« Ricard » 1979 Ambiance et technique

« Ricard » 1979 : 18 ans, étudiant en première année de médecine à Marseille, je m’ennuie ferme.450373791 « L’Equipe » parle des essais hivernaux de F1. Je ne résiste pas à la tentation, enfourche ma Yam 125 DTmx et « monte » au Ricard… Fatale erreur je ne serai ni médecin… ni pilote… mais les images que je vous livre 30 ans plus tard sont celles d’un intense bonheur, celui qui donne le sentiment de vivre sa vie.
La passion était sans entrave : entrée du circuit, entrée du paddock, je laisse ma moto et me dirige timidement vers la barrière de l’entrée des stands. Le préposé me regarde d’un œil morne. Je passe. Pas un mot. Pas un geste. Aucune main pour me ramener dans le vrai monde.  Moi et mon Nikkormat, sommes au paradis.

Olivier Rogar

La compétition reste la compétition et les pilotes des compétiteurs nés. 1950, 1979 ou aujourd’hui cinq générations d’entre eux peuvent échanger, se comprendre et se respecter.  Je vois les pilotes en essais se parler, au-delà de leur propre écurie. Au-delà de leurs nationalités. Et ces héros qui m’intimident semblent accessibles.Gilles Villeneuve pose avec des enfants, puis attrape une corde, se fait un lasso et montre à Jean Pierre Jabouille comment on s’en sert…

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Patrick Depailler nous montre le moteur de son Alfa Roméo turbo coupé de fonction… 4120374897

Jean Pierre Jabouille, au moment de quitter le circuit, se fait piquer les clés de sa voiture de location par une accorte groupie qui lui fait du chantage au bisou … Je m’équipe pour reprendre ma moto, il me voit et se marre.
John Watson ne se souvient plus avec quelle voiture de location il est arrivé et fouille le parking à une époque où les télécommandes et les feus clignotants relèvent encore de la science fiction.

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Ces héros sont des hommes et des hommes simples pour la plupart. D’ailleurs leur environnement est plutôt précaire et spartiate. Pas de Motor home extravagant pour les debriefings, Nelson Piquet et Gordon Murray sont tranquillement installés dans leur stand en béton brut.

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Et côté mécaniciens, poser un V8 DFV Cosworth sur un pneu Good Year pour le régler avant de l’installer dans la F1, est une pratique courante.

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Elle permet d’admirer ce magnifique moteur qui ressemble encore à un moteur et de le photographier net de tout périphérique.

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Les coques sont encore en alu nid d’abeille
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et les instruments sont encore sur les tableaux de bord.
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Une chose existe déjà qui a tendance à énerver un peu : la privatisation du circuit !
Un matin, ayant pris quelque assurance, je me présente devant la Direction de course mais la barrière est baissée. Fausse manœuvre ? Du tout, on me dit que Williams a loué le circuit pour des essais secrets. Pas de visiteurs pendant x jours.
Je me rabats sur les escaliers à l’arrière des stands. Je monte sur la magnifique terrasse du « Ricard ».
Et je me poste au dessus du stand Williams qui étrenne sa nouvelle FW 07 à effet de sol. Cette auto est fine, sobre, bien décorée avec le dessus de ses pontons vert bouteille (ou BRG ?).
Comprenant que Williams souhaite tester discrètement une quelconque innovation, j’observe mais ne fais pas de photos. Je vois alors Franck Williams s’écarter de son stand, venir au milieu de la voie et, levant la tête, me désigner du doigt…Aie… il n’a pas l’air d’être content.
Puis il retourne dans son stand. Dont act.
Ah non tiens ! derrière moi, sur la terrasse, un vigile avec un berger allemand… il s’approche. Je ne bouge pas. Il me fait le résumé de la situation… et me demande mon appareil photo…
Ca pas question. Malgré cette entrée en matière, curieusement il est beaucoup moins – comment dire – primaire – que la moyenne des vigiles et accepte le fait que je n’ai pas pris de photos, le compteur de mon Nikkormat étant à zéro.

Les Williams seront championnes du monde cette année là pour la plus grande tristesse des podiums qui du fait du sponsor oriental de cette écurie ne seront plus arrosés au Champagne !….

En fin de journée une moitié des stands est libérée mais derrière les barrières, Alan Jones est toujours prisonnier du « secret » !
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Photos © Olivier Rogar sauf précision contraire

publié en 2010 sur le site Mémoire de stands

Olivier Rogar

Olivier collabora avec « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, il créée Classic COURSES avec les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui l’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité de décision dont la maîtrise conditionne toute réussite.

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Une pensée sur “« Ricard » 1979 Ambiance et technique

  • Pour Olivier Rogar

    Je tombe par hasard sur vos photos prises sur le circuit du castellet autour des années 80.
    J’aurais pu ecrire le meme texte : étudiant à Marseille à Luminy, j’enfourchais ma mopto des que dans l’equipe, un article de Johnny Rives commençait par Le Camp.
    Bref, comme vous, j’ai vécu des moments intenses sur ce circuit que je côtoie toujours.
    Aujourd’hui, j’habite au Castellet, je suis membre de l’association Passion Circuit Paul Ricard qui regroupe des passionnés de sport auto, pilote ou simple public, passionnés de ce circuit.

    Dans l’article sur les essais Lotus au Paul Ricard, sur une photo de Stephen South sur laquelle apparait Johnny Rives, il y a ma soeur, qui passe en manteau en arrière plan.

    Si vous venez au Ricard un de ces jours, présentez vous à la tente de l’association, ce sera avec plaisir que je vous accueillerai.

    Cordialement

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