Epoqu’Auto 2022 1/2

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Le Salon Epoqu’Auto vit par l’énergie des 250 bénévoles du club des 3A : « Amateurs d’Automobiles Anciennes » et par la présence de plus de 400 exposants. Avec 80 000 m² d’expositions et peut-être plus de 82 000 visiteurs cette année, ce qui ferait tomber le record de 2019, on comprend que cette manifestation soit l’une des principales en Europe.

On trouve ici l’ambiance qui sied à un salon « pour tous ». C’est à dire que chacun peut simplement s’instruire de l’histoire de l’automobile et de la compétition en admirant les multiples expositions ou venir chercher des pièces pour son ancienne, ou un tableau ou même acheter une voiture. Tout cela avec une certaine raison, une passion simple et sincère. Ici plus qu’ailleurs, on semble vivre l’automobile ancienne non comme un « placement » mais comme un plaisir.

Olivier Rogar

Gérard Gamand, le roi Lyon

Le patron d’Autodiva est coutumier du fait. Ses expositions de voitures de course, en hommage à une seule marque, sont toujours intéressantes. Ces constructeurs parfois peu connus du public obtiennent ainsi une reconnaissance, une visibilité alors que pour certains, ils n’existent malheureusement plus depuis des décennies.

Epoqu'Auto 2022
Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses

Cette année Gérard Gamand a choisi de donner la vedette à AGS, l’officine de Gonfaron, dans le Var. L’aventure de Monsieur Henri Julien, comme le désigne toujours notre ami Richard Dallest, est des plus improbables. Il s’agit ici d’artisanat, entendons par ce mot tout le respect que nous avons pour lui, son art et les artistes qui l’entouraient, qu’ils soient ingénieurs autodidactes, mécaniciens ou pilotes. Certes l’emploi du pluriel relève parfois ici de la convention de style…

Un garage station service, celui de « l’Avenir », un atelier en contrebas de la route, quelques bonnes volontés très douées et vas – y mon gars, on sort de là, à partir de 1969 des Formules France puis Renault et Renault Europe, des Formules 2 toutes mieux finies les unes que les autres (voir plus bas le châssis nu de la JH16) et enfin, ce qui semble incroyable, des Formule 1.

Ces dernières seront inscrites à 47 Grands Prix entre 1986 et 1991. Malgré la montée au capital d’investisseurs successifs, l’aventure cessera en 1991 alors que la F1 entrait dans une phase d’inflation budgétaire et qu’il n’y avait plus de place pour les petits indépendants.

Pour vous donner une idée de la structure des débuts voilà à quoi ressemblaient les lieux, le garage en l’occurrence, au moment où il a été mis en vente, fin 2014.

Mais que l’histoire a été belle ! Imaginez cette passion qui chez eux a vraiment déplacé des montagnes ! Observez la qualité de fabrication de ces autos. Et pensez à ce palmarès, exceptionnel pour qui construit ses propres châssis et les exploite directement : Richard Dallest, sur la JH17 a remporté deux Grands Prix en 1980, Pau et la Hollande. Réalisé deux pole-positions aussi. Philippe Streiff pour sa part a remporté sur la JH19C, le dernier Grand Prix F2 en 1984 avant que celle-ci ne cède la place à la F3000. Trois Grands Prix gagnés.

Pour situer les choses, il n’y avait que trois autres écuries à évoluer dans ce contexte artisanal : Minardi, une victoire en F2 avec Michele Aboreto, Maurer, quatre victoires en F2, avec Guerrero, Elgh et Bellof ainsi que Merzario, pas de victoire. Voilà qui situe le niveau. D’AGS. De Dallest et Streiff aussi.

Ci-dessous, un petit bonus tourné lors des 50 ans d’AGS au Luc en 2018 avec Richard Dallest et la JH17.

On sait que plusieurs AGS F1 sont hébergées au Circuit du Luc, chez AGS Formule 1 , devenue une structure d’assistance course de haut niveau. C’est par leur obligeance qu’elles ont été confiées à Autodiva pour le Salon Epoqu’Auto. C’était aussi le cas jusqu’à récemment de la JH17 de F2. Et les autres ont été prêtées par leurs différents propriétaires. Quand Richard Dallest a su que la JH15 de 1978 était là, il ne le croyait pas. Il pensait qu’elle avait disparu. Il en avait partagé le volant avec le regretté José Dolhem, le demi-frère de Didier Pironi tout au long de la saison, sans grand succès, mais avec beaucoup de vaillance.

Je me garderai bien de continuer à vous livrer ces bribes d’histoire ; Gérard Gamand s’est investi dans l’Histoire de la marque. Son livre sortira pour Noël. Il est actuellement en vente par souscription. Nous ne saurions que vous le conseiller. ( www.autodiva.fr)

Epoqu'Auto 2022
Simca Julien JH1 1950 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Epoqu'Auto 2022
AGS JH15B F2 1978 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Epoqu'Auto 2022
AGS JH16 F2 1979 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Jean-Paul Orjebin
Epoqu'Auto 2022
AGS JH16 F2 1979 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Epoqu'Auto 2022
AGS JH17 F2 1980 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Epoqu'Auto 2022
AGS JH19B F2 1983 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Epoqu'Auto 2022
AGS JH23B F1 1989 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Jean-Paul Orjebin
Epoqu'Auto 2022
AGS JH24 F1 1990 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Epoqu'Auto 2022
AGS JH25 F1 1991 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Jean-Paul Orjebin
Epoqu'Auto 2022
AGS JH25B F1 1991 – Exposition Autodiva – Epoqu’Auto 2022 © Jean-Paul Orjebin

Derniers tours de piste pour Jean-Paul Brunerie ?

Jean- Paul Brunerie révèle les secrets de la Corrèze ! Stand Dordogne Corrèze – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses

Pas d’autre choix que de laisser la parole à l’autre Jean-Paul, Gian Paolo pour les intimes, j’ai nommé Jean-Paul Orjebin. Même si nous, on ne croit guère à ce « derniers tours de piste ». Un arrêt aux stands, à la limite …

Jean-Paul Brunerie passe le Drapeau à Damier

Il y avait ceux qui ont manqué les adieux de Jacques Brel à la scène, il y aura ceux qui sont passés à côté des adieux de Jean-Paul Brunerie au Road book.

L’Olympia du Paolo, c’était le stand Corrèze Dordogne Périgord Tourisme d’Epoqu’Auto. Le peignoir en éponge, un Battle dress et pour cocktail le traditionnel et succulent foie gras Lagrèze accompagné d’un Monbazillac.

Des adieux de trois jours et un défilé d’amis permanent et impressionnant. Dame, il le mérite le Paolo, des centaines de rallyes organisés de main de maître, de recos, de roadbooks, de démarches auprès des autorités, des milliers de kilomètres sur les routes de Corrèze, son pays, sa patrie , là où sont nichés ses ancêtres, son cœur, son âme. Tous seront d’accord pour féliciter et remercier Jean-Paul pour ses qualités humaines, son Art de l’accueil, la chaleur de ses rapports avec ces fous dans leurs drôles de machines et la perfection de ce qu’il organise. Le remercier également d’avoir aidé à faire connaitre aux bagnolards cette belle région et ses belles routes.

Une grosse heure passée sur son stand et comme toujours de belles rencontres : José Valli, son Tambay sous le bras, tout sourire comme toujours d’autant qu’il est nommé Président d’honneur du Salon Littéraire du Castellet qui aura lieu le 11 décembre.

Le passage de l’ineffable Laurent Rondoni qui en un quart d’heure, nous transporte du Bld Victor au bar de la FFSA rue de Longchamp * en passant par Molsheim, nous racontant les vies croisées d’Ettore Bugatti et d’Amédée Gordini.

La visite amicale de Jean-Pierre Jarier, aimable, aminci et devenu disert.

Celle de Patrick Verneau, Alfiste s’il en est, qui bien que de Frontignan sait apprécier le Monbazillac servi à l’envi sur ce stand.

Bruneau Cottanceau qui pourra entre deux tartines montrer ses talents d’étalagiste en améliorant le facing des livres édités par Classic Courses et qui partira avec un Tambay qu’il lira sa chienne Somerset à ses pieds.

Et puis l’arrivée de Guy Julien, dit « Gus », un ami de plus de cinquante ans de notre Jean-Paul et les vieilles histoires du Club Moto de Levallois remontent comme par enchantement à la surface. Les séances de dérapages sur la place de Vigeois, les coups de cul sur la selle pour faire des étincelles avec la béquille dans le premier droit des tournants de Dampierre.

Mais, l’anecdote qui fait se taire tout le monde, c’est la montée du col enneigé en side, pneus cloutés, en bagarre avec une Alpine A 110 , Les vainqueurs sont… Paolo et Gus, le perdant est … nos deux compères ne le sauront qu’à l’arrivée à l’hôtel quand ils verront s’extraire déconfit de la Berlinette… une pointure de l’Equipe Alpine usine que la discretion nous empêche de citer. Je vous demande d’applaudir bien fort Paolo au guidon et Gus dans le panier.

Nous rencontrons aussi celui qui succèdera à Jean-Paul, c’est un jeune retraité qui respire la sympathie, il s’appelle Xavier Courty , nous lui souhaitons la plus totale réussite sur les traces du grand Maitre du dérapage contrôlé.

Jean-Paul arrête l’organisation de rallyes mais compte bien relancer à son rythme son Ecurie faite de volants et de fourchettes, c’est de bonne augure, le Pont de Vigeois verra encore passer de belles autos. Merci d’exister Jean-Paul.

Lancia, une classe à part

Quelle bonne idée que cette exposition Lancia.

Fondée par Vincenzo Lancia et deux associés en 1906, la marque a un passé glorieux en sport automobile, onze titres en rallye, le plus beau palmarès à ce jour. Mais également en Formule 1. On se souvient de la D50, conçue en 1953 qui, sous les couleurs de Ferrari, a permis à Fangio d’être sacré en 1956. Sans oublier trois titres en Championnat du Monde Endurance moins de deux Litres de 1979 à 1981 avec la Lancia Beta Montecarlo. Excusez du peu…

Ce que l’on sait moins, c’est la forte propension de cette marque à l’innovation, la rapprochant en cela de Citroën. Lancia et Citroën deux personnages aux antipodes. L’un plutôt pilote et homme de technique, l’autre plutôt ingénieur et homme de marketing . Tous deux osant en permanence, tous deux décédés avant la sortie d’un modèle phare de leur marque, la Traction pour l’un , l’Aprilia pour l’autre.

Vous l’avez compris ces comptes rendus n’ont rien de catalogues exhaustifs. Mais simplement pour rappel, voici quelques inventions dues à Lancia : 1922, coque autoporteuse  et roues avant semies indépendantes ( LAMBDA), 1923, moteur intégralement en aluminium, y compris pistons (TIPO 67), 1933, Carrosserie monocoque (AUGUSTA), 1937, 4 roues indépendantes (APRILIA), 1939, circuit électrique 12 volts et boîte 5 rapports (ARDEA), 1950, premier moteur V6 de série au monde et premier groupe boite – embrayage – différentiel regroupé à l’arrière de la voiture (AURELIA).

Intégrée au groupe Fiat dès 1969, la marque a périclité sous l’égide du Président Sergio Marchionne qui déclarera en 2014 que Lancia ne produirait désormais qu’un seul modèle, la petite Ysilon… Devenue depuis 2020 une des marques du « super » groupe Stellantis, regroupant les groupes Fiat et Peugeot, il est possible que Carlos Tavares, présidant aux destinées de l’ensemble et aimant l’automobile, sache rendre à cette marque une position plus enviable.

Epoqu'Auto
Exposition Lancia – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Lancia Ardenne – Aprilia 1937 – Exposition Lancia – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Lancia Aurelia B20 GT 1951 – Exposition Lancia – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Lancia B24S 1958 – Exposition Lancia – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Lancia Flaminia GT 1961 – Exposition Lancia – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Lancia Flaminia GT 1961 – Exposition Lancia – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
Lancia LC2 1983 et LC1 1982 – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses

Patrimoine lourd

Suivant l’exemple de la Fondation Berliet qui poursuit inlassablement sa mission de sauvegarde du patrimoine de la marque, différentes associations se consacrent elles aussi à la préservation du patrimoine constitué par les véhicules lourds, les camions, les cars notamment. On trouve aussi à Epoqu’Auto la reconstitution d’une station – essence, le magnifique Relais de St Pierre.

Epoqu'Auto
Station Total – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Magirus Deutz « Mercure » de 1964 et sa citerne Trailor de 1961 – PTRA – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Berliet GBC 8 6*6 ayant participé à la mission Berliet Ténéré en 1959 et 1960 – Fondation Berliet – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Berliet – Fondation Berliet – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Berliet GLR 8 -1949 – Elu en 1994 « Camion du XXe siècle » – Fondation Berliet – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses
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Car Isobloc – 1955 – Musée du Car Vanosc 07 – Epoqu’Auto 2022 © Classic Courses

A suivre…

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Olivier Rogar

« D’aussi loin que je me souvienne l’automobile m’a passionné. Les cartes postales de tacots, les goûters au Pub Renault avec ma tante puis la course de côte de Saint Antonin à Aix en Provence et enfin le Grand Prix de France au Paul Ricard m’ont fait passer d’Auto-Poche et l’Automobile à Sport-Auto, Auto-Hebdo, et – surtout – l’Equipe. Fascination pour les protos du Mans d’abord. Puis pour les F1 lors de cette incroyable saison 1976. Monde aussi inaccessible que fascinant que j’ai fini par tangenter en 1979-80 au Paul-Ricard puis en Angleterre. Les quelques photos que j’y avais commises et cette passion inextinguible m’ont amené à collaborer avec l’excellent « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, à créer Classic COURSES avec l’aide et les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui m’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité à prendre des décisions dont la maîtrise conditionne toute réussite. »

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Pierre Ménard

Monsieur Henri Julien professait : « Bien courir, oui, mais bien manger et bien boire après ». Toute une philosophie de la vie…

Jean-Robert Aumaitre

Belles histoires et surtout beau commentaire sur la philosophie de Epoqu’auto que je partage totalement . tellement déçu de ne pas avoir pu y monter.