Jean-Marc Avezou, le choix de l’historique

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Jean-Marc Avezou, un garçon qui respire la détermination et l’énergie. Nous l’avions rencontré en octobre dernier, lors de ses premiers 10 000 Tours. Il découvrait tout juste sa voiture, acquise depuis quelques mois. Ce qui ne l’avait pas empêché de gagner sa catégorie dans la course des sixties Legends.
Nous l’avons suivi lors de l’épreuve de ce mois d’août au Castellet et avons souhaité connaître son parcours.

Son investissement en historique est symptomatique des valeurs de cette forme de course. L’ambiance qui y règne est celle qui a fait le charme des épreuves reines d’il y a quelques décennies. Si on y rencontre quelques messieurs fort engoncés dans leurs combinaisons, on y croise aussi de plus en plus de pilotes plus jeunes qui ont fait ce choix au détriment du moderne. A méditer…

Olivier Rogar


Les 10 000 Tours Jean Marc Avezou
Jean-Marc Avezou – Austin Healey Mk2 1961 – Fifties Legends @ Olivier Rogar

Fifities Legends – Jean-Marc Avezou

Ici règnent Lotus Elite, TVR Grantura, Porsche 356, Aston Martin et Austin Healey. La catégorie a été créée pour équilibrer le plateau avec les voitures des Sixties Legends que sont les AC Cobra, E Type lightweight ou assimilées et autres Shelby GT 350.

Nous avons suivi Jean-Marc Avezou et sa belle Austin Healey 3000 Mk2 de 1961. Une voiture acquise il y a un peu plus d’un an et qui lui permet d’être inscrit dans les plateaux 50’s et 60’s. L’occasion de savoir d’où viennent ces pilotes, le plus souvent anonymes, mais rejoints par un nombre de plus en plus élevé d’anciens professionnels qui donnent aux courses un niveau très élevé.

Classic Courses : Jean-Marc Avezou, le week-end était plein de promesses, notamment avec la pole en Fifties Legends puis cet abandon. Que s’est – il passé ?

Les 10 000 Tours Jean Marc Avezou
ean-Marc Avezou – Austin Healey Mk2 1961 – Fifties Legends @ Olivier Rogar

Jean-Marc Avezou : Effectivement ça aurait pu aller mieux ! On a cassé la boîte. Peut-être le volant moteur a-t-il explosé derrière.  En fait sur le moment j’ai pensé que c’était le moteur mais les températures visibles sur les caméras embarquées ne révèlent rien. On pense donc à la boîte… Elle était neuve en octobre pour la dernière course ici même, on l’a révisée cet hiver. Mais vendredi l’overdrive ne marchait pas. On pense à une question de chaleur. Trois vidanges de la boîte pendant le week-end ont révélé un problème… On pensait néanmoins que ça arriverait plus tard…

Les 10 000 Tours Jean Marc Avezou
Jean-Marc Avezou – Austin Healey Mk2 1961 – Fifties Legends @ Olivier Rogar

CC : Comment êtes-vous arrivé au sport automobile ?

Jean-Marc Avezou : Il y a quelque chose que personne ne sait, aucun de mes copains, sinon ils se ficheraient de moi ! En fait j’ai commencé en faisant du stock-car en Belgique. J’étais en Ecole de Commerce à Lille et j’ai appris qu’il y avait des courses à la frontière belge, en stock-car, avec des voitures achetées à la casse. C’était des courses sur une espèce d’anneau, avec du sable et de la boue. On clouait un madrier derrière le siège conducteur, un casque, un butoir à l’avant et c’était parti ! Pas très élégant ni glorieux mais il y avait à chaque fois une quarantaine de voitures qui se poursuivaient.

Jean-Marc Avezou
Jean-Marc Avezou – Daf 44 Stock-Car @ Archives Jean-Marc Avezou

Tout était permis sauf de se rentrer dedans en frontal. On faisait trente tours et le premier arrivé avait gagné. Encore fallait-il arriver. A la fin du week–end quand les voitures étaient vraiment mortes, le spectacle s’achevait avec le concours du plus grand nombre de tonneaux avec sa voiture.  J’avais 19 ans, j’aimais bien conduire, j’avais une petite DAF 44 Variomatic jaune qui marchait bien et était très fiable. J’ai fini 3e de ce championnat la première année. Il y avait de tout comme véhicules. Avec la DAF je jouais au chat et à la souris et je parvenais à passer entre d’autres voitures beaucoup plus grosses, comme les Ford Granada, parfois en m’appuyant sur elles pour passer les virages plus vite. De fait j’ai dû tenir cinq week-ends avec la même voiture, ce qui était un exploit !

CC : Et ensuite vers quoi vous êtes-vous orienté ?    

Jean-Marc Avezou : Ensuite, j’ai fini mes études, fait mon service dans la marine puis bossé. A la fin des années 90 je me suis retrouvé directeur marketing d’une société qui sponsorisait un pilote professionnel au Trophée Andros. Tous les week-ends j’accompagnais des clients pour assister à ces courses. A la fin d’une saison j’ai eu envie d’essayer. Il y avait une coupe Citroën Saxo glace, et j’ai pu en louer une à la finale du Trophée à Super-Besse. Il y avait 24 voitures. J’étais 24e sur 24 aux essais libres. Puis le ridicule ne tuant pas, j’ai fait les essais qualificatifs et là je me suis retrouvé 21e sur 24. Puis par le système des manches éliminatoires je me suis retrouvé 3e de la finale en ayant doublé pas mal de monde et en m’étant bien amusé.

Jean-Marc Avezou
Jean-Marc Avezou – Citroën Saxo Glace @ Archives Jean-Marc Avezou

Les gens de Citroën Sport étaient là. Ils sont allés aux renseignements auprès de l’équipe qui me louait la voiture. Il y avait un peu de carrosserie à faire sur ma Saxo. Ils ont tout pris en charge et m’ont donné tout un équipement de pilote Citroën Sport. Selon eux, comme débutant j’avais fait une bonne pub à la Saxo auprès des spectateurs présents. Le speaker s’était égosillé à ce sujet pendant la course. « J’étais le quidam qui avait passé la barrière pour sauter sur le cheval ! ».  Et Citroën Sport m’a invité au Stade de France en 2000 pour la super finale du Trophée. Pour la Coupe Saxo Glace, il y avait les douze premiers du championnat et douze invités VIP. Dont Sébastien Loeb qui débutait, le champion du monde de Karting etc… 60 000 spectateurs…. Et incroyable, j’ai fini à nouveau 3e sur 24 !

CC : Ca a du vous donner des idées !

Jean-Marc Avezou
Jean-Marc Avezou – Bmw @ Archives Jean-Marc Avezou

Jean-Marc Avezou : Bien sûr, je me suis convaincu d’acheter une grosse voiture pour le Trophée Andros. Et j’ai fait le Trophée jusqu’en 2004. Jamais avec des résultats exceptionnels mais toujours avec des résultats corrects en fonction du statut d’amateur absolu que j’étais.  Quelques souvenirs sympathiques ; deux fois de plus 3e au stade de France. Une victoire sur Prost à l’Alpe d’Huez. Des petits moments de gloire …

Et en parallèle, gagnant un peu mieux ma vie, j’ai exploré plusieurs filières en compétition automobile. Une pige en Coupe Caterham. J’étais mauvais. Trop fin pour moi.  6 Heures de Magny Cours en endurance avec une vieille Porsche 964 où j’ai fini 2e. De la Mitjet. Première course à Nogaro, Coupes de Pâques. J’ai fait leur crash test. Gros accident. Trois vertèbres cervicales cassées…. Puis j’ai fait de la Funcup. Plusieurs 25 Heures de Spa. Avec un passager. C’était autorisé à certaines conditions.  40 biplaces et 140 monoplaces. 180 équipages en piste. On a gagné en 2009. J’étais complètement piqué sport automobile. De loisir. 

Jean-Marc Avezou
Trophée Andros @ Archives Jean-Marc Avezou

CC : Et l’historique en a découlé ?

Jean-Marc Avezou : Directement. Début 2010 j’ai acheté une Triumph TR3 avec un ami qui venait de lancer « Classic Driver » et voulait s’essayer au pilotage. On a donc acheté cette petite TR3 ensemble. On a fait un championnat en Grande Bretagne pour se préparer au Mans Classic. Cette voiture avait un moteur puissant de 80 ch mais tout le reste était nul. Pas de châssis. Pas de freins. Tout s’envolait. Mais elle nous plaisait et on a fait quelques résultats avec, 2e à Brands Hatch, 3e à Zandvoort – qui n’est pas en Grande Bretagne ! –  Dans cette formule « Etic GTS », il y avait un peu de tout : Jaguar, TVR, Lotus, Triumph, MG etc…

Jean-Marc avezou
Austin-Healey 3000 mk2 @ Olivier Rogar

Et on a pu faire Le Mans Classic 2010. On était 7e en liste d’attente… Les sponsors du Trophée Andros m’avait suivi. Notre plateau, le 3, avait l’honneur de faire le départ type Le Mans.  Du coup les pilotes sélectionnés attendaient longtemps dans leur voiture. Il faisait très chaud. Il y a eu plusieurs syncopes.  Et de 7e en liste d’attente on s’est retrouvé, avec un peu de chance, en piste !  Parti 70e j’ai rendu la voiture à mon co-équipier en 7e position 40 minutes plus tard. Ca m’a donné une énorme envie de continuer en ancienne. Mais la vie a changé mes plans et je ne m’y suis remis qu’en 2019 en achetant cette belle Austin Healey.

CC : Aujourd’hui qui s’occupe de votre voiture ?

Les 10 000 Tours Jean Marc Avezou
Austin-Healey Mk2 1961 @ Olivier Rogar

Jean-Marc Avezou : C’est Ohres Compétition qui s’occupait de ma voiture en FunCup. Quand je leur ai fait part de mon projet, ça les a intéressé et ils se sont engagés avec moi. Le responsable de la structure en Classic est François Felesmino, l’ancien responsable moteur de Lecocq.  Depuis que j’ai commencé avec cette voiture, j’ai eu une bonne course sur deux. L’autre course, la voiture a eu des problèmes.

Quand j’ai acheté la voiture, et il faut le dire dans l’article, j’ai fait une grosse erreur, un truc qu’il ne faut jamais faire. Quand on veut une voiture de course, il faut la louer. La piloter. L’apprendre. Et l’acheter tout de suite, sur place, sans la laisser repartir. Moi je l’ai essayée. Puis j’ai laissé le propriétaire repartir avec. Je suis allé la chercher deux mois plus tard… Et j’ai eu l’impression que ce n’était plus la même auto. Le prix de l’apprentissage…

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Austin Healey Mk2 1961 – François Felesmino @ Olivier Rogar

CC : Un conseil à un candidat aux courses historiques ?

Jean-Marc Avezou : Je pense que l’historique ne peut être une première étape de débutant. Je conseille de faire quelques courses en moderne, type Mitjet ou Funcup. Pour se familiariser et s’aguerrir à la course en peloton, à son côté physique et stressant. Il faut absolument être capable de piloter ces voitures historiques en étant très zen et décontracté. On n’y parvient qu’en ayant de l’expérience en course.

Jean-Marc Avezou
Ohres Racing @ Olivier Rogar

Avec des voitures plus faciles à conduire, moins fragiles. Pour moi la FunCup ( Voir à ce sujet notre essai Fun Cup et Ligier par Richard Dallest) est le meilleur rapport qualité- prix. Mieux que la Caterham qui est plus pointue à piloter et n’apprend pas à faire glisser une voiture. Or les historiques bougent, glissent, elles sont éloignées de la conduite d’une monoplace. Il faut aimer les faire bouger. Un FunCup vous apprend à glisser assez vite sans risque. Une Caterham vous apprend plutôt les trajectoires tendues nécessaires en monoplace.

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Jean-Marc Avezou – Austin Healey Mk2 1961 – Fifties Legends @ Jean-Marc Avezou

CC : Des projets ?

Jean-Marc Avezou : Réparer l’Austin pour être prêt pour Monza. J’avais un projet de Tour Auto mais ça tombe à l’eau à cause de la date. L’an prochain essayer peut-être une autre catégorie. Un petit proto ou , faisons un rêve : une Cobra ?!…

Les 10 000 Tours Jean Marc Avezou
Jean-Marc Avezou @ Olivier Rogar
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Olivier Rogar

« D’aussi loin que je me souvienne l’automobile m’a passionné. Les cartes postales de tacots, les goûters au Pub Renault avec ma tante puis la course de côte de Saint Antonin à Aix en Provence et enfin le Grand Prix de France au Paul Ricard m’ont fait passer d’Auto-Poche et l’Automobile à Sport-Auto, Auto-Hebdo, et – surtout – l’Equipe. Fascination pour les protos du Mans d’abord. Puis pour les F1 lors de cette incroyable saison 1976. Monde aussi inaccessible que fascinant que j’ai fini par tangenter en 1979-80 au Paul-Ricard puis en Angleterre. Les quelques photos que j’y avais commises et cette passion inextinguible m’ont amené à collaborer avec l’excellent « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, à créer Classic COURSES avec l’aide et les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui m’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité à prendre des décisions dont la maîtrise conditionne toute réussite. »

Olivier Rogar
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Pierre Ménard

L’historique, c’est l’incroyable variété des formes, des bruits et des compétitions. De la plus modeste à la plus prestigieuse. Pas d’ordi, que du boulon de 10 ou 13 et de la clé à cliquets. Une forme de pureté. On ne peut que comprendre les choix de ceux qui y courent.

richard JEGO

Pour quel budget annuel ? Ce serait une info intéressante .

Jean-Marc Avezou

Bonjour, merci de votre question ! Le budget des courses historiques dépend beaucoup de la voiture… Les engagements sont identiques – autour de 2500 euros une course de Peter Auto type « Spa Classic », 12000 euros pour le Tour Auto. Les frais d’assistance, de mécanique, de transport…sont très variables mais on peut compter autour de 7000 euros par weekend (sans panne ni accident…) – et ensuite reste la voiture : soit on a la chance d’en posséder une, qui normalement ne se dévalorise pas, soit on en loue une – une auto correcte pour faire le Tour Auto se loue entre… Lire la suite »

Laurent Riviere

Les courses historiques sont un excellent exutoire à la conduite insipide que l’on nous impose sous radar. Les compétitions de stock-car ont eu leur heure de gloire et m’évoquent un souvenir curieux. Dans le Morvan à l’occasion d’une rencontre fortuite, enfant j’étais très intéressé d’être passager dans la Mercedes d’un pilote de stock-car dont la particularité était qu’il conduisait avec une jambe artificielle. Quelques années plus tard je fus interpellé par le gros titre d’un quotidien relatant qu’un pilote de stock-car unijambiste était rentré dans la foule tuant plusieurs spectateurs. J’imagine que ces courses ludiques et spectaculaires furent plus sévèrement… Lire la suite »