Circuit Park Zandvoort, Zandvoort, Noord-Holland, Nederland, le 29 août 1976
Au sortir du circuit après la fin des essais d’hier, la Chrysler 180 officielle de notre quatuor remonte le boulevard Barnaart, c’est-à-dire la promenade de bord de mer à Zandvoort.
Patrice Vatan

Vénérables hôtels décrépis, senteurs de rollmops, de frites dorées mêlées aux effluves marins dopés par le vent du nord ; c’est la fin de l’été, la fin des vacances.
Fugace, une envie de communier à cette marine digne d’un petit maître flamand s’insinue. La frénésie des Grands Prix se succédant tous les 15 jours nous l’interdit.

Christian rompt notre rêverie en prenant sur la droite la route d’Amsterdam où l’hôtel De Bijenkorf nous attend.
Situé près d’un musée de l’érotisme, l’hôtel ouvre accès à un quartier touristique dont les points remarquables se signalent par de petites lampes rouges allumées dans des vitrines.

Mû par un intérêt soudain pour la chose culturelle, deux d’entre nous proposent d’y passer la soirée, le solide faussaire GR et le rude serrurier CB. Martine et votre serviteur déclinent, elle pour des raisons évidentes, lui, que travaille déjà la question monacale, argue d’un livre à finir, Le Ciel n’a pas de préférés, de Erich Maria Remarque, dont Sydney Pollack tourne actuellement l’adaptation au cinéma sous le titre Bobby Deerfield.
Le héros, Clairfayt, pilote de course romantique, tente d’appeler Liliane, dont il est tombé amoureux, depuis Brescia. Il court les Mille Milles.

On est tous à Tarzan pour le départ du 25e Grote Prijs van Nederland. Tarzan un spot insensé, la courbe à droite après la ligne des stands sur laquelle fondent plein pot 26 pilotes de course dont le romantisme reste à démontrer. Un tout droit de l’un d’eux y égale un mort parmi les photographes ou les roupeurs que nous sommes.

Une bagarre du tonnerre oppose John Watson, auteur de la pole position à James Hunt pour la deuxième place alors que Ronnie Peterson, parti en flèche, mène le train.
Au 8e passage, Watson bloque ses freins à l’entrée de Tarzan, devant nous et Hunt lui fait l’intérieur, accompagné d’un hurlement (de plaisir ou de grogne ?) du public.
Une silhouette s’est glissée à nos côtés, qu’accaparés par le spectacle de haute intensité, nous ne dévisageons pas. « Peterson ne passe plus ! » de s’écrier un homme qui se révèle être Roger Gicquel, en tenue de sport, un cachemire sur les épaules.
« Ah merde ! » fait celui qui en février dernier s’est illustré par cette phrase au 20h de TF1 : « La France a peur ».

Hunt lui n’a pas peur. Débarrassé de Watson, victime de sa transmission, il subit l’assaut de Regazzoni qui, de 8 secondes de retard sur lui, échoue à 9/10e de seconde derrière ses pots d’échappement.

Alors que l’Anglais flamboyant fête sur le podium sa 5e victoire de la saison, et accessoirement son 29e anniversaire en ce 29 août, nous giclons plus discrètement sur l’autoroute du Nord, vers Paris.
