4 janvier 2024

Tim et Teddy Mayer – A tale of two brothers

Tous les cinéphiles connaissent la sentence définitive prononcée par François Truffaut en 1960, dans les Cahiers du Cinéma, à propos d’un jeune réalisateur de 22 ans qui faisait ses premiers pas dans le métier : « Retenez bien ce nom, Claude Lelouch, car vous n’entendrez plus jamais parler de lui ! » Il n’est pas interdit de s’inspirer d’un exemple aussi prestigieux que celui offert par François Truffaut : retenez bien ce nom, Tim Mayer, car vous n’en avez probablement jamais entendu parler, et il n’y a absolument aucune raison que vous en entendiez parler à l’avenir.

Tous les passionnés de course automobile, qui s’intéressent un tant soit peu à l’histoire de ce sport, connaissent les noms de Guy Moll, Onofre Marimon, Chris Bristow, Ricardo Rodriguez, Dave McDonald, Stefan Bellof, etc.  De jeunes coureurs qui disparaissent à l’orée d’une carrière qui s’annonçait des plus brillantes. Mais Tim Mayer ? Est-ce que ce nom dit quelque chose à quelqu’un ?  C’est sans doute le privilège dont bénéficie un contributeur solidement établi dans Classic Courses, au seul titre de l’ancienneté, que de ne pas craindre d’écrire et publier un texte sur un sujet qui, en principe, n’intéressera personne. C’est ce que j’avais déjà fait il y a quelques années avec Edmund Nelson (Portrait d’un inconnu, 18 et 23 janvier 2019). Mais on peut aussi envisager la question autrement : si Classic Courses ne parle pas au moins une fois de Tim Mayer, qui d’autre le fera à sa place, en France du moins ? (1)

René Fiévet

Tim Mayer
Tim et Teddy Mayer © DR

Tim Mayer : what might have been ?

C’est le titre du long article que le journaliste Donn Anderson avait écrit dans la revue New Zealand ‘Motorman’ d’avril 1964. Que serait-il advenu sans cet accident du 28 février 1964 à Longford lors de la série Tasman ? Comme toujours, on ne le saura jamais. Interrogation aussi vaine que récurrente, dont la seule réponse possible, et ô combien insuffisante, consiste à regarder en arrière, et rembobiner le film : de quoi était faite la promesse que portait en lui Tim Mayer ? L’histoire de Tim Mayer, c’est aussi « a tale of two brothers » : Tim et Teddy. On ne présente pas Teddy Mayer, personnage bien connu dans le monde du sport automobile, notamment en raison de son association avec Bruce McLaren lors de la création de l’écurie éponyme, et surtout de la façon dont il prit les rênes de l’entreprise suite à la disparition de Bruce en 1970, pour l’emmener vers deux titres du championnat du monde des conducteurs en 1974 avec Emerson Fittipaldi et en 1976 avec James Hunt, et un titre du championnat du monde des constructeurs en 1974.

Who’s Who

Les deux frères, Teddy et Tim, étaient nés avec une cuillère en argent dans la bouche et, pour comprendre la suite, il n’est pas inutile de s’arrêter un instant sur ce dernier aspect en revenant aux origines familiales. Le père, Edward B Mayer, courtier en investissement de profession, avait été un aviateur de la Royal Canadian Air Force lors de la Première guerre mondiale, particulièrement valeureux et porteur de multiples décorations, britannique, française, italienne. De retour à la vie civile, et probablement porté par la gloire et le prestige qui s’attachaient aux aviateurs à cette époque, il se dépêcha d’épouser en 1919 une riche héritière, Benita Guggenheim, qui n’était autre que la fille ainée du richissime – et coureur de jupons notoire – Benjamin Guggenheim. Ce dernier accéda à une belle notoriété posthume en choisissant de mourir en gentleman dans la catastrophe du Titanic, après s’être assuré que sa jeune maîtresse française, une obscure chanteuse de cabaret, avait trouvé une place dans un canot de sauvetage.

Devenu veuf assez rapidement, en 1927, Edward B. Mayer se remaria en 1932 avec une jeune fille issue d’une famille éminente de Pennsylvanie, Marion Scranton. Une famille historiquement très liée au Parti Républicain, et tellement éminente qu’elle a donné son nom à la ville de Scranton en Pennsylvanie, accessoirement ville natale de Jo Biden.  Trois garçons naquirent de cette union, Tony (Worthington Scranton) en 1933, Teddy (Edward Everett) en 1935 et Tim (Timothy Andrew) en 1938. Pour être complet sur ce registre très « Who’s Who », on ajoutera que Tony, le frère ainé de Tim et Teddy Mayer, dirigea le personnel de la Maison Blanche en 1974 sous la présidence de Gerald Ford, que leur oncle, William Warren Scranton, devint Gouverneur de l‘Etat de Pennsylvanie (de 1963 à 1967) et plus tard Ambassadeur des Etats Unis auprès de L’ONU, et que Tim se maria en 1959 avec une jeune fille du nom de Garril Goss, dont le propre frère, Porter Goss, très proche ami de Tim à l’université de Yale, devint directeur de la CIA en 2006, nommé par G.W. Bush.

Université de Yale

De cet environnement familial et social, où l’opulence côtoie la puissance, on peut déduire que les débuts dans la vie de Tim et Teddy ne furent pas trop difficiles. Les deux frères avaient d‘abord commencé par faire de bonnes études dans les meilleures universités de la côte Est, la fameuse « Ivy league ». L’ainé Teddy, diplômé de Yale puis de Cornell, s’était spécialisé dans le droit. Son frère Tim fut diplômé de Yale en littérature anglaise.  « Nous étions très différents ! » disait Teddy à propos de son frère cadet. « C’était un jeune homme doté d’une grande confiance en lui. En plus, il était assez ambitieux, mais aussi un peu paresseux. C’était quelqu’un que tout le monde aimait et il était toujours à la recherche d’excitation dans sa vie. » Ces propos nous disent peut-être autre chose à propos de la relation qui s’établit entre les deux frères : la beauté est une injustice, et quand on regarde les photos des deux jeunes gens, on ne peut s’empêcher de penser qu’au-delà (en deçà ?) de l’amour fraternel, il y avait une tendre réticence de l’aîné à l’égard de son cadet, sur le berceau duquel toutes les fées de la nature semblaient s’être penchées. On connait la suite : ce que la nature ne lui avait pas donné, Teddy le compenserait par le travail, le sérieux, la constance, la détermination.

Bruce McLaren, Tyler Alexander, Teddy Mayer, trois hommes qui jouèrent un rôle important dans l’ascension de Tim Mayer jusqu’aux portes de la Formule 1. A droite, Phil Kerr. Cette photo a été prise en 1970, peu de temps avant l’accident fatal de Bruce. (© Sutton Motorsport Images)

Une passion qui emporte tout

Probablement aussi, Tim avait-il hérité du caractère aventureux de son propre père ; et c’est sans doute la raison pour laquelle la passion pour le sport automobile allait rapidement tout emporter chez lui, entrainant dans son sillage son frère Teddy. Tout commença en 1959 par l’achat d’une Austin-Healy avec laquelle Tim s’engagea dans des épreuves organisées par le SCCA (Sports Car Club of America), et remporta une course en fin d’année. Son frère Teddy l’accompagnait pour l’aider dans la préparation de la voiture : « Avant de faire du droit, j’avais fait des études de physique et je maîtrisais mieux les aspects techniques que lui. Alors je l’ai aidé autant que je pouvais. Il était très évident qu’il était rapide, » expliquait plus tard Teddy Mayer. C’est lors de leurs pérégrinations qu’ils rencontrèrent un jeune passionné de course automobile, mécanicien spécialisé dans les avions, Tyler Alexander. Celui-ci devint un ami proche et ne devait plus les quitter. Plus tard, Tyler Alexander fut, avec Teddy, associé dès le début à l’écurie fondée par Bruce McLaren. « The rest is history », comme disent les anglo-américains.

Suffisamment encouragés par les premiers résultats de Tim, les deux frères optèrent pour une Lotus 18 Formule Junior pour la saison 1960. Tout en poursuivant ses études universitaires, Tim continua de courir et d’apprendre les ficelles du métier. Dans les huit courses auxquelles il participa, il termina cinq fois deuxième. Mais sa progression s’arrêta lorsqu’il détruisit sa voiture à Louisville, lors du Kentucky Derby Road Races, le 21 août 1960. En cette fin d’été 1960, il avait obtenu son diplôme de fin d’études à Yale, et il lui fallait faire son service militaire. Il rejoignit la base de Guaynabo à Porto Rico où sa formation littéraire fut utilisée pour enseigner l’anglais aux recrues locales. Les Etats-Unis étaient alors entre deux guerres (la Corée et le Viet Nam), et cette affectation assez sympathique lui permit – grâce à la compréhension de ses supérieurs – de continuer de participer à des courses automobiles lors de ses permissions. Il ne semble pas que les deux frères aient été excessivement contraints par les questions financières : la Lotus 18 sérieusement endommagée à Louisville fut remplacée par une Cooper T56, et Tim continua de courir plus ou moins régulièrement en formule sport avec son Austin Healey. Sans grand succès toutefois.

 

Teddy au premier plan, et Tim derrière lui. Les deux « costauds » qui les entourent sont des vétérans des courses de voitures de sport aux USA, Rip Ripley (à gauche) et Bob Bucher, pilotes de Porsche. Cette photo a été prise lors des épreuves automobiles de Cumberland en mai 1962. Tim Mayer participa à l’épreuve de formule junior, avec son coéquipier Peter Revson. (source : https://www.barcboys.com/cumberland-1962) © DR

Revson – Mayer Team

C’est en 1962 que l’approche devint plus professionnelle. Tim fit équipe avec Peter Revson sous la bannière du Rev-Em Racing Team (Revson-Mayer Formula Junior Team) pour courir dans la Formule Junior américaine sur une Cooper T59, avec Teddy dirigeant l’écurie et leur copain Tyler Alexander s’occupant des voitures. Un troisième pilote, Bill Smith, concessionnaire Ford aux USA, avait rejoint l’équipe. Leur domination fut totale : en 16 courses, l’équipe remporta 15 victoires, 14 deuxièmes places et 14 troisièmes places. Tim Mayer, qui s’était montré régulièrement plus performant que Revson, remporta le titre. Il remporta aussi la prestigieuse James H Kimberly Cup qui récompense le pilote qui a démontré la meilleure progression (« most improved driver ») lors de la saison du SCCA. Pour couronner cette saison 1962 particulièrement réussie, Tim Mayer fit sa première (et unique) apparition en Formule 1 lors du GP des USA à Watkins Glenn. Disposant d’une voiture techniquement dépassée (4.cyl Cooper-Climax T53), il s’en sortit tout à son honneur en étant le plus rapide des pilotes privés aux essais qualificatifs ; mais il dut abandonner au tiers de la course. On ne serait pas complet si on ne signalait pas que les deux jeunes gens, qui apparemment n’étaient pas à court d’argent, firent l’acquisition d’une Cooper Monaco, achetée à Roger Penske, avec laquelle Tim Mayer s’engagea dans plusieurs épreuves du championnat SCCA des voitures de sport ; sans résultats significatifs toutefois, sauf une 2ème place à GP Porto Rico.

Tim Mayer
Tim Mayer au départ du GP des Etats Unis à Watkins Glenn en 1962 sur une Cooper T53. Sa seule participation à un Grand Prix de Formule 1. (source : https://www.f1forgottendrivers.com/timmy-mayer-f1/) © DR

Ken Tyrrell et Tim Mayer

En 1963, libéré ses obligations militaires, Tim Mayer pouvait passer aux choses sérieuses : direction l’Europe. « L’année précédente, nous avions gagné toutes ces courses aux USA avec une Cooper, si bien que Ken Tyrrell, dont l’écurie faisait courir les Cooper officielles en Formule Junior, a très logiquement invité Tim à venir à Goodwood pour qu’il lui montre ce dont il était capable. À partir de là, tout est allé là très vite, » expliquait Teddy Mayer. Ken Tyrrel fut convaincu, mais les moteurs BMC utilisés par Tyrrell pour ses voitures étaient malheureusement surclassés par la concurrence, et Tim Mayer n’eut pas beaucoup d’occasions de briller. Il est vrai aussi que ses adversaires étaient d’un autre niveau que ce qu’il avait connu jusqu’alors : ils s’appelaient Denny Hulme, Peter Arundell, Frank Gardner, Mike Spence, Richard Attwood, etc. Il remporta néanmoins un manche à Brands Hatch, mais ne put jamais accrocher un podium, affichant seulement plusieurs quatrièmes places. Mais l’essentiel n’était pas là : Ken Tyrrel, qui s’y connaissait dans le choix des pilotes, et qui savait faire la part des choses, avait été impressionné par les prestations de Tim. Il devint même un ami proche et un conseiller des frères Mayer. Tim eut toutefois l’occasion de se mettre en évidence dans la catégorie des voitures de sport sur sa Cooper-Monaco. Au Guards Trophy à Brands Hatch en août, il termina troisième au classement général, derrière Penske et Roy Salvadori. Trois semaines plus tard, lors de la course Formule Junior en prélude au Goodwood Tourist Trophy, une défaillance des freins entraîna une énorme sortie de route à la chicane, ce qui tint Tim éloigné des circuits pendant un moment. Il termina l’année aux Etats Unis, en catégorie sport, au volant d’une Lotus 23B, avec notamment une 6ème place à Laguna Seca, et une 3ème place à Nassau.

Les résultats de la campagne européenne avaient peut-être été décevants, mais Tim Mayer avait suffisamment fait ses preuves pour convaincre John Cooper de lui offrir un siège en Formule 1 pour l’année 1964, aux côtés de Bruce McLaren. « Bruce avait beaucoup de respect pour Tim », expliquait Tyler Alexander. « Il n’aurait pas été engagé si Bruce n’avait pas donné son approbation. Il s’était rendu compte que Tim était sacrément rapide. » Si son engagement par l’écurie Cooper ne fut annoncé qu’au Nouvel An, il était prévu que Tim fasse préalablement équipe au début 1964 avec Bruce pour la toute nouvelle Tasman Series en Nouvelle-Zélande puis en Australie (janvier-février). En fait, c’est son frère, Teddy, qui le premier avait suggéré cette idée à Bruce McLaren. Les Mayer aideraient au financement de l’entreprise et amèneraient avec eux leur ami mécanicien, Tyler Alexander. Deux Cooper T70 furent donc engagées sous la bannière Bruce McLaren Motor Racing, Teddy étant recruté comme chef d’équipe. Les voitures, petites et légères, avaient été magnifiquement préparées à Surbiton, le siège de Cooper, avec l’aide de Tyler Alexander. Tim fit des essais sur la voiture à Goodwood en octobre 1963.

Tim Mayer lors des essais de la Cooper T70 à Goodwood en octobre 1963. (source : https://primotipo.com)

Série Tasman

La série Tasman comportait 8 épreuves, 4 en Nouvelle Zélande et 4 en Australie. Tim fit rapidement forte impression lors des premières courses en Nouvelle-Zélande. Il mena la première épreuve à Levin, terminant finalement deuxième derrière Hulme ; il termina troisième à Pukekohe, après avoir brièvement mené au départ. Un problème d’accélérateur et un arrêt au stand l’amenèrent à une lointaine huitième place à Wigram, mais il rebondit avec une autre seconde place à Teretonga, en restant toute la course sagement dans le sillage de son coéquipier et vainqueur final, Bruce McLaren. Puis la série se déplaça en Australie. Tim termina quatrième à Sandown, après que des problèmes d’alimentation en carburant lui eurent coûté la deuxième place. Ensuite, il termina troisième à Warwick Farm devant un nouveau venu dans la série, Graham Hill. À Lakeside, le jour de ses 26 ans, il mena la course devant le futur vainqueur, Jack Brabham, avant d’abandonner sur panne moteur. Puis vint la dernière course de la série sur le tortueux circuit routier de Longford dans l’île de Tasmanie.

« Il devenait de plus en plus rapide avec la voiture au fur et à mesure qu’il acquerait de l’expérience et du temps de conduite, » expliquait Teddy. « Il était la plupart du temps plus rapide que Bruce, ce qui était assez étonnant. Il était plutôt confiant, tout en étant bien conscient des dangers. A Longford, il allait très vite dès le début des essais. La piste était très peu protégée et si vous sortiez, vous risquiez de vous faire mal. » Le drame se produisit lors de la seconde séance d’essais du vendredi après-midi. Dans le tour fatidique, Tim Mayer se trouvait de l’autre côté du circuit par rapport à la ligne droite des stands. Après avoir passé le viaduc et traversé la rivière Esk sur Kings Bridge, il déboucha sur Union Straight qui mène à Longford/Pub Corner, un virage à droite à 90 degrés. Il s’agissait d’un passage délicat, important pour réaliser un bon temps au tour, qui nécessitait de franchir une bosse avant Longford Corner. Freiner avant ou freiner juste après la bosse ? Tim Mayer s’en était ouvert à Bruce McLaren, qui lui avait répondu que la seconde option était possible, mais qu’elle présentait des risques. Le point crucial, après avoir décollé au sommet de la bosse, était d’atterrir bien en ligne et de freiner ensuite presque immédiatement, mais sans toutefois être trop brutal sur les freins pour éviter de complètement déséquilibrer la voiture à un moment où celle-ci était encore relativement instable sur ses ressorts de suspension. C’est donc à l’atterrissage que se produisit le drame, soit que la voiture n’ait pas été suffisamment en ligne, soit que Tim ait appuyé trop fort sur les freins. La voiture partit de travers, quitta la piste, et heurta une bosse qui se trouvait en bordure. La Cooper fut catapultée sur un platane. Projeté à 50 mètres, Tim Mayer fut tué sur le coup, la nuque brisée.

Tim Mayer et sa femme Garril à Warwick Farm en février 1964. (source : www.autopics.com)

Eloge de Tim Mayer par Bruce McLaren

Ainsi se terminait la carrière de Tim Mayer dans le sport automobile, avant même qu’elle n’ait vraiment commencé. Le cœur brisé, Bruce McLaren participa à la course trois jours plus tard. Il termina deuxième, et remporta le titre de Champion de Tasmanie 1964.  Dans le magazine Autosport, il rédigea un article en mémoire de Timmy Mayer, à la fois sobre et éloquent, que seul est capable d’écrire un pilote de course dans cette circonstance. Comme saura le faire également Innes Ireland quatre ans plus tard à propos de Jim Clark.

« Intelligent et charmant, Timmy s’était fait des dizaines d’amis au cours de sa carrière. Comme cela arrive souvent, à le regarder, on n’arrivait pas à le prendre pour un pilote de course. Il fallait bien le connaître pour comprendre cet esprit de compétition qui l’animait, cette envie de faire les choses mieux que les autres, que ce soit la natation, le ski nautique ou la course. Alors quand, lors de la deuxième séance d’essais à Longford, il est sorti de la route à grande vitesse et que nous avons immédiatement su que c’était grave, dans nos cœurs nous avons compris que c’était arrivé alors qu’il prenait du plaisir et qu’il « essayait » (he was « having a go »).
La nouvelle de sa mort brutale a été un choc terrible pour nous tous. Mais qui peut dire qu’il n’a pas vu plus, fait plus et appris plus au cours de ses 26 années que beaucoup de gens ne le font au cours de leur vie ? C’est tragique, surtout pour ceux qui restent. Les projets à moitié réalisés doivent maintenant être oubliés, et les espoirs qu’il avait fait naître devront être ravivés par d’autres. Sans des hommes comme Tim, les projets et les espoirs ne signifient rien.
Bien faire quelque chose vaut tellement la peine que mourir en essayant de le faire encore mieux ne saurait être considéré comme une folie. Je ne sais pas bien dire ces choses-là, mais c’est bien ce que je ressens comme étant la vérité. Ce serait perdre sa vie que de ne rien faire de ses propres capacités. La vie se mesure en termes de réussite, pas seulement en années. »

En écrivant ces lignes, Bruce McLaren pensait à Tim Mayer. En les lisant, on ne peut s’empêcher de penser qu’il avait également écrit, six années à l’avance, sa propre nécrologie.

Le nom de Tim Mayer n’a toutefois pas disparu du monde du sport automobile. En 1966, Teddy Mayer eut un fils, qu’il prénomma Timothy Andrew comme son frère disparu. De nos jours, Tim A. Mayer II est un personnage influent dans le sport automobile, organisateur de courses IndyCar dans les années 1990, dirigeant du CART en 1998, puis de plusieurs séries à tous les niveaux, telles que l’American Le Mans Series. Il est devenu délégué de la FIA aux Etats-Unis.

Note

  • ​En revanche, le sujet est correctement traité dans la presse spécialisée anglo-saxonne. Le présent texte s’est beaucoup inspiré de l’excellent article d’Adam Cooper dans MotorSport Magazine (https://www.motorsportmagazine.com/archive/article/march-2006/66/tim-mayer/). On peut lire aussi l’article que lui a consacré sur son blog le journaliste Peter Windsor en 2014 (https://peterwindsor.com/2014/03/02/timmy-mayer-and-mclaren-50-years-on/).

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