Fujita San, Pau, Passionnément

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C’est avec passion, discernement et lucidité que Bertrand Allamel avait partagé avec nous sa vision de la course historique lors du Grand Prix de Pau. Pierre Gaston nous en donne un aperçu complémentaire dans un spectre plus personnel, celui d’un passionné japonais. Une histoire comme nous les aimons chez …

Classic COURSES

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Fujita San, pour l’amour d’un circuit

Puisque la F.1 moderne, notamment le désolant dernier G.P. du Canada, a le don de désespérer un amoureux du sport automobile tel que Johnny Rives – et nous avec lui -, voici de quoi retrouver le sourire (du moins nous l’espérons) à travers une histoire d’amour née sur les réseaux sociaux. Et alors ?, direz-vous, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela, qui se produit à chaque minute ? Eh bien il y a d’extraordinaire et de remarquable que cette histoire d’amour concerne un homme – Masami Fujita, 56 ans, médecin – et un circuit – celui de Pau, bientôt centenaire dans son actuelle configuration. Et pour vivre cet amour, Masami Fujita, 56 ans, médecin à Tokyo et pilote amateur passionné – casse tous les ans sa tirelire pour effectuer le trajet Tokyo – Pau via Barcelone avec quatre potes et un container contenant son Alfa-Romeo 1750 GTA 1965.

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Son nom nous avait marqué : Fujita, comme le peintre génial de la bande du Montparnasse et du bateau-lavoir. Puis la modestie de leur équipage : une simple toile tendue entre quatre piquets mais ouverte aux quatre vents, assis sur des pliables autour d’une table de camping elle aussi pliable. On pouvait s’attendre à davantage de luxe ou de confort de la part d’un si lointain visiteur qui était peut-être le légataire universel de l’œuvre inestimable de l’aïeul, mais non, aucun lien de parenté. Et puis nous fûmes interpellés par une voix familière, celle de la délicieuse Mariko Saïko, rencontrée à Paris deux décennies plus tôt dans les murs de l’agence Wake Upp, son magnifique sourire toujours attaché à ses oreilles, qui nous fît faire connaissance. Pas démoralisé le moins du monde par les deux secondes au tour qu’il rendait – à voiture égale – à l’équipage Bochet/Guitteny  – « Je ne les connaissais pas, mais j’ai appris sur internet qu’ils avaient été et étaient toujours deux fameux pilotes, d’autant que Maxime est palois. Ils sont venus spontanément vers moi pour me donner des conseils. J’avais par exemple des pneus tout à fait inadaptés. Ils m’ont aussi donné des conseils pour aborder certains passages du circuit, qui est très technique, très délicat, mais si beau ! ».

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Il avait dit « je reviendrai peut-être … Ca coûte cher et je ne suis pas millionnaire… ». Et il est revenu, cette année, avec le même équipage – lui, son Alfa Romeo GTA 1750, son ami Shunichi Ando, concessionnaire Alfa Romeo à Tokyo qui prépare sa voiture, Masahiro Miura ( !) son chef mécano, Mariko et sa copine Yumiko Narita, des filles qui assurent les relations presse et publiques, et mieux organisé puisque nous le retrouvons sous l’auvent du gros semi-remorque du team espagnol catalan « Nou Onze » de Carlos Beltran, rouage essentiel de  l’« Historique ». « L’an passé, explique Fujita San, nous avions demandé à une société japonaise de prendre en charge la logistique, mais la facture a été terriblement « salée ». Aussi l’organisateur m’a-t-il aiguillé vers cette écurie espagnole qui fait un excellent travail. La voiture arrive à Barcelone, je ne m’occupe de rien, et ça me coûte un peu moins cher : c’est formidable non ?! »

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Il « prend » toujours deux secondes au tour, mais peu lui chaud. « Mon plaisir est de rouler dans cette ville. J’admire le décor même quand je pilote. Mon endroit préféré est la descente entre les maisons… La gare aussi… Puis le Parc… » Il aime tout, quoi. Lucien Guitteny : « C’est génial de voir un mec qui n’est pas milliardaire se couper un bras pour venir courir à Pau parce-qu’il est tombé amoureux du circuit. En piste il est propre, il conduit bien mais il n’attaque pas trop, je suppose – et c’est bien normal – qu’il n’a pas envie de plier sa caisse. On voit qu’il est expérimenté : il fait hyper gaffe à ne gêner personne, il a toujours un œil dans ses rétros et dégage sur la droite dans les lignes droites où celui qui le suit va le dépasser sans avoir à changer sa trajectoire. A coup sûr il a le niveau pour rouler aux 24 Heures du Mans dans une bonne GT. D’autant qu’il est endurant : contrairement à nous qui sommes deux par voiture, lui assure seul la totalité de la course, et il ne s’effondre pas, il est régulier tout le temps, c’est un signe de qualité, ça. Et puis c’est un homme vraiment charmant. Quelqu’un de bien je suppose. Je ne comprends pas que les organisateurs et la presse locale ne le distinguent pas. C’est un pilote qu’il faudrait remercier de nous faire l’honneur de venir du Japon à Pau en puisant dans ses propres deniers. En tout cas, Maxime et moi lui disons « chapeau, M. Fujita ! »

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De l’expérience, Fujita San n’en manque en effet pas : il a débuté à l’âge de 22 ans au Mont Fuji avec une Alfa Romeo Giulia Sprint Veloce, et il en avait 42 quand il a acquis son actuelle GTA. Ce qu’il aime dans les Alfa ? : « Leurs designs, toujours beaux, et concernant ma GTA, le son de son moteur : je ne m’en lasse pas. Et ici, en ville, comme ça résonne… C’est génial ! »

Reviendra-t-il l’année prochaine ? « J’aimerais, bien entendu, mais on va faire les comptes en rentrant et voir comment marchent les affaires dans les mois qui viennent. Mais il est certain que tant que je le pourrais, vous pourrez voir mon Alfa rouge sur ce merveilleux circuit. » Et il rit. Parce-qu’il est des civilisations pour lesquelles sourire est une question de politesse. Et rire la manifestation de la gratitude ou de la connivence.

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Nous allions le quitter on oubliant de lui demander de nous raconter la naissance de son histoire d’amour avec Pau : « Je me baladais sur You Tube et je suis tombé sur une vidéo prise en 2013 dans la course d’Endurance Historique depuis l’Austin Healey de Mike Thorne. Je l’ai regardée dix fois de suite et je me suis dit : je veux y aller ! Je veux aller courir là-bas, c’est trop beau ! »

Vous êtes et serez toujours le bienvenu, Fujita San, votre petite troupe si sympathique et votre si belle Alfa GTA à la voix de Diva.

Pierre Gaston

Illustrations © Antonin Vincent

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Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

Johnny Rives
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olivier

Très belle aventure. Un tel acte d’amour mériterait effectivement un hommage plus appuyé. Monsieur Fujita a bien raison : Pau est un circuit exceptionnel, et le Coupé Bertone 1750 une vraie voiture sportive. Et le bruit des Alfa, on ne s’en lasse pas !
Écrit par : Pierre Ménard | 21/06/2015
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olivier

On ne parle pas suffisamment d’Alfa sur Classic COURSES. Avis aux amateurs. Outre la qualité de cette note de Pierre Gaston, j’aimerais souligner la qualité des photos d’Antonin Vincent.
Écrit par : Olivier Rogar | 21/06/2015
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olivier

Une belle et charmante histoire concernant ce pilote amateur passionné et en plus venant du Japon avec son Alfa , je lui adresse
toute mon admiration pour cette aventure qui sort de l’ordinaire .
C’est sur ce circuit que j’ai pu assister à la victoire de Old Jack
(Brabham) en F.1 à l’occasion de mon stage de parachutiste à Pau en 1960.( à cette époque le G.P.de Pau était réservé au F.1 ).
Écrit par : François Blaise | 21/06/2015
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olivier

A savourer ligne après ligne ! Fan de Pau, fan des Bochet, fan de Gaston, je ne pouvais qu’idolâtrer Fujita San. Aligato Pierrot !
Écrit par : eric bhat | 22/06/2015
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olivier

Magnifique histoire ! totalement inattendue, mais en tous points délectable. Ce que peut faire faire la passion …
Écrit par : Olivier Favre | 22/06/2015