Le commissaire interpelle Didier Pironi ! – GP F1 Hockenheim 1980

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Passionné depuis son enfance par la course automobile, François Blaise a été trente années durant, de 1961 à 1991, commissaire de piste bénévole. Témoin de nombreux évènements, il nous livre ici l’une de ces anecdotes.

Par François Blaise

Mais où est passé Didier Pironi ?

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En 1980, j’ai eu la chance d’être invité, avec mes deux fils, au G.P. d’Allemagne sur le circuit d’ Hockenheim par l’A.V.D. ( Automobile Club von Deutchland ). A l’occasion de ce G.P. était organisée une course de Procar. C’est Jochen Neerpasch le directeur-ingénieur du service course B.M.W.Motorsport qui avait proposé en 1978 l’idée d’un championnat monotype se déroulant sur des B.M.W. M1 d’une puissance de 470 cv, leur permettant d’atteindre une vitesse de 310 km/h environ.

220px-BMW_M1_Ausstellungsmotor.jpgLa BMW avait été ébauchée en 1971 dans ’une étude de style appelée «  Studie » signée Paul Bracq. Chassis tubulaire conçu par Lamborghini, moteur de BMW 2002 Turbo – 4 cylindres -. La crise pétrolière étant passée par là, c’est seulement en 1977 que le projet est relancé et confié à Giugiaro cette fois–ci, mais toujours en partenariat avec Lamborghini pour la partie chassis. Le moteur est désormais le superbe 6 cylindres en ligne de 3,5 L , 24 soupapes.

Chère – les chassis sont produits chez Marchesi à Modène, la carrosserie polyester chez Italdesign et l’assemblage se fait chez le carrossier Baur en Allemagne –  encombrante – ce qui limitera son potentiel en compétition malgré des versions groupe 4 et 5, la BMW ne sera construite qu’ à 455 exemplaires.  Les courses Procar, basées sur les groupes 4,  contribueront fortement à la notoriété de cette belle germano-italienne.

Les courses se déroulent donc au milieu de la saison de F1 lorsqu’elles ont lieu en Europe. Les essais et les qualifications ont lieu le vendredi, la course le samedi. Le gagnant de chaque manche reçoit 5000 dollars, le second 3000, et le troisième 1000. Les épreuves durent environ une demi-heure. Pour attirer les pilotes de F.1. des places sont garanties dans les voitures de l’équipe B.M.W. Les cinq pilotes les plus rapides lors des essais du vendredi en F1 obtiennent automatiquement une place dans une des voitures de l’équipe officielle B.M.W. Cette formule garantit non seulement la participation des pilotes de F1 mais permet également que ce ne soit pas toujours les mêmes. Ce championnat est couru avec des pneus Good-Year ce qui entraine la défection de certains pilotes dont les équipes, fidèles au fabricant Michelin, refusent de courir. Ferrari et Renault principalement. Le titre de champion Procar est attribué au pilote ayant accumulé le plus de points dans la saison, il gagne aussi une B.M.W M1 d’une valeur de 60 000 dollars. Les courses de Procar se produiront uniquement en 1979 (Lauda champion) et 1980 (Piquet Champion).

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Le samedi 9 Août dans le stadium du circuit d’Hockenheim où je me trouve , le temps est brumeux et lourd , les tribunes sont remplies de nombreux spectateurs Allemands qui n’ont pas bu que de la mineral wasser au vu des pyramides de bouteilles de bière vides qui décorent les tribunes. Les Allemands son venus pour soutenir leurs compatriotes dont le chouchou est Hans Joachim von Stuck. Le fils du célèbre pilote d’Auto-Union des années trente Hans von Stuck.

 

Les pilotes Germaniques qui participent à ces courses de Procar n’aiment pas Didier Pironi, ils lui reprochent son pilotage rugueux, dur, sans ménagement envers les adversaires. Ils voient en lui un coriace adversaire et redoutent sa supériorité sur ce rapide circuit. Sur la grille de départ c’est encore Didier Pironi qui est en pole position ce qui chagrine certains spectateurs. A côté du Français c’est le grand Hans Joachim Stuck qui l’a qualifié de  »tueur de Procar ». Cette course se présente donc dans une  ambiance « électrique ». J’ai la possibilité d’être sur la grille de départ et nous sommes seulement trois malheureux français pour encourager Didier dans cette fournaise.

 

Enfin le départ est donné. Au bout de 500 m après le premier virage à droite J.P. Jarier sort de la piste et abandonne ! Didier lui par contre a fait un beau départ et garde la tête de la course. Au cinquième tour cela devient chaud pour le pilote français, H.J. Stuck qui le talonnait attaque Didier et essaye de le doubler, le pilote Ligier lui ferme la porte à la chicane 2, les deux M1 se touchent brutalement et un furieux H.J. Stuck rétrograde en huitième position. Didier Pironi avec de la chance et de la maestria peut rattraper son auto en prenant l’échappatoire.

 

images2.jpgC’est Mansfred Schurti  qui est le nouveau leader avec Didier Pironi qui est revenu en seconde position suivi par le Suisse Marc Surer qui essaye à son tour de passer au même endroit où il y a une semaine le regretté pilote français Patrick Depailler se tuait. Encore une fois Didier ferme la porte et oblige le pilote suisse à freiner en catastrophe. Au 14 eme  tour Marc Surer essaye encore une fois de passer le français. Les spectateurs sont fous de rage et se lèvent dans les tribunes en criant et gesticulant envers Didier Pironi qui impose sa supériorité et sa fougue. Dans la Ost courbe les deux autos se touchent à nouveau. Marc Surer sort de la piste et termine sa course dans les pneus.

 

Maintenant, les pilotes Allemand se déchaînent, ils sont aux trousses de Didier et juste derrière lui. Schurti, Heyer, Stuck veulent la peau du Français ! H.J. Stuck essaye de passer Heyer, celui-ci part en tête à queue et se retrouve 7eme . Didier Pironi est toujours en tête. Soudainement, la pluie fait son apparition et le directeur de course décide d’arrêter  l’épreuve un tour avant l’arrivée.

 

La course terminée, Didier croit avoir été disqualifié pour avoir pris l’échappatoire suite à son accrochage avec H.J. Stuck. Il sort de sa M.1 et entend les cris et les sifflets des spectateurs et des pilotes qui lui reprochent son pilotage pour le moins musclé d’attaquant. Ils ne lui pardonnent pas de les avoir battus sur leur circuit. Didier semble prendre peur. Comme s’il craignait d’être agressé. Et  tout à coup, nous le voyons prendre ses jambes à son cou, pour aller se réfugier dans le motor home Ligier F1 d’où il ne sort plus.

Nous nous trouvons au pied du podium lors de la remise des récompenses et des  trophées, nous voyons deux pilotes seulement y monter. Le premier est M.Schurti et le deuxième est H.J.Stuck. Nous attendons le vainqueur, il est absent. Qui est ce pilote ? Tout à coup le speaker annonce  qu’il cherche Didier Pironi finalement déclaré vainqueur de cette course mouvementée.

 

speedweek.jpgNous réalisons avec mes deux fils la situation. Didier est enfermé dans le motor  home Ligier et ne sait pas qu’il est vainqueur de cette course. Aussitôt, nous courrons le prévenir. Le pilote Français est surpris de cette nouvelle et de ce résultat inattendu et nous l’escortons à la remise des prix.

Lorsqu’il est sur la plus haute marche du podium, les spectateurs l’applaudissent sportivement, il reçoit sa coupe puis la Marseillaise retentit.  Nous sommes heureux en tant que Français d’avoir pu assister à cette course Procar remplie de rebondissements et surtout qu’elle ait été remportée par ce regretté prince de la vitesse, Didier Pironi.

 

Le lendemain, ce sera un autre pilote français Jacques Laffite qui remportera le Grosser Preis von Deutschland F1  au volant d’une Ligier Cosworth…

 

François BLAISE

 

Photo 1 : départ course Procar @ DR

Photo 2 : moteur 3,5 l Procar @ DR

Photo 3 : BMW M1 Procar @ DR

Photo 4 : accrochage Didier Pironi @ DR

Photo 5 : Didier Pironi @ DR

 

 

 

 

 

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Jean Paul Brunerie
Invité
Jean Paul Brunerie

Mais nous sommes là pour en parler , n’est-ce pas ?

Olivier Rogar
Invité
Olivier Rogar

Jean Paul, un avis rarement émis et pourtant pertinent. Il serait intéressant d’avoir l’avis des pilotes sur cette tendance au pilotage « dur ». Courage, inconscience, bluff, progrès en termes de sécurité des voitures ? Moi ça m’a surtout marqué avec Schumacher.

JP Squadra
Invité
JP Squadra

Je partage l’avis d’expert et de fin connaiseur de Gérard Bacle (« mon » moniteur) sur la nécessité d’avoir un ascendant psychologique qui permet de faire la différence même à pointe de vitesse et coup de volant identiques.

Olivier Favre
Invité
Olivier Favre

Vécu de l’intérieur, voilà un témoignage vivant et très agréable à lire, merci François !

jean-paul orjebin
Invité
jean-paul orjebin

Belle histoire de course auto. C’était il y a 35 ans et grâce a François c’était le récit de la course de la veille.

Gerard Bacle
Invité
Gerard Bacle

Un recit a savourer comme si on y etait! on ressent bien l’ambiance electrique autour de Didier!…un pilote qui,comme SCHUMI,VETTEL ou d’autres ne peut etre qualifié de »gentleman »,mais plutot de « killer »!…et pourtant,ils ont raison,c’est,malheureusement a mon avis,de cette façon que l’on parvient a etre craint des autres pilotes et a les dominer en se faisant respecter au sein du peloton,surtout dans les formules monotypes (comme la PROCAR)…

Marc Ostermann
Invité
Marc Ostermann

Merci à François Blaise, on y est vraiment !

Paul-Henri Cahier
Invité
Paul-Henri Cahier

Excellent, François!

Bruno
Invité
Bruno

De plus, dans tout les domaines, et surtout le sport de competition, il faut se faire respecter.

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