait aux qualifications montré une certaine fébrilité en se loupant à deux reprises. Le réalisateur ne s’y est pas trompé en couvrant la plupart du temps la fantastique chevauchée de Lewis sans aucun doute le fait marquant de cette course. Ni un aileron endommagé ni de multiples arrêts, tiens cette fois dans les temps, ni les passe d’armes serrées ne le ralentirent. On put même croire un instant qu’il avait une chance de l’emporter avec la sortie probable de la voiture de sécurité quand Sutil abandonna en milieu de piste sa Sauber. Lewis changea ses pneus, mais la direction de course préféra envoyer de façon hasardeuse les commissaires traverser la piste, décision étonnante ne donnant pas lieu à un ultime départ et faisant baisser la tension au stand Mercedes. A l’arrivée on voit Nico se jeter dans les bras du boss de Stuttgart qui vient de renouveler sa confiance à son compatriote au plus fort de la bataille alors que Hamilton qui avait livré une formidable course, triste contraste, se dirige au contrôle esseulé.

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  • Cher Johnny, Spa et Monza offrent encore quelques (rares) zones de dépassements, qu’on pourrait qualifier de classiques : le freinage au fond de la ligne droite en montée de Kemmel pour Spa et les freinages aux première et deuxième chicanes pour Monza. Pour ce qui est du Hungaroring, je n’ai jamais compris, et je ne comprends toujours pas, qu’on s’accroche à ce circuit indigne de la Formule 1 où il ne se passe jamais rien, car bien trop hâché pour avoir des voitures lancées. C’est surtout Suzuka qu’il faudrait améliorer à ce niveau : circuit splendide pour les pilotes et pour son caractère propre certes, mais où il est quasiment impossible de dépasser tant il est étroit (ne parlons pas du virage en appui en bout de ligne droite des stands, toux ceux qui ont un tant soit peu tâté de la compétition savent à quel point il est difficile de doubler dans ce genre de courbe se refermant). En ce qui concerne Hockenheim, je ne serai pas de ceux qui regrettent systématiquement le bon temps passé : j’ai toujours trouvé l’ancien tracé relativement inepte et je considère l’actuel bien plus propice au spectacle, même si plus quelconque quant à son caractère.

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  • La plume de Johnny,un vrai regal! son analyse est juste et pertinente…je me souviens tout a coup,pourquoi j’achetais l’equipe…avant !

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  • Je suis pour ma part nostalgique de l’ancien tracé , les hautes vitesses dans la foret,l’aspi avant de déboiter, le freinage avant le stadium pouvait faire la différence (en moto aussi d’ailleurs) …. dommage ,ce tracé ressemble à rien , je ne regarde même plus…..

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  • Rives, Augier… C’est toujours un régal de lire leurs brillants éclairages – tant pis pour la redondance. lol !.

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  • Les circuits sont devenus totalement aseptisés au nom de la sécurité, nous sommes bien d’accord. On ne peut pas non plus regretter l’ancien Hockenheim et ses arbres qui ont couté la vie au grand Jimmy. Reste Spa mais sans Masta, là aussi Dieu merci. Pas pleurer davantage Rouen-Les Essarts et le Nouveau Monde. Les courses actuelles sont naturellement faussées par la « stratégie », la radio en course, les réglages dictés par les ingénieurs depuis les stands.. Pas d’arrêts changement de pneus, les pleins faits et que le meilleur gagne,comme au bon vieux temps! Mais fini alors les prodigieuses remontées favorisées par les choix de gommes et les arrêts – uniquement par eux, il faut choisir.

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