Retraités mais pas trop : Alan Jones

Un pilote solide dont on pense les décisions arrêtées définitivement. Oui. Mais la F1 est une drogue dont on se coupe difficilement. A l’instar de quelques autres, Alan Jones est  parti puis revenu. Deux fois.

Olivier Rogar

 

1983. Sa masse imposante déambule dans les paddocks du début de saison européenne. A la veine recherche d’un sponsor qui lui permettrait de courir pour Arrows. La quête sera infructueuse… La saison 1983 d’Alan Jones se limitera au Grand Prix des Usa Ouest à Long Beach. Qualifié en 12e position, une demie seconde plus rapide que son coéquipier Marc Surer. Il doit abandonner du fait de l’inconfort de la voiture. Ses 96 kilos bon poids n’y étant pas totalement étrangers… Back to the bush !

Le temps passe très vite en F1.  Alan Jones a quitté l’arène depuis dix huit mois seulement. Sur une victoire qui plus est. Titré en 1980, 86 Grands Prix disputés, 12 victoires, 6 pole positions. Ce que l’on peut appeler un « client ».  L’australien aux bottines de course en kangourou vert, aux propos francophobes bien sentis – l’époque est celle Jean Marie Balestre, exécré par toutes les écuries britanniques non utilisatrices de moteurs turbo –  est un coriace, un accrocheur, un battant.

Ses débuts en F1 se sont faits en 1975 chez Lord Hesketh puis chez Embassy Hill. En 1976 il court, comme Henri Pescarolo, sur une Surtees dont le sponsor n’est pas encore un appel à la préservation mais un hymne à l’amour libre. Autres temps…  Les choses sérieuses démarrent pour lui en 1977 lorsqu’il est appelé à remplacer l’infortuné Tom Pryce chez Don Nichols à la tête de l’écurie Shadow. Grand Prix d’Autriche sous la pluie et première victoire.

Frank Williams est en train de monter son nième projet F1, le bon cette fois-ci. Avec des vrais bons gros sponsors. Dont le groupe Bin Laden…qui maitrise encore son mode de communication. Ce qui lui permet de recruter Alan Jones pour 1978. Les promesses entrevues au cours de cette saison avec la FW06 se concrétisent en 1979 avec la FW07. Jones gagne quatre Grands Prix et  finit 3e du championnat.

En 1980 il est titré avec 5 victoires et Carlos Reutemann comme co-équipier au rang de second pilote. Hiérarchie qui posera  problème dès 1981. Carlos refusant de céder la victoire à Alan au Brésil, une sourde rivalité s’instaure qui va faire perdre le titre aux deux pilotes. Pour un point en ce qui concerne Carlos… Alan Jones achève sa saison par une seconde victoire mais il a décidé de prendre sa retraite. Saison difficile, fin de l’ère des moteurs atmosphériques, investissements importants dans une ferme à quelques dizaine de miles de Melbourne, victoire de l’un de ses bestiaux au concours agricole de la foire de Melbourne ; Il a 35 ans, une autre vie l’attend !

Et pourtant, malgré l’expérience de 1983, il revient à nouveau ! En 1985,  Carl Haas monte son écurie de formule 1 « Force » avec Teddy Mayer, l’ancien patron de McLaren et le soutien de Beatrice,  un sponsor issu de l’industrie agro-alimentaire. L’écurie compte Neil Oatley comme concepteur et un certain Ross Brawn dont on entendra reparler…

Le moteur Hart qui propulse la fine et efficace  monoplace conçue par Lola semble fragile. Aucune arrivée en trois Grands Prix

Pour 1986 l’écurie se renforce avec l’arrivée d’une seconde auto pour Patrick Tambay, disponible du fait de l’arrêt d’activité de Renault F1. En cours de saison apparaissent successivement le moteur Ford Turbo qui remplace le Hart et l’ingénieur Adrian Newey, encore quelqu’un dont on entendra reparler !

Jones réussira alors à marquer quatre points (une sixième et une quatrième place). Tambay en marquera deux. Beatrice étant parti dès le début de saison, Carl Haas jette l’éponge en revendant sa structure F1 à Bernie Ecclestone. A ce propos il serait intéressant d’en savoir plus sur cette aventure.

L’heure de la retraite définitive a sonné pour Alan Jones. Il arrête son compteur à 117 Grands Prix et toujours 12 victoires et 6 pole positions. Il a 40 ans.

Olivier Rogar

« D’aussi loin que je me souvienne l’automobile m’a passionné. Les cartes postales de tacots, les goûters au Pub Renault avec ma tante puis la course de côte de Saint Antonin à Aix en Provence et enfin le Grand Prix de France au Paul Ricard m’ont fait passer d’Auto-Poche et l’Automobile à Sport-Auto, Auto-Hebdo, et – surtout – l’Equipe. Fascination pour les protos du Mans d’abord. Puis pour les F1 lors de cette incroyable saison 1976. Monde aussi inaccessible que fascinant que j’ai fini par tangenter en 1979-80 au Paul-Ricard puis en Angleterre. Les quelques photos que j’y avais commises et cette passion inextinguible m’ont amené à collaborer avec l’excellent « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, à créer Classic COURSES avec l’aide et les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui m’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité à prendre des décisions dont la maîtrise conditionne toute réussite. »

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