28 août 2014

F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Belgique 12

VRAI GENTIL OU FAUX MÉCHANT ?

Malgré la superbe prestation de Daniel Ricciardo couronnée par une épatante victoire dans le G.P. de Belgique 2014, ce qui aura marqué le plus profondément cette épreuve de rentrée, après les vacances estivales, est bien sûr le malencontreux accrochage sur venu entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg. Un accrochage d’autant plus marquant qu’il concerne les pilotes d’une même équipe, Mercedes. Et qu’il avait été précédé, lors de la première moitié de la saison, de quelques échauffourées qui, au bout du compte, en étaient les prémices.

Johnny Rives

 

Avant d’essayer de décortiquer cet évènement pour établir le plus clairement possible comment se répartissent les responsabilités, on peut déjà conclure que, pour le large public, le vilain petit canard de cette lamentable circonstance restera Nico Rosberg, quoi que l’on puisse dire désormais. Sans le moindre recul, les spectateurs de Francorchamps ont déjà exprimé ce sentiment. Et l’on peut craindre qu’à Monza, lors du prochain rendez-vous, il en sera de même. Le brave Sebastian Vettel en sait plus que n’importe qui sur le caractère « chatouilleux » du public italien, lui qui avait été injustement sifflé après sa belle victoire de l’année dernière…

Après la course, on eut d’abord droit au légitime coup de colère de Toto Wolff exprimé à chaud-bouillant par ce responsable de l’équipe Mercedes F1. On en retiendra  surtout un mot : « Inacceptable ». Cette sentence visait clairement Nico Rosberg. Et annonçait un raidissement dans la politique suivie jusque là de laisser libre cours à la rivalité de ses deux pilotes sans que viennent interférer des consignes d’équipe. Et puis, bien vite, cette annonce pourtant lourde fut éclipsée par une déclaration d’Hamilton dont se fit l’écho la charmante Margot Laffite sur Canal+. Elle eut raison d’ajouter que la presse britannique allait en faire ses choux gras, ce qui n’a pas loupé.

Qu’avait-il dit, Hamilton ? Que Rosberg avait reconnu devant l’état-major de l’équipe allemande avoir « volontairement agi pour ne pas éviter le contact. »

Un aveu très fort. Si fort qu’il nous laissa sceptique. Aussi promptement que pour sa déclaration précédente, Toto Wolff dut y aller de son démenti : « Les propos de Nico ont été mal compris, tempéra-t-il. Il a dit qu’il n’a pas volontairement réagi (pour éviter le contact, n.d.l.r.) ayant pensé que Lewis lui laisserait la place. » Ce qui n’est effectivement pas tout à fait la même chose…

L’incident m’a remis en mémoire un accrochage similaire qui s’était produit au tout début du G.P. du Brésil 1989 entre Senna et – non, non pas Prost !- entre Senna et Berger.

Bref rappel : Senna, en pole, avait manqué son départ et Berger avait tenté d’en profiter pour glisser sa Ferrari sur la droite de la McLaren à l’entrée du premier virage. Ne faisant ni une, ni deux, Senna lui avait braqué sous le nez. Cela les avait condamnés l’un et l’autre à perdre la course. « Mais pourquoi Senna a-t-il commis cette manœuvre suicidaire ? » m’avait demandé l’un de ses fans. La réponse était claire : pour se faire respecter. Désormais Berger (ou tout autre) allait y réfléchir à deux fois avant de tenter pareille manœuvre.

Dans l’affaire qui nous occupe, je me suis demandé si Hamilton n’avait pas agi dans la même intention. Car Rosberg était revenu presque à sa hauteur sur la gauche (la roue avant droite de Rosberg précédait la roue arrière gauche d’Hamilton à l’entrée du « S »). Lewis n’avait pas pu ne pas le voir. Mieux placé à l’intérieur, il s’assura plus confortablement l’avantage et braqua pour le gauche comme s’il était seul. Mais Rosberg n’avait pas eu la prudence de couper les gaz. Et son aileron avant était toujours là. La faute lui est donc revenue, pas de doute là-dessus. De là à avouer qu’il avait « volontairement » provoqué l’accrochage, nous n’en avons pas cru un mot. Pour la seule et bonne raison qu’il aurait aussi bien pu rester lui-même sur le carreau après le contact entre les deux Mercedes.

Les choses étant ce qu’elles ont été, Rosberg risque de payer l’addition plus cher qu’elle a coûté à Hamilton ce 24 août à Francorchamps. Il a, malgré lui, endossé le costume du vilain petit canard et le public risque de lui en tenir longtemps rigueur. Alors qu’Hamilton a adroitement réagi en s’abstenant de hurler au voleur. Ce qui fait de lui le gentil de l’histoire. Voilà qui nous rappelle un autre épisode « historique » de la F1 : la rivalité ayant en 1982 opposé René Arnoux à Alain Prost en 1982 chez Renault. Rivalité ayant poussé Arnoux à ne pas obtempérer à une consigne d’équipe au cours du G.P. de France : alors en tête de la course devant Prost, il lui avait été demandé de laisser gagner son équipier alors mieux placé au championnat du monde. Mais Arnoux avait refusé, provoquant un fameux séisme au sein de l’équipe française. La curiosité dans cet événement fut qu’aux yeux du public Arnoux était le gentil que l’on avait voulu flouer alors que l’ambitieux Prost était le méchant.

Dans l’affaire Hamilton-Rosberg, c’est évidemment l’Anglais qui occupe le rôle du gentil. Il sera intéressant de suivre la réaction de Rosberg à partir de Monza pour voir comment il va se sortir du piège dans lequel, peu ou prou, il s’est lui-même enfermé.

RICCIARDO ET BOTTAS ÉMERGENT

Cela dit, il y a eu un Grand Prix en Belgique au-delà de ce fait divers. Les héros en ont évidemment été Daniel Ricciardo et Valteri Bottas. Le premier a une nouvelle fois pris l’ascendant sur son équipier le glorieux Vettel pourtant mieux placé que lui sur la grille. Et qui a montré sans ambiguïté la volonté qui l’anime de s’arracher à l’anonymat dans lequel il est englué depuis le début de la saison. Mais cette volonté de redevenir le conquérant qu’il était l’année dernière encore l’a rapidement conduit à être écarté de la bataille d’avant-garde dans laquelle il s’était jeté avec enthousiasme : d’abord en manquant son freinage en haut de la grande ligne droite de Kemmel – là où un tour plus tard devait se produire l’épisode fameux entre les Mercedes. Puis en perdant brièvement le contrôle de sa Red Bull dans l’impressionnante courbe de Pouhon à cause du faible appui aérodynamique de sa F1. Contraint de couper les gaz pour récupérer sans dommage une glissade, Vettel tomba à la merci de son équipier Ricciardo plus habile à contrôler sa machine faiblement appuyée. Et qui le dépassa sans coup férir dans l’instant.

Ricciardo poursuivit en suite sa course. Et cela sans la moindre faute. Il tira un décisif avantage de son habileté à peu solliciter ses pneus. Cela lui permit de n’en changer que deux fois tandis que Rosberg observait trois arrêts (dont un long pour changer son aileron avant). Voilà comment Ricciardo, Red Bull et Renault purent fêter une troisième et belle victoire en cette saison 2014 à l’orée de laquelle personne n’imaginait qu’ils en gagneraient une seule !

 Quant à Valteri Bottas, son sort doit faire rêver Jean-Eric Vergne, même s’il prétend n’être pas un rêveur. Pour sa première année chez Williams, Bottas s’était contenté d’une 8e place en tout et pour tout. En 2014 nouveau châssis, nouveau moteur et le voici 5e au championnat du monde où il totalise 110 points – cependant que JEV doit se satisfaire de 11 points en récompense desquels il vient d’apprendre qu’il allait être congédié. De tous temps cela a été une évidence : un bon pilote ne peut briller qu’à condition que sa machine le lui permette. En l’occurrence, c’est une banalité que de dire qu’une Toro Rosso est incapable de rivaliser avec une Williams. Ce que Bottas ne cesse de démontrer course après course.

 A Francorchamps, outre le plaisir de grimper sur le podium pour la quatrième fois de la saison et d’avoir une fois encore totalement éclipsé son équipier le malchanceux Felipe Massa, ce Finlandais dont le visage fait plus que les 25 ans qu’il vient de fêter ce 28 août dernier s’est offert la satisfaction d’avoir brulé la politesse à son compatriote Kimi Raikkonen, pourtant brillant. Ça n’est pas rien.johnny rives,spa,f1,grand prix de belgique 2014,daniel ricciardo,nico rosberg,valteri bottas

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