Retromobile 2013 – Mona Lisa rock’n roll

La page d’accueil d’un défunt blog s’ornait d’une maxime émise par un éminent compétiteur des temps anciens disant que le pilotage était un art en soi. La chose automobile a toujours trouvé un écho favorable auprès des artistes, dont certains savent aussi regarder ce qui se passe à côté de leur voiture.

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Patrick Brunet, on le connaît et on apprécie son travail à Classic Courses, vous n’avez qu’à aller voir dans la colonne de gauche. Comme beaucoup d’artistes à l’esprit ouvert (pléonasme ?), Patrick n’est pas un monomaniaque des boulons et rondelles : « Comme tout le monde, j’ai commencé par la gouache, puis l’huile. Mais arrive un moment où vous devez trouver votre style propre. Et quand j’ai exposé avec des artistes qui faisaient référence en la matière, je me suis vite rendu compte qu’il valait mieux que je me concentre sur ce que je savais le mieux faire : manier un crayon plutôt qu’un pinceau.

Au départ, je dessinais soit au crayon, soit à la sanguine. Et un jour, j’ai eu envie de les mêler. Le rouge et le noir en quelque sorte. Ça, c’est mon outil de travail. Mais ce qui me guide avant tout, qui me donne l’idée d’un tableau, c’est un texte. Un article, un dialogue de film, un extrait de chanson ou de livre. J’aime tout : la course, la musique, la littérature, le cinéma. Et je suis très frustré quand les gens ne font pas attention au texte que j’ai reproduit en bas de mon tableau, car j’ai l’impression qu’ils passent à côté de l’émotion que j’ai voulu transmettre.Rétromobile artistes Brunet 2.jpg

J’ai bien sûr mes pilotes, mes époques préférées. J’ai naturellement été attiré par le charisme de Cevert, l’excitation de l’aventure bleue des Ligier, les pilotes français prolifiques du début des années 80, Senna bien sûr et son fabuleux duel avec Prost, mais celui qui est gravé dans ma mémoire, c’est Clark. Enfant, je dévorais les revues relatant ses courses. Les courses ne passant que très peu à la télé, je ne pouvais pas le voir, alors je l’imaginais. Et Clark, je l’ai toujours imaginé en noir et blanc ! C’est peut-être pour ça que j’ai été attiré par la mine de plomb.

La musique tient une grande place dans mes passions. Toutes le musiques, mais le rock des années soixante vient en bonne position : Stones, Beatles, West Coast, etc. Pour le tableau sur les Doors, Janis Joplin vient au Morrison Hotel dans sa Porsche 356. Mais comme le pare-brise de la 356 est trop épais, il aurait masqué une partie de l’arrière-plan. Alors j’ai un peu triché et imaginé qu’un copain avait passé à Janis son roadster. Des Stones, j’adore la période créative 1968-1974. Mais j’ai aussi un gros faible pour les débuts, quand ils jouaient du rock’n roll pur. Le texte est un extrait du Carol de Chuck Berry, qu’ils reprenaient sur leur premier album. Et dans le rétroviseur de l’Austin Healey, j’ai fait un clin d’œil à celui qui les a façonnés, leur manager des débuts : Andrew Loog Oldham ».

 

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Les amateurs connaissent ses aquarelles depuis belle lurette : Daniel Picot est un des artistes majeurs de la peinture automobile. Il présente cette année un tableau surprenant au vu de son parcours : « Pas si surprenant, finalement. J’ai toujours dessiné. Je suis devenu designer industriel mais je n’ai jamais cessé de peindre. Ma formation professionnelle m’a permis de mieux appréhender et apprécier les formes des automobiles. Spécialement au Mans qui est un peu mon terrain de prédilection. Une Jaguar Type D, c’est une véritable œuvre d’art en mouvement.

Rétromobile artistes Picot 2.jpgLa course automobile est ma passion la plus connue, mais j’aime aussi faire des portraits. D’où cette idée de la Joconde. Quel rapport avec l’automobile me direz-vous ? Eh bien, je voulais rendre hommage aux femmes pilotes qui ont du se battre dans un milieu assez macho. J’ai choisi les 55 femmes qui ont piloté au Mans – la dernière étant une japonaise qui a couru en 2012, mais comme le tableau fut terminé en 2011, elle n’y figure pas. Et qui de plus approprié que l’incarnation absolue de la femme, peinte par un des plus grands artistes de tous les temps.

Mon défi était d’adapter Mona Lisa à l’univers de la course, sans trahir l’atmosphère du tableau original. Elle porte une combinaison noire dont les manches se terminent comme la robe floue de la Joconde. Sur les épaulettes, j’ai transformé le logo Sparco en « Sfumato », terme de la Renaissance qui désignait le vaporeux, le nébuleux des paysages. Ses mains reposent sur un casque actuel, mais décoré à la façon de Vinci. L’arrière plan représente le S du pont Dunlop, mais adapté au tracé du chemin qui est figuré derrière la Joconde. Et Dunlop est devenu « Done di velocitta » (les femmes de la vitesse). Ce tableau est une aquarelle à 100% (même pour les lettrages que j’ai fait en « réserve »), encadré ‘à l’ancienne’ et il est à vendre ».

 

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Et enfin, voilà le « smoker », celui qui amène ses mégots à Rétromobile, Philippe Burlet. Qui, à l’inverse des deux autres, n’est pas tombé dans la marmite quand il était petit : « Je ne suis pas du sérail, je n’ai aucune formation académique et je ne dessine vraiment que depuis une quinzaine d’années. J’ai par contre toujours eu la passion des garages, qui me vient de mon enfance dans la forge de mon grand-père à Verdun. Un jour d’indisponibilité, je me suis mis à dessiner, comme ça par curiosité. Et j’ai accroché tout de suite. Alors, plutôt que dessiner des pots de fleurs, j’ai dessiné ce que j’aimais : des autos. J’ai commencé par des 2CV et ensuite, je suis passé au reste.

Rétromobile artistes Burlet 2.jpgJ’adore la mécanique, les garages, les bidons d’huile ou d’essence. C’est pour ça que je réalise beaucoup d’affiches qui sont des hommages aux affichistes des années 30 à 50. Epoque où un illustrateur devait faire lui-même sa typo. J’aime dessiner les lettres anciennes. En fait, je crée des affiches originales avec des produits existants et un aspect d’autrefois.

Mon autre passion est la musique, le rock. Et les Stones, c’est ma génération. Mais je voulais faire quelque chose d’inédit, d’original, autre que l’huile. J’ai alors pensé que ces gens avaient beaucoup fumé à une époque – certains continuent encore, d’ailleurs – et j’ai eu l’idée d’utiliser les mégots des cigarettes que je fume pour tracer leur portrait ».

Souhaitons juste à Philippe que des fonctionnaires obtus ne viennent pas le verbaliser pour infraction à la loi Evin !…

 

Propos recueillis par Pierre Ménard

Patrick Brunet : www.patrick-brunet.com

Daniel Picot : www.daniel-picot.de

Philippe Burlet : www.philippeburlet.com

 

Crédits photographiques :

Pierre Ménard

5 pensées sur “Retromobile 2013 – Mona Lisa rock’n roll

  • Merci, Pierre, pour ce petit morceau de visite à Rétromobile (bis repetita placent…), cette fois dans le coin des artistes, coin dans lequel j’aurais assurément traîné mes guêtres si j’avais pu me rendre à la Porte de Versailles…….

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  • Jac, vous avez bien raison de dire que 1968-1974 a été la meilleure période des Stones. Mais ce n’est pas un hasard. La très bonne pioche et la contribution de Mick Taylor ex Bluesbreaker, durant ces années là (arrivé en 1969 et parti en 1974) fut énorme et d’ailleurs eux même le reconnaissent. Très bon rétablissement !

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  • Ceci dit, je crois que tous les amateurs des Stones, et Dieu sait si j’en connais, sont unanimes sur la question. Quant à ce brave Mick T, il a fait la plus grosse erreur de sa vie en quittant le groupe qui lui avait apporté la gloire. Mais son caractère ombrageux et versatile s’accordait de moins en moins avec des gens qui, quoi qu’on puisse en penser, basent leur travail avant tout sur les relations humaines. C’est avant tout ce qui les a fait tenir cinquante ans.

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  • Rendons à Patrick Brunet ce qui lui appartient. L’erreur de Mick Taylor a plus été de léser gravement la qualité musicale du travail de ses camarades et ce qui allait suivre après son départ ne serait plus jamais au même niveau. Néanmoins, je pense que la liberté n’ayant pas de prix, Il a fait le choix qu’il devait faire pour survivre à certains démons, en retombant notamment dans l’anonymat le plus absolu. Sauf pour ceux lui vouent une véritable vénération pour l’avoir vu sur scène avec les vrais Stones, puis bien plus tard, dans une petite salle de banlieue où nous n’étions même pas 200 nostalgiques. Là, ce fut l’effroi de voir arriver un gros pataud plein de bière et dont le visage d’ange s’était transformé en facies bouffi par l’alcool et peut être d’autre substance : pathétique ! Mais la magie opéra encore et nous eûmes droit au fameux riff auquel Francis fait référence. Grandiose !

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  • Magnifique cette nouvelle version de la joconde.

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