28 janvier 2021

Les vérités imaginaires (et parfois loufoques) de Michel Verrando

Graham racing tube

Quelle personne complexe que Graham Hill !

On connaît tous son humour « so british », cette capacité à balayer l’absurde avec ce côté pince sans rire. Il n’empêche que le londonien était affublé d’un caractère pour le moins déterminé. L’anecdote que je relate ici en constitue sans doute un aperçu.

Nous sommes en 1957, Graham a déjà réussi à se faire remarquer par Colin Chapman et l’aide en tant que mécanicien à mi-temps depuis deux ans déjà, en échange de quoi, il est autorisé à prendre le volant de ses Lotus, notamment une Mark 11 jaune vif surnommée « le péril jaune », tout un programme !

En 1957 Hill est pompeusement gradé au titre de responsable – département avec un certain Keith Duckworth sous ses ordres…  Les courses se succèdent sans, il faut bien le dire, un grand appui de Chapman, mais comme il préfère compter sur le moustachu dans son équipe c’est le prix à payer.

Arrivent 1958 et  les premières courses de F1. La Lotus 12 n’est pas à proprement parler une réussite. Ni Hill, ni Cliff Allison ne se montrent enthousiastes. Quinze jours plus tard la Type 16 succède à la 12. Mini Vanwall et…  mini performances.

Les courses se terminent invariablement par des épisodes tragi-comiques : bouchon qui saute et huile bouillante éclaboussant le pilote. Cliff encastré dans un lampadaire sur le circuit de Porto !

1959, même ritournelle, feu à bord à Monaco. Graham K.O après une collision avec Phil Hill à Lisbonne suite à la fissure du réservoir au niveau des roues arrières. Et par dessus tout ça, aux dires du pilote Lotus, une tenue de route déroutante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Les tubes du châssis sont si fins qu’ils fléchissent dans les courbes rapides. Tellement que la voiture semble se vriller.

Graham s’en ouvre à Chapman mais celui-ci lui rétorque que c’est la seule solution pour gagner du poids et de toutes façons, c’est lui l’ingénieur !

Là, on rejoint le légendaire humour du londonien. Nous somme fin 59 ce week-end du Boxing-Day à Brands-Hatch. Entre deux courses, Hill s’amuse en faisant un tour du circuit à bord d’une baignoire motorisée ! Le public anglais est hilare, le pilote aussi. De plus il vient de gagner l’épreuve de F2.

S’extirpant de son insolite monture, il s’adresse  à Chapman devant un parterre de journalistes :
« Fuck shit, this tub is stiffer than your garbage can which deforms at every turn. » ce qu’on peut traduire à peu près par : « P… de m…, cette baignoire est plus rigide que ta poubelle qui se déforme à chaque virage. ».

Colin ne pipe mot mais le lendemain convoque son pilote.La suite sera pour le moins musclée. Hazel Chapman et Bette Hill prenaient le thé dans le salon à côté, elles eurent bien du mal à séparer les deux hommes. On rapporta qu’elles s’échangèrent aussi quelques amabilités…  La théière vola dans la pièce (le groupe de Rock progressif : Gong s’en inspirera plus tard en composant leur 4ème album intitulé : The Flying Teapot).

Pour l’heure Graham claque la porte et s’en va trouver refuge chez B.R.M. Le patron, rancunier, lui intentera même un procès. N’empêche que la théorie de la baignoire n’est peut-être pas si farfelue que ça.

La colère passée, le fantasque patron-ingénieur qui a photographié dans un coin de son cerveau ce sanitaire à roulettes, se dit : « mais ce n’est pas si stupide que ça, finalement ».

Mai 1962, Grand prix de Hollande et premier Grand-Prix de la saison (remporté par… Hill sur B.R.M), Lotus crée la sensation en présentant la fameuse «25» ; qui a cette particularité inédite et révolutionnaire de posséder une structure monocoque en forme de… baignoire. Elle est trois fois plus rigide et légère que la concurrence aux châssis en tubes.

La formule 1 en est définitivement transformée !

Graham reviendra chez Lotus en 1967 après avoir fait la paix avec Colin, et Hazel et Bette reprendront le cérémonial de la cup of tea…

Les autres vérités imaginaires de Michel Verrando :

Lotus
Flying Hunt
Graham Racing Tube

En savoir davantage sur la Lotus 25 :

Lotus 25

Vous avez apprécié cet article ? Partagez-le !

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email

Visitez notre boutique en ligne :

Johnny Rives

Johnny Rives : Une passion terrible, la vitesse

29,00
Johnny Rives

Une passion terrible, la vitesse

Johnny Rives nous livre ses souvenirs de course et partage avec nous les moments forts et les rencontres de quatre décennies passées au bord des pistes. On l'attendait depuis longtemps. Edité par Classic-Courses, Coco-B-Editions et Jamval Editions ce livre de 256 pages, préfacé par Henri Pescarolo contient 165 photos couleurs et noir et blanc.

François Mazet, Mes vies à toute vitesse

24,00
Au début des années 1970 François Mazet était considéré comme l'un des principaux espoirs de la F1 française. Champion de France de F3 1969, il accédait à la discipline reine du sport automobile lors du GP de France 1971 avant de voir sa progression contrariée par la crise pétrolière. Trop vite achevée en 1973, sa carrière s'ouvrait dès lors sur d'autres défis riches d'incroyables rencontres et de paris insensés. La trajectoire de François Mazet est plurielle, tout comme sa vie. Du swinging London des années 1960 à la Citronneraie de Menton, en passant par les paddocks de F1, c'est à un incroyable voyage que ce livre nous convie.    
François Mazet

F2 Pau 1970 - Qualifié en 1e ligne entre Jack Brabham et Jochen Rindt © Archives personnelles François Mazet

Vos commentaires les plus récents :

D’autres articles à découvrir :

5 3 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest

2 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments

Contribuez à Classic-Courses

Pour raconter l’histoire de la course automobile, il nous faut du temps, de la documentation, des photos, des films, des contributeurs de tous âges et des geeks qui tournent comme des F1 !

Nous soutenir

Pour que notre aventure demeure bénévole et collaborative et que nous puissions continuer à écrire nos articles au gré de nos envies, en toute indépendance.